CHAPITRE SEPTIÈME
En ce temps-là, le wawbeno était à la mode chez les Ojibbeways : mais les vieillards et ies hommes les plus estimés l'ont toujours considéré comme une fausse et dangereuse pratique. Les cérémonies du wawbeno sont accompagnées ordinairement de beaucoup de licence et de désordre. Le tawaegun, qui sert de tambour dans cette danse, ne ressemble pas au “ÿoinahkeek ou metikwawkeek, en usage dans le métai. Le premier est fait d’un cerceau de bois tendu comme le tambour des soldats ; le second n’est qu’un morceau de tronc d'arbre creusé par le feu avec une peau liée par dessus le shezhégwun ou crécelle, et diffère aussi par sa construction de l'instrument employé dans le métai.
Dans le wawbeno, hommes et femmes dansent et chantent ensemble ; il y a surtout force jeux et jongleries avec le feu. Les initiés prennent dans leurs mains, et quelquefois dans leur bouche, des charbons ardents ou des pierres rougies au ioyer ; d’autres fois ils font tenir, au fond de leurs mains mouillées, de la poudre qui, séchée par les charbons ou les pierres, produit enfin une explosion. Parfois, encore, un des principaux acteurs d'un wawbeno a devant lui une chaudière que l’on retire bouillante du brasier ; avant qu’elle ait pu se refroidir, il plonge ses mains au fond et en retire une tête de chien ou de tout autre animal ; puis il déchire à belles dents la chair brûlante encore, en chantant et dansant comme un fou autour de la chaudière. Ce mets dévoré, il brise et jette les os, toujours chantant et cabriolant.
Les Indiens savent absorber les effets du feu et des substances brûlantes : ils voudraient faire croire aux ignorants qu’ils ont une puissance surnaturelle : mais toute leur magie se réduit à la connaissance de certaines herbes dont la préparation rend insensibles au feu les parties sur lesquelles on les applique (x). Les plantes
(1) « Parmi ces plantes, écrit Perrin du Lac, il en est une qui mérite une attention particulière : c’est celle qu'ils emploient à détruire ou modérer l'action du feu. Sur le rapport que
qu’ils emploient sont le wawbenowusk et le pezhekewusk. La première croît abondamment dans l’île de Mackinac, les habitants des Etats-Unis l’appellent yarrow (mille-feuille) ; l’autre se trouve dans les prairies : ils les mêlent et les broient ou les mâchent ensemble, pour en frotter leurs mains et leurs bras. Le wawbenowusk, mis en cataplasme, est un excellent remède pour les brûlures ; les Indiens s’en servent beaucoup. Le mélange des deux plantes donne à la peau, même à celle des lèvres et de la langue, une étonnante faculté de résister aux effets du feu.
Le lendemain matin, Wawbebenaissa, qui était venu avec moi, ainsi que Wamegonabiew, à l'embouchure de l’Assinneboïin, tua un élan mâle, et moi je tuai un moose. Je commençai, vers ce temps, à modifier ma manière de chasser ; je résolus, quelque fatigue qu’il dût m'en coûter, de rapporter, autant que possible, toute pièce de gibier que j'aurais tirée. Cette détermination bien arrêtée, je devins beaucoup plus soigneux dans ma manière d’approcher des animaux, et plus attentif à ne faire feu qu’à bonne portée. Je pris ce parti au printemps ; je chassai beaucoup et tuai un grand nombre d'animaux durant l'été ; dans tout cet espace de temps, je ne manquai pas plus de deux coups. Il faut bien de l’adresse et de la précaution pour tuer les mooses en toute saison, particulièrement en été.
Comme je commençais à être réputé bon chasseur, Wawbebel’on m'en avait fait, je sollicitai un sauvage de me la faire connaître ; aussitôt il m'apporta deux petites racines auxquelles tenaient encore quelques feuilles. Curieux de la lui voir employer, et craignant qu'il ne me trompât, je lui en présentai un morceau ,dont je l’engageai à faire usage. Il le prit dans sa bouche, le mâcha quelques instants et s’en frotta ensuite fortement les mains. Cela fait, il me demanda des charbons. Je lui en donnai successivement trois, les plus ardents qu’il me fut possible de me procurer. Il les éteignit les uns après les autres en les frottant légèrement, sans éprouver la moindre douleur et sans que sa peau en fût en aucune manière altérée. Je lui en mis ensuite dans la bouche ; il les enflamma avec son souffle, en les tenant entre les dents, et il les mâcha doucement sans aucune apparence de douleur. Il répéta cette expérience à trois reprises, in’assurant que, s’il avait une plus grande quantité
de cette racine, il ferait des choses qui me paraîtraient bien plus extraordinaires. » Voyage dans les deux Louisianes.
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