‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 65 sur 143 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

seul guerrier retourne sur ses pas, les autres le suivent un à:un jusqu’à ce qu’il ne reste plus personne ; c’est pour cela que vous êtes venus vous joindre à nous. Vous allez entraîner nos jeunes guerriers pour nous forcer à retourner sans avoir combattu. » A peine avait-il cessé de parler que, sans répondre un seul mot, Tabushshah se leva, et, tournant la tête vers son pays, se mit en marche avec ses vingt hommes. «

Cette défection parut indigner les jeunes Muskegoes, et plusieurs d’entre eux firent feu sur les Ojibbeways qui s’éloignaient ; ceux-ci voulurent riposter, mais leur chef, toujours prudent, sut arrêter ce premier mouvement, et son apparence de générosité produisit beaucoup d’effet parmi des hommes qui allaient devenir de dangereux ennemis. Aguskogaut et les principaux Muskegoes restaient assis en silence, et les jeunes guerriers se mirent, les uns après les autres, à suivre les traces des Ojibbeways. Wamegonabiew suivit le torrent, et, au moment de son départ, je m’assis à quelques pas du chef. Pendant la plus grande partie du jour, Aguskogaut et ses plus fidèles guerriers se tinrent sans mouvement à la place où ils avaient entendu le discours de Tabushshah ; mais enfin le vieux chef, voyant sa troupe réduite de soixante hommes à cinq, ne put retenir ses larmes.

A ce spectacle, je me rapprochai de lui, et je lui dis que, s’il voulait continuer sa marche, je l’accompagnerais, dussé-je rester son compagnon. Les trois autres guerriers, comme ses amis particuliers, étaient tout prêts à le suivre ; mais il me dit qu’il craignaït de ne pas faire grand’chose avec si peu de forces, et que, si les Sioux venaient à nous découvrir, nous serions infailliblement massacrés. Ainsi l'expédition fut abandonnée, et chacun se mit à s’en retourner par la voie la plus facile et la plus prompte, sans songer désormais à rien autre chose que sa sûreté et sa convenance, Je ne tardai pas à rejoindre Wamegonabiew,:et avec trois

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autres hommes nous formâmes un parti pour retourner ensemble ; nous choisîmes une direction différente de celle de la plupart de nos compagnons. Le gibier abondaït, et la faim ne se fit pas sentir.

Un matin, de bonne heure, enveloppé dans ma couverture, j'étais couché sur un sentier de bisons, conduisant à travers une prairie à une petite crique près de laquelle nous campions.La chute des feuilles était fort avancée, et les herbes des prairies, depuis longtemps atteintes par la gelée, étaient devenues parfaitement sèches ; pour ne pas brûler le gazon, nous avions allumé notre petit feu au milieu du sentier, à l'endroit où il traversait le coin de la banque ; les autres Indiens, déjà debout, se tenaient à la droite ou à la gauche du sentier, préparant notre déjeuner, lorsque notre attention fut éveillée par un son inaccoutumé, et nous vîmes un porc-épic venir à nous avec lenteur et gaucherie.

J'avais maintes fois entendu prrler de l’imbécillité de cet animal sans en avoir jamais été le témoin. Il s’avança sans faire aucune attention aux objets qui l’environnaient, jusqu’à ce que son nez fût dans le brasier ; alors, s'appuyant avec roideur sur ses pattes de devant, il se tint si près de la flamme poussée vers lui par le vent, qu’elle lui flambait les poils de la tête, et il resta ainsi quelques minutes, ouvrant et fermant les yeux d’un air stupide. Enfin, un Indien, ennuyé de le voir, le frappa sur la tête avec un morceau de moose qu’il avait embroché sur une petite branche pour le faire rôtir ; un autre le tua d’un coup de tomahawk, et nous mangeâmes une partie de sa chair, qui était fort bonne. Les Indiens me racontèrent alors, et j'ai vu moi-même depuis, qu’un porc-épic, broutant la nuit le long d’une rivière, ne s'aperçoit pas de la présence de l’homme, lors même qu’on lui met sous le nez, au bout d’une pagaie, un peu de la.nourriture qu’il cherche ; il la reçoit et la mange tranquillement. Quand il est pris,

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