‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 60 sur 143 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Passion du jeu chez les Indiens. — Les principaux jeux. — Mariage et dot. — Préparatifs de guerre. — Les bisons. — Défection d’un certain nombre de guerriers. — Particularités relatives au porc-épie.— Scènes de vengeance. — Terrible tête-à-tête avec un ours.

pris que quelques blancs des États-Unis étaient venus y acheter divers objets pour des compatriotes qui séjournaient alors au village des Mandans. Je regrettai d’avoir

donné à entendre qu’ils allaient former dans ce village un établissement permanent, je m'en consolai par l’espoir de quelque occasion prochaine d’aller les visiter. J’aisu, depuis, que ces blancs étaient de la suite du gouverneur Clarke et du capitaine Lewis, alors en marche pour les Montagnes Rocheuses et l'Océan Pacifique.

La chute des feuilles était déjà fort avancée, lorsque nous nous rendimes à Kenukauneshewayboant, où le gibier abondaït ; nous résolûmes d’y passer l'hiver. Là, pour la première fois, je me livrai tout à lait, avec Wamegonabiew et d’autres Indiens, à la passion du jeu, vice presque aussi funeste à ces peuplades que l’ivrognerie. Nous jouions surtout au mocassin. Le nombre des joueurs est ilimité dans ces circonstances ; mais ordinairement ils sont peu nombreux. Quatre mocassins sont nécessaires ; dans l’un d’eux, un objet convenu, tel qu’un petit bâton ou un petit morceau de drap, est caché par l’un des deux groupes de parieurs. Les mocassins sont placés sur une même ligne ; et l’un des adversaires doit

en toucher deux du doigt ou d’une baguette. Si le premier qu'il touche renferme l’objet caché, il perd huit points ; si le gage n’est pas dans le second, il perd deux points. S'il n’est point dans le premier, mais bien dans le second, il gagne huit points. Les Crees jouent ce jeu différemment ; ils mettent tour à tour la main dans chaque mocassin, et ne gagnent que si l’objet caché se trouve dans le dernier ; s’il est dans le premier, ils perdent aussi huit points. Ces points ont une valeur de convention ; quelquefois une peau de castor ou une couverture vaut dix points ; un cheval ou un bœuf, cent. Avec les étrangers, ils aiment à jouer gros jeu. Alors un cheval peut ne valoir que dix points.

Mais c’est le jeu du buggasauk qu'ils jouent avec le plus de passion, et qui entraîne les plus funestes conséquences. Les beggasahnuks sont de petites pièces de bois, d’os, ou quelquefois de métal provenant d’une vieille chaudière. Un côté est peint en noir ; ils aiment que l’autre soit biillant. Leur nombre varie,

mais on n’en prend jamais moins de neuf. On les met tous en- t

° ® # \ ‘' semble dans un grand vase de bois, ou dans une auge destinée à cet ] usage. Les joueurs, divisés en deux camps, quelquefois de vingt 8

ou de trente chacun,s’asseyent des deux côtés ou circulairement,. Le jeu consiste à frapper le bord du vase de manière à faire sauter en l’air tous les beggasahnuks, et de la façon dont ils retombent dans l’auge dépend le gain ou la perte. Si le coup a été heureux

jusqu’à un taux déterminé, le joueur recommence et recommence . S encore, comme au billard, jusqu’à ce qu’il manque ; al+s vient | aq le tour de son voisin. Les deux partis s’animent bientôt, et des T rixes résultent souvent de ce que l’un veut arracher le vase à LS l’autre avant que ce dernier soit bien convaincu d’avoir perdu. he D

Les vieillards et les gens sensés sont fort opposés à ce jeu; .__ d

Netnokwa ne m'avait point laissé m’y livrer avant cet hiver. Dans les premiers temps, notre camp eut quelque succès ; mais la

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