CHAPITRE SIXIÈME
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de Tabuskshah ; toutefois il le reçut avec les plus grandes apparences de plaisir et de cordialité.
Après plusieurs jours de marche, comme nous traversions de vastes prairies, notre soif devint telle, qu’il fallut violer quelquese unes des lois de la guerre. Les principaux Indiens connaissaient le pays, et savaient qu’il devait y avoir de l’eau à peu de milles de distance ; maïs la plupart des vieux guerriers, marchant à pied, étaient épuisés de chaud et de fatigue. Dans cette extrémité, il fallut que les guerriers à cheval allassent au hasard à la découverte de l’eau. Nous étions de ce nombre, Wamegonabiew et moi. On convint de signaux, pour indiquer à notre petit corps d’armée la direction à suivre quand l’eau serait découverte. Je fus l’un des premiers à rencontrer un endroit où l’on pouvait se désaltérer ; mais avant que tous y fussent parvenus, les souffrances de plusieurs étaient devenues excessives. Ceux qui étaient arrivés à la source tirèrent des coups de fusil pendant toute la nuit, et les traînards arrivèrent enfin par diverses directions. Quelques-uns vomissaient du sang, d’autres étaient dans un véritable délire.
Auprès de cette source, un vieillard, nommé Ahtekoons (le petit caribou), fit un kozaubunzichegun, ou divination, et annonça ensuite que, dans une certaine direction, était une bande nombreuse de guerriers sioux marchant droit à nous ; que si nous voulions tourner à droite ou à gauche, nous atteindrions leur pays sans être inquiétés, et pourrions surprendre les femmes dans les villages ; mais que si nous les laissions arriver à nous et nous attaquer, ils nous massacreraient jusqu’au dernier. Tabushshah parut ajouter foi sans réserve à cette prédiction ; mais le chef muskegoe et la plupart de ses guerriers ne voulurent pas y croire.
Cependant, quelques murmures se répandirent ; plusieurs Indiens parlèrent tout haut d'abandonner Aguskogaut et de retourner dans leur pays ; mais plusieurs jours se passèrent sans autre
événement que la découverte, par nos éclaireurs, d’un Indien isolé, qui se mit à fuir dès qu’on l’aperçut ; l’on conjectura que ce devait être un guerrier siou.Un matin, nous approchâmes d’un troupeau de bisons, et, comme les vivres nous manquaient entièrement, plusieurs jeunes chasseurs se dispersèrent à leur poursuite. Depuis la rencontre de l’Indien, nous ne marchions plus que la nuit, et restions cachés pendant tout le jour ; mais, dans cette circonstance, les Muskegoes laissèrent leurs jeunes guerriers poursuivre les bisons en plein jour et sans précaution. Bien des coups de fusil furent tirés.
L’abondance régnait dans notre camp, et tout respirait un air de fête. Les guerriers s'étaient réunis pour manger en commun. Le r2pas achevé, Tabushshah se leva et dit à haute voix : » Muskegoes, vous n'êtes pas des guerriers, vous êtes venus bien loin de votre pays pour attaquer les Sioux. Des centaines de vos ennemis sont tout près de nous, et vous ne saurez pas même en rencontrer un, à moins qu'ils ne viennent tomber sur vous et vous tuer. » Après ce début, il annonça la résolution d'abandonner une troupe si mal conduite, et de retourner dans son pays avec ses vingt hommes. Il est probable que le seul but de son voyage avait été de saisir une occasion de désorganiser la bande d’Aguskogaut.
Quand il eut parlé, Pezhewostegwon (la tête de chat sauvage), orateur du chef muskegoe, lui répliqua : « Nous voyons bien maintenant pourquoi nos frères, les Ojibbeways et les Crees, ne voulaient point partir avec nous de la rivière Rouge. Vous êtes près de votre pays, et il vous importe peu de rencontrer les Sioux maintenant ou à la chute des feuilles ; mais nous venons de très loin, nous portons avec nous et nous avons longtemps porté ceux qui furent nos amis et nos enfants ; nous ne pouvons les déposer que dans le camp de nos ennemis. Vous savez bien que, dans un corps tel que le nôtre, et nombreux comme il l’est aujourd’hui, si un
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