‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 73 sur 143 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

voyaient partout et découvraient toujours les Ojibbeways avant qu’ils fussent assez près pour les frapper ; il avait vu aussi notre parti revenir sain et sauf ; mais il ajoutait que, sur la gauche du lac Traverse, opposée à notre route, il avait aperçu des huttes de Sioux isolées qu’il irait visiter à son retour.

En plein ouest de ce lac, à deux journées de marche, s'élève une montagne appelée Ogemahwudju (la montagne Chef), et près d'elle le village auquel appartenait le parti armé dont nous suivions les traces. En approchant de cette montagne, nous nous tenions de plus en plus sur nos gardes, presque toujours cachés dans le bois pendant le jour, et marchant la nuit. Arrivés enfin à une distance de quelques milles, nous fîmes halte au milieu de la nuit, attendant les premières lueurs du crépuscule, heure ordinaire des attaques des Indiens. La nuit déjà fort avancée, un guerrier de grande réputation, nommé le Canard noir, prit son cheval par la bride et se dirigea vers le village, en me permettant de l’accompagner. Nous atteignîmes, au point du jour, le petit coteau qui dérobait notre approche à la vue de nos ennemis. Le Canard noir, élevant la tête avec précaution, aperçut deux hommes qui se promenaient à peu de distance de lui : alors, redescendant un peu le coteau, il agita sa couverture d’une manière convenue pour faire signe aux Ojibbeways d’accourir.

Aussitôt tous les vêtements furent arrachés, et en un instant toute la bande apparut aux pieds du Canard noir ; les guerriers marchèrent ensuite en silence, mais rapidement, jusqu’à la crête du coteau et s’arrétèrent à la vue du village. A cet aspect, les deux hommes, loin de fuir, vinrent à nous d’un air délibéré, et nous vimes s'arrêter devant les chefs deux guerriers de notre parti : à la dernière halte, ils nous avaient quittés sans en prévenir personne, pour aller reconnaître la position de l’ennemi ; mais ils avaient trouvé le camp abandonné depuis bien des heures, et

quand nous arrivâmes, ils s’amusaient à faire fuir LL. loups qui venaient rôder dans les débris.

À leur vue, le sassahkwi ou cri de guerre avait été poussé par toute la troupe ; ce cri, fort et pénétrant, intimide et abat les faibies, maïs il anime ies guerriers qui se préparent à combattre : il produit aussi, comme je l’ai reconnu en plus d’une rencontre, un effet surprenant sur les animaux. J'ai vu un bison effrayé de ce bruit au point de tomber sans pouvoir se relever ni faire aucune résistance ; un ours en est quelquefois si épouvanté, qu'il fuit sa tanière ou tombe de son arbre, hors d'état de pourvoir à sa sûreté,

Les chefs qui nous guidaient ne voulurent point renoncer à leurs projets, et nous suivîimes, jour par jour, les traces récentes des Sioux. Nous trouvions toujours, dans les endroits de leurs Campements, la place de leur kosaubunzitchegun, dont l’aspect nous démontra qu'ils étaient fort exactement instruits de notre marche. Il régnait alors, parmi nos jeunes guerriers, une propension manifeste à déserter ; les chefs travaillaient à la prévenir en plaçant ‘quelques hommes de confiance en sentinelles dans les campements et dans les marches ; mais cette mesure, que l’on emploie le plus souvent, est bien loin de produire d’heureux effets ; elle semble même augmenter de beaucoup le nombre des désertions ‘peut-être parce que les jeunes guerriers ne peuvent supporter aucune espèce de contrainte : aussi se montrèrent-ils de plus en plus inquiets et agités, lorsque nous eûmes dépassé la source de la rivière de Saint-Pierre, toujours à la poursuite des Sioux. Les traiteurs ont, vers la partie supérieure du cours de cette rivière, un fort où les Sioux s’étaient réfugiés. À une journée de distance de cet endroit, la crainte et l’hésitation se manifestèrent dans presque toute la bande. Les chefs parlèrent d'envoyer de jeunes guerriers pour examiner la position de l’ennemi ; mais nul jeune guerrier ne s’offrit pour cette mission.

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