‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 85 sur 143 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

A mon arrivée, les chefs tinrent conseil et envoyèrent deux jeunes hommes chercher les ustensiles laissés dans ma cabane ; mais, comme je savais que les Sioux étaient aux aguets dans les alentours, et que, si les jeunes guerriers étaient tués ou maltraités, leurs amis ne manqueraient pas de m’attribuer leur malheur, je les devançai par un chemin détourné, bien résolu à courir les mêmes chances. Je trouvai ma cabane respectée, et nous ne fûmes aucunement inquiétés dans notre retour au fort avec mes bagages.

Les Sioux, de temps à autre, s’approchaient de notre camp retranché, mais sans jamais se hasarder à en faire l'attaque. Au commencement du printemps, les Ojibbeways partirent tous le même j0:::, et moi je fus obligé de rester, parce que je m'étais chargé, pour un traiteur alors absent, de quelques paquets de fourrures que je n'aurais pu emporter. Les chefs me représentèrent que presque autant vaudrait me détruire moi-même, puisque les Sioux ne pouvaient manquer d'apprendre le départ des autres guerriers et de venir fondre sur moi dès que je serais resté seul. Ces avis sinistres devenaient plus alarmants encore, par les nom- Ereux exemples qu’ils me rapporteient d'hommes, de femmes et d'enfants massacrés par les Sioux au même endroit ; mais le devoir était là : il fallait rester.

Le soir, je bouchaïi ie plus solidement possible les entrées du camp, et après avoir recommandé à ma famille le silence le plus absolu, je montai la garde près de l'enceinte. La nuit était peu avancée, lorsqu’à la clarté de la lune, fort brillante alors, je vis deux hommes venir droit à l'entrée vrdinaire, et la trouvant close, faire le tour de nos fortifications en les examinant. La peur m'excitait vivement à tirer sur eux sans leur parler ; mais, me rappelant que ce pouvait ne pas être des Sioux, je saisis une occasion favorable de les tenir en respect avec mon fusil sans m’'exposer beau-

coup. C'étaient le traiteur que j'attendais et un Français. Aussi

l'entrée du camp leur fut-elle ouverte avec joie. Ce renfort permit

de passer plus tranquillement le reste de la nuit, et, le lendemain fi matin, nous suivimes ensemble, avec nos bagages, la trace des DS Ojibbeways. “ol

Mon intention n'était pas de rejoindre cette bande, et j'allai

vivre quelque temps, seul avec ma famille, au milieu des bois; 5

plus tard, je me réunis à quelques Ojibbeways de la rivière Rouge, sous un chef nommé Begwais (celui qui coupe la cabane du castor).

Depuis plusieurs jours, tous les chasseurs de cette bande cher- 4

chaient à tuer un vieux moose qui comn'ençait à se faire parmi eux une réputation de ruse. La première fois que j'allai à la

chasse, je vis ce moose sans pouvoir le tuer, mais jen rapportai à$

un autre, et, le lendemain, je me remis à sa poursuite, bien déterminé à l’atteindre, si c'était possible. A la faveur du temps et du vent, je parvins à ie tuer. Ce succès devait s’attribuer, en grande partie, au hasard ou à des circonstañces indépendantes de mes prévisions ; mais les Indiens en firent honneur à mon expérience, et je fus prociamé le plus habile chasseur de la bande. e Nou: allâmes bientôt, au nombre de douze, sous la condui:- : e Begwaïis, chasser :es castors dar: : 1e pays des Sioux ; nos fenmes u restèrent en arrière. Dans cette chasse, tous mes compagnons furent aveuglés par la neige, et, pendant plusienrs jours, resté seul en état de chasser, je les nourris et pris soin d'eux. Quand la neige vint à fondre, ils commencèrent à se trouver mieux : nous nous séparâmes alors en trois détachements égaux, dont un fut attaqué par les Sioux auprès de la rivière Buffaloe. Un Ojibbeway fut

tué ; un autre, blessé, resta prisonnier. ‘4

Je m'étais blessé moi-même, par accident, à la cheville d'i pied, avec un tomahawk, et je ne pouvais marcher bien vite. Mes compagnons furent alors saisis d’une terreur panique ; supposant !es Sioux près de nous et à nos trousses, sans aucun égard pour mon

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état ils s'enfuirent de toute leur vitesse. Le printemps n’était pas encore très avancé ; il était tombhé, toute la journée, de la pluie et de la neige. La nuit, le vent commença à souffler du nordouest, et l’eau à geler. Je suivis de loin mes compagnons, et, les atteignant très tard dans la nuit, je les trouvai dans leur camp. Wamegonabiew était un de ces hommes et ne 5e montrait pas le dernier à m'abandonner à la toindre apparence de danger. Le lendemain matin, la glace était assez forte pour permettre de passer la rivière, et comme cette gelée avait été précédée de chaleur, nous eûmes beaucoup à souffrir. Après une halte de quatre jours, à l'endroit où nos fermes faisaient la récolte du sucre, nous retournâmes au pays des Sioux. Dans cette marche, nous rencontrâmes les deux Indiens qui avaient échappé à l'attaque de nos ennernis : tout en eux portait les marques de l'extrême misère.

Nous trouvâmes aussi, sur notre route, un traiteur américain, dont je ne me rappelle pas le nom, mais qui me témoigna beaucoup d’égards. Il me pressa de quitter les Indiens et de retourner ‘vec lui aux Etats-Unis. J'étais pauvre ; je possédais peu de pelleteries de quelque valerr ; j'avais une femme et un enfant. Il me dit que le gouvernement et le peuple des Etats seraient généreux envers mOi, il me promit même de m'aider de tout son pouvoir ; mais je résistai à ses offres, préférant rester encore avec les Indiens, sans renoncer à mon intention de les quitter un jour. J'appris de lui que plusieurs de mes parents étaient venus à ma recherche jusqu’à Machinac, et je lui dictai une lettre qu’il se chargea de leur faire parvenir. Au mcinent de se séparer de nous, il donna à Wamegonabiew et à moi un canot d’écorce, et nous fit plusieurs autres présents d’une grande valeur.

Dans notre marche vers la rivière Rouge, Wyongjecheween, à qui nous avions confié la conduite de notre petite troupe, parut alarmé. Nous suivions une longue rivière qui se jette dans la ri-

vière Rouge ; je le vis porter des regards inquiets sur l’une et sur l’autre rive, en observant avec attention tous les indices du voisinage des homynes, tels que les traces des animaux, la fuite des oiseaux, et d’autres signes si bier connus de tous les Indiens. Il ne parla pas de sa crainte : mais quand il me vit, la nuit, essayer d'allumer un feu pour notre campement, il se leva, s’enveloppa dans sa couverture et s’éloigna sans proférer un seul mot : je le suivis des veux jusqu’au moment où il choisit une race qui lui offrait les moyens de se cacher complètement tout en dominant une vaste étendue de terrain. Je compris.la cause de sa conduite, et suivis son exemple comme tous mes compagnons. Le matin, nous nous 1éunîimes, et nous nous hasardâämes à ailumer du feu pour un petit déjeuner.A peine notre chaudière fut-elle remplie et suspendue sur la flamme, que nous découvrimes les Sioux sur une hauteur, à un demi-mille en arrière. Aussitôt la chaudière fut rerversée sur le feu, et nous primes la fuite. À quelque distance de là, nous construisimes un camp très fort, et j’allai tendre mes pièges.

Au nombre des présents que m'avait faits le traiteur américain, se trouvait un petit baril contenant seize quartes de rhum ; je l'avais porté iusque-là sur mes épaules : Wamegonabiew et les autres Indiens me demandaient souvent à en goûter, mais je refusais toujours en leur disant que les vieillards, les chefs et tous les autres en boiraient avec nous à notre retour. En revenant de visiter mes trappes,je les trouvai tous ivres et se querellant ; mon baril avait été presque vidé en mon absence. Je’cemprenais tout le danger de notre position, et je ne pus me défendre d’un senti ment d'inquiétude en nous voyant ainsi hors d'état de nou fendre : je cherchai donc à faire renaître la paix p "mi eux ; maïs dans cette ter*ative, je comoromis ma

Tandis que je séparais deux hon le troisième, un vieillard

me porta dans le dos un coup de couteau que j'évitai avec peine

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