‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 62 sur 143 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

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Nous avions tué beaucoup de gibier et les femmes étaient occupées à le boucaner, lorsque, curieux de savoir où er: était le parti de guerre réuni à Pembinah et quand il se mettrait en marche, nous montâmes à cheval mon frère et moi, laissant Wawbebenaissa avec nos familles. Nous trouvâmes quarante Muskegoes prêts à partir dès le lendemain matin. Beaucoup d'Ojibbeways et de Crees s'étaient assemblés aussi ; mais ils semblaient, en général, peu disposés à accompagner les Muskegoes, qui n’étaient pas en grande renommée parmi eux. Nous n’2v0:.s, mon frère et moi, ni mocassins, ni rien de ce que l’on emporte en pareille circonstance. Wamegonabiew fut d'avis de retourner vers nos familles, et insista sur ce que nous pourrions partir avec les Ojibheways lors d’une autre expédition. Mais je lui dis que pour rien au monde je ne voudrais perdre l’occasion qui se présentait, et que, d’ailleurs, nous pourrions prendre part aux deux expéditions. Le lendemain, nous partîmes avec les Muskegoes.

A la fin du second jour de marche, il ne nous restait plus aucune provision, et déjà la faim se faisait sentir. La nuit, dans notre camp, les oreilles contre terre, on entendait un bruit qui parut devoir êtie celui d’une troupe de bisons ; debout, on n’entendait plus rien ; et, dans la matinée suivante, nous ne découvrîmes aucun bison, quo‘que notre camp dominât une très vaste étendue de prairie. Mais, les oreilles contre terre, on entendait encore le bruit à la même distance que la veille. Un détachement de huit hommes, dont je faisais partie, fut expédié dans la direction indiquée, et l’on désigna un lieu de rendez-vous pour passer la nuit et apporter les bisons que nous devions tuer. Nous partîmes de grand matin ; plusieurs heures se passèrent sans rien découvrir. Enfin, nous aperçûmes une sorte de ligne noire qui se dessinait à l'horizon

comme un rivage bas vu d’un côté à l’autre d’un lac. C'était une

bande de bisons découverte à une distance de dix milles.

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ï34 TRENTE ANNÉES DANS LES DÉSERTS.

Au bruit causé par ie froissement des deux parties de leur sabot, quand les bisons levaient les pieds de terre, se joignait leur mugissement furieux. Nous marchâmes droit au t:oupeau. En approchant, nous tuâmes un bison blessé, qui ne fit presque aucun effort pour nous échapper. Il avait dans les flancs des blessures où j'aurais pu plonger la main tout entière.

Nous descendîmes alors de cheval ; quelques-uns restèrent pour garder nos montures, et les autres se glissèrent au milieu du troupeau. Je m'étais séparé de mes compagnons, et, m’avançant trop, je restai engagé au milieu des bisons. Dans leur fureur, ils ne s’apercevaient pas de ma présence, et ils se ruèrent de mor côté avec une violence telle, qu’alarmé pour ma sûreté, je cherchai asile dans un de ces creux qu! sont si communs dans les cantons où ces animaux abondent, et qu’ils font eux-mêmes pour s’y vautrer ; mais ils se ruaient encore droit sur moi,et il me faiïlut faire feu pour les disperser. Je n’y réussis qu’après eu avoir tué quatre. Je regagnai alors mon cheval et j'allai rejoindre, à une assez grande distance, les Indiens qui avaient réuss;: à tuer une femelle grasse. Mais, comme il arrive d'ordinaire en de sembiables chasses, tout le troupeau s'était enfui.

Tandis que nous découpions l’animal, le troupeau n’était pas loin, et un autre bison vint fondre sur nous avec une grande impétuosité. Les Indiens, alarmés, s’enfuirent ; la plupart n'avaient point leurs armes sous la maïn. J'avais eu soin de recharger mon rusil, et je L tenais armé. Couché derrière, et tout contre les restes du premier, je l’attendis iusqu’à très peu de distance, et je tirai. I! se retourna, fit un ou deux soubresauts, et tomba mort. Nous avions alors’ la chair de deux animaux très gras ; c'était tout ce qu’il nous fallait, et nous pariîmes aussitôt pour le Jieu du rendezvous, où nous trouvâmes nos autres compagnons ; un daim, tué sur la route, avait servi à diminuer leur fain.

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