CHAPITRE SEPTIÈME
Nous restâmes quelque temps sans avancer ni reculer, et cette occasion fut mise à profit pour subvenir aux besoins de quelquesuns d’entre nous qui manquaient de mocassins, ou d’autres objets de première nécessité. Tout homme qui, faisant partie d’une expédition de guerre, se trouve dépourvu de mocassins, de poudre et de balles, ou de tout autre objet commun également nécessaire, prend à la main un échantillon de ce qui lui manque, ou, si c’est une paire de mocassins, en porte un seul et se promène dans le camp, s’arrêtant quelques minutes devant ceux qu’il croit en état de venir à son aide. Il n’a rien à dire, car le plus ordinairement ceux qui ont en abondance l’objet dont il a besoin sont tout disposés à le satisfaire. S'il ne réussit pas, le chef du parti va d’un homme à un autre, et prend les objets nécessaires chez ceux qui en sont le mieux pourvus. Dans ces occasions, le chef est en grande tenue de combat accompagné de deux ou trois jeunes guerriers.
Après deux jours de halte tout près du fort des Traiteurs, nous fimes tous volte-face ; mais ne renonçant pas entièrement à nos premiers projets, nous retournâmes aux environs de la montagne Chef, où nous espérions rencontrer quelques-uns de nos ennemis. Nous avions un si grand nombre deïchevaux, et nos jeunes guertiers battaient la campagne avec cant d’insouciance et de bruit, qu’il n’y avait aucune chance de les approcher : aussi ne nous arrêtâmes-nous pas longtemps auprès de la montagne. Dans notre retraite, en traversant les plaines, nous découvrimes que nous étions suivis par un parti d’une centaine de Sioux.
Aux bords du Gaunenoway, rivière considérable, qui prend sa source dans la montagne Chef et va se jeter dans la rivière Rouge, à plusieurs journées du lac Traverse, Peshauba eut une querelle avec un Ojibbeway, nommé Mamenoguawsink, au sujet d’un cheval enlevé par moi à des Crees, amis des Ojibbeways, qui longtemps auparavant m’avaient volé le mien. Cet homme, ayant tué
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un Cree, cherchait une occasion de se faire des amis chez ce peuple. Un jour que nous marchions, Peshauba et moi, à peu de distance du gros de notre bande et que je conduisais le cheval dont je m'étais emparé, Mamenoguawsink vint à nous avec quelques amis et réclama le cheval ; mais Peshauba, armant son fusil, lui en appuya le canon sur le cœur et l’intimida tellement par ses reproches et ses menaces, qu’il n’osa plus insister.Les Ottawwaws, au nombre de dix, firent halte, et Peshauba étant toujours à leur tête, ils se placèrent à l’arrière-garde pour éviter toute nouvelle dispute relative à ce cheval. Aucun d’eux ne paraissait vouloir souffrir que je l’abandonnasse.
Quatre hommes de notre expédition allèrent en six jours de la montagne Chef à Pembinah ; mais le gros de la bande, quoique nous fussions montés pour la plupart, mit dix jours à faire ce trajet.Un des quatre était un vieil Ottawwaw deWaugunukkezze, En arrivant à Pembinabh, j’appris que ma famille était partie pour l'embouchure de l’Assinneboin. Notre troupe s'étant tout à fait dispersée, et presque toùs mes amis particuliers m'ayant quitté à Pembinah, mon cheval me fut volé pendant la nuit. Je sus qui l'avait pris ; cet homme campait à peu de distance, et dès le matin je me mis en marche, les armes à la main, pour reprendre mon cheval ; mais je rencontrai Peshauba qui, sans un seul mot de question, comprit mon projet et me défendit formellement d'aller plus loin.
Peshauba était bon, et avait sur sa bande une grande influence. J'aurais pu désobéir à ses injonctions positives, maïs je ne le voulus pas, et je revins avec lui. Je n'avais plus de mocassins, et j'étais si vivement irrité de la perte de mon cheval, que je ne pouvais pas
manger. En arrivant au terme de ma course à deux journées de Pembinah, j'étais épuisé de fatigue, j'avais les pieds enflés et écorchés, et je trouvai ma famille affamée. Mon absence avait
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