‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 71 sur 143 · CHAPITRE SEPTIÈME I · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME I

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naissa devint jaloux de mes succès ; souvent, en mon absence, ilentrait dans ma hutte et courbait mon fusil, ou bien il l’'empruntait sous prétexte de réparations nécessaires au sien, et ne me le rendait jamais que plié ou gâté de quelque autre manière.

Dans les premiers jours du printemps, il éclata de violents orages. Une nuit , un Indien du nom de Picheto, effrayé de la violence de la tempête, se leva et offrit du tabac au tonnerre en le suppliant de cesser de gronder. Les Ojibbeways et les Ottawwaws croient que le tonnerre est la voix de certains êtres animés qu’ils appellent Annimmekeegs. Les uns les regardent comme des hommes, les autres disent qu'ils ont plus de ressemblance avec des oiseaux. Il est douteux qu’ils reconnaissent une connexion indispensable entre le coup de tonnerre et l'éclair qui le précède ; ils croient que l’éclair est un feu, et beaucoup d’entre eux affirment qu’en fouillant la terre à l’instant même, au pied d’un arbre qui vient d’être frappé de la foudre, on doit trouver une boule de feu. Quant à moi, je l’ai bien des fois cherchée sans la trouver : j'ai reconnu la trace de l’éclair le long du bois, presque jusqu’à la

pointe d’une grande racine ; mais, à l'endroit où elle cessait, je

n'ai jamais rien décou: d’étranger à la nature du sol.

Après le derni dont je viens de parler, nous vîmes, le matin, un orme ei) ue la for ait frappé dan la nuit. Les Indiens ont ui superstitieuse de ce feu, et nul d'entre eux ne voulut en aller cherche ur remplacer le nôtre que la pluie avait éteint ; je m'y décid j'en rapportai, mais non sans appréhension. J’ava 15 de craintes que les Indiens, sans être cependant tout à fait à l’abri des frayeurs qui les poursuivent partout.

Après avoir tué et boucané beauco e gibier, nous élevâmes

un magasin pour y déposer les vivres nécessaires à nos femmes pendant notre absence. Mes préparatifs de voyage n'étaient pas

encore achevés, lorsqu'une troupe de deux cents Sioux environ tomba sur nous et nous tua quelques hommes ; une petite bande d’Assinneboins et de Crees s'était déjà mise en marche pour le pays des Sioux, et ayant trouvé par hasard la trace de ces deux cents hommes, les avait épiés de près ; mais ils n'avaient pas eu le courage de tomber sur eux et ils s’étaient bornés à expédier des messagers aux Ojibbeways par une route détournée. Les messagers s'étaient rendus à la hutte d’un chef ojibbeway qui chassait en avant de sa tribu, et qui dédaigna les mesures de prudence : en se retirant immédiatement au fort du Traiteur, il aurait évité le danger: qui le menaçaït. Il n’en fit rien. Or, un matin, de bonne heure, il grimpa sur un chêne voisin de sa hutte pour découvrir les bisons dans a prairie, et en voulant descendre il fut tué par deux jeunes Sioux qui étaient restés cachés au milieu des noisetiers une grande partie de la nuit. Il est probable qu’ils auraient pu tomber sur lui plus tôt, et que la peur les retint ; maïs déjà le galop des chevaux de ses hommes se faisait entendre, et à peine les Indiens qui vivaient sous le toit du chef avaient-ils pu s’élancer hors de ia hutte, que les deux cents Sioux à cheval arrivaient devant la porte. L/un des deux éclaireurs était oncle de Wahnetah, aujourd’hui chef bien connu des Vanktongs, et le parti était conduit par son père. Wahnetah lui-même était de cette expédition, mais il n'avait pas encore toute la réputation qu'il s’est faite depuis. Le combat continua pendant le reste du jour ; tous les Ojibbeways, au nombre de vingt, furent tués, sauf Aisanse, frère du chef, deux femmes et un enfant.

M.H.., traiteur à Pembinah, donna aux Ojibbeways un baril de poudre de dix gallons, et cent livres de balles pour faire la guerre au parti qui avait tué le chef, son beau-père. Quatre cents hommes se mirent en campagne : c’étaient cent Assinneboins, près de trois cents guerriers, tant Crees qu'Ojibbeways, et quel-

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