CHAPITRE SEPTIÈME
ques Muskegoes. Dès le premier jour de notre départ de Pembinah, une centaine d’Ojibbeways désertèrent ; dans la nuit suivante, beaucoup d’Assinneboins suivirent cet exemple en volant un bon nombre de chevaux ; quatre, entre autres, appartenaient à Wamegonabiew et à moi. Ce fut un grand malheur pour moi qui, ayant compté faire cette expédition à cheval, ne m'étais chargé que de sept paires de mocassins. J’allai trouver Peshauba, chef
. de la bande des Ottawwaws dont je faisais partie,et je lui dis que
je voulais exercer des représailles sur le petit nombre d’Assinneboins restés encore avec nous ; mais il ne voulut pas y consentir, me remontrant avec beaucoup de raison que nos dissensions intestines, ainsi animées par moi, entraîneraient des querelles dont le résultat certain serait ja ruine de tous les projets de notre parti.
Son avis, dont je reconnaissais la justesse dans l'intérêt général, ne changeait rien à mes griefs particuliers. Je m’adressai, tour à tour, à chacun des Ottawwaws, et à quelques Ojibbeways, que je regardais comme mes amis, pour leur persuader de m'aider à enlever les chevaux des Assinneboins. Nul ne voulut s’y prêter, sauf un jeune homme, nommé Gishkauko, parent de celui qui m'avait mené en captivité dans mon enfance. Il consentit à surveiller, avec moi, les treize Assinneboins demeurés encore dans notre parti, et à m'aider, si l’occasion s’en présentait, à leur prendre des chevaux. Bientôt après, je vis, un matin, huit de ces hommes rester fort tard dans leur campement, et je conjecturai qu'ils allaient déserter. J'appelai Gishkauko pour les épier avec moi, et quand la plus grande partie des Ojibbeways se furent mis en marche, nous vîimes ces Assinneboins sauter à cheval et se diriger vers leur pays.
Ils étaient bien armés ; comme nous savions qu’il nous serait impossible d’enlever leurs chevaux par violence, nous marchions,
sans armes, sur leurs traces. L'un d’eux s'arrêta, laissant son parti
marcher en avant, et descendit de cheval pour venir nous parler : mais i!s se tinrent trop sur leurs gardes pour nous laisser l’occasion d'exécuter notre dessein. Nous essayâmes d’obtenir les chevaux par des supplications, et, voyant enfin qu’il n’y avait plus d'espoir, je leur dis que leurs cinq compagnons, restés dans notre camp, ne seraient pas en sûreté. Cette menace, loin de produire
aucun bon effet, les décida seulement à expédier aussitôt un mes-
sager, sur le plus rapide de leurs chevaux, pour avertir ces hommes de se tenir en garde.
Nous rejoignîmes, à pied, notre petit corps d'armée, et je saisis la première occasion d’aller visiter les cinq Assinneboins restés encore avec nous ; mais, prévenus de notre approche, ils s’enfuirent avec leurs chevaux. Auprès d’un lac voisin de la rivière Rouge, nous trouvâmes pendu à un arbre, dans les bois, le corps d’un jeune Siou appelé le Tonnerre rouge. Nous étions alors sur la trace du parti ennemi qui se retirait après avoir tué notre chef, et que ce jeune homme avait accompagné ; les Ojibbeways jetèrent le cadavre par terre, le frappèrent à coups de poing et à coups de pied, et finirent par le scalper ; Peshauba défendit toutefois à tous les jeunes guerriers de son parti de se joindre aux Ojibbeways dans ces‘outrages. Un peu plus loin, nous rencontrâmes un poteau de prisonnier où nos ennemis avaient attaché plusieurs captifs, et nous apprîmes ainsi que quelques-uns de nos amis avaient été pris vivants.
A notre arrivée au lac Traverse, notre nowbre se trouvait réduit à cent vingt, dont trois Assinneboins, une vingtaine de Crees, autant d'Ottawwaws.et tout le reste de la nation des Ojibbeways. Beaucoup de nos compagnons avaient été découragés par des prédictions défavorables, et entre autres par Peshauba, dès la première nuit après notre départ de Pembinah. Il nous dit avoir aperçu en songe les yeux des Sioux semblables au soleil ; ils
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