‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 66 sur 143 · CHAPITRE SIXIÈME I4I · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME I4I

il ne mord et n’égratigne point ; toute sa défense est dans ses piquants barbelés et dangereux. Les chiens ne se décident que bien rrtement à attaquer les porcs-épics, et, quand ils le font, ‘! en résulte pour eux sinon la mort, au moins de graves blessures et de cruelles souffrances.

En quatre jours de marche, nous arrivâmes à la rivière du Grand-Bois, qui prend sa source dans une montagne, coule longtemps à travers la prairie, disparaît pendant une longueur de dix milles et va se jeter dans la rivière Rouge. Au dessous de l’endroit où elle disparaît sous la prairie, elle prend un autre nom ; mais c'est, sans aucun doute, la même rivière. Nous tuâmes sur ses bords un daim rouge de l’espèce commune au Kentucky ; cet animal se rencontre rarement dans le nord.

Quand je rejoignis ma famille, il ne me restait plus que sept balles. Aucun traiteur ne se trouvant dans le voisinage, il m'était impossible de renouveler ma provision. Cependant je tuai une vingtaine de mooses et d’élans. Souvent, quand on frappe un élan ou un moose, la balle ne traverse pas de part en part et peut servir encore,

La saison étant fort avancée, j'allai au comptoir de Mouse- River chercher quelques provisions, et là Wamegonabiew prit le parti de vivre séparément. Netnokwa choisit de rester avec moi. Comme nous allions nous séparer, nous rencontrâmes auprès du comptoir quelques membres d’une famille de Crees, qui, à une époque fort reculée, avait eu des querelles avec les ancêtres de Wamegonabiew. Ils faisaient partie d’une bande considérable tout à fait étrangère à nous, et trop nombreuse pour qu’une lutte pôt être égale. Nous fûmes instruits de leur projet de tuer Wamegonabiew, et comme nous ne pouvions éviter d’être plus ou moins à leur discrétion, nous crûmes devoir nous concilier leur bonne volonté ou, au moins, acheter leur tolérance par un présent. :

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Nous avions deux barils de whiskey, nous les donnâmes à la bande, et un particulièrement au chef de la famille qui avait menacé Wamegonabiew. Quand on se mit à les vider, un Indien, avec toutes les apparences d’une grande cordialité, invita mon frère à boire et voulut boire avec lui. Bientôt cet homme donna des signes d'ivresse ; je l’avais observé : à peine avait-il bu, et il était parfaitement maître de lui-même. Je compris facilement

ses projets, et je résolus de protéger, autant qu'il serait en moi, .

Wamegonabiew contre les embûches de ses ennemis. Dans l'espoir de nous concilier l’amitié de cette famille de Crees, nous avions allumé notre feu très près des leurs ; trouvant mon frère beaucoup trop ivre pour en espérer la moindre discrétion, je ie portai dans notre camp. |

A peine l’avais-je déposé sous sa couverture, que je me vis entouré par la famille ennemie, armée de fusils et de couteaux. J’entendis parler de tuer Wamegonabiew. Par bonheur notre présent avait tourné presque toutes les têtes, excepté celle de l’homme dont j'ai parlé, qui me semblait le plus à craindre de tous. Deux Indiens s’approchant pour poignarder Wamegonabiew, je me jetai entre eux et je les en empêchai. Ils me saisirent alors par les bras, et je ne leur opposai aucune résistance ; je savais qu’au moment de me frapper, ils devaient me lâcher chacun d’une main, et c'était alors que je comptais m’échapper. J'avais empoigné fortement de la maïn droite et tenais caché dans le coin de ma couverture un grand et fort couteau dans lequel j’avais mis beaucoup de confiance. Très peu d’instants après m'avoir saisi, l’Indien qui me tenait du côt gauche saisit son couteau pour me percer les côtes ; mais son compagnon, un peu ivre, s’apercevant qu'il avait laissé tomber son couteau, le pria d'attendre qu’il l’eût retrouvé pour l’aider à me tuer, laissa ma main droite libre, et courut faire sa recherche auprès du foyer. |

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