CHAPITRE NEUVIÈME
Expiation et vengeance. — Poltronnerie d’un Indien, — Hixe nocturne — Admirable dévouement maternel. — Seul contre tous. — Affreuxæ accident. — Sortilèges risibles. — Le meurtrier. — Une invasion de loups.
EU de jours après cette sanglante orgie, Tabushshish fut. atteint d’une maladie grave ; une fièvre ardente le dévorait, sa maigreur devint effroyable ; il paraïssait mourant.En-
fin, il envoya à Wamegonabiew deux chaudières et d’autres présents d’une valeur considérable, en lui faisant dire : « Mon ami, je vous ai rendu difforme et vous m'avez rendu malade. J'ai beaucoup souffert, et si je viens à mourir, mes enfants souffriront bien plus encore. Je vous envoie ce présent pour que vous me laissiez vivre... » Wamegonabiew fit répondre par son messager : «Je ne vous ai point rendu malade, je ne saurais vous rappeler à la santé. » Il languit pendant plus d’un mois ; tous ses cheveux tombèrent ; alors il entra en convalescence. Quand il fut à peu près guéri, nous partimes tous pour la prairie. Là nous nous séparâmes en diverses directions, à de grandes distances les uns des autres.
Après nos chasses du printemps, nous songeâmes à marcher contre les Sioux, et nos plus proches voisins nous accompagnèrent, Warmegonabiew et moi. Wagetote ne tarda pas à nous rejoindre avec soixante hommes, et en quatre jours de marche nous arrivâmes à un petit village que Tabushshish était venu habiter. Ce fut près de sa cabane que se tit notre campement.
Nous poursuivimes notre marche, errant de place en place, et,
au lieu d’aller droit à nos ennemis, nous passâmes la plus grande partie de l’été au milieu des bisons. A la chute des feuilles, je : tournai à Pembinah. Je voulais me rendre de là au quartier d’h: ver du traiteur qui m'avait proposé de m'aider à regagner les Etats. J'appris alors la guerre allumée entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, je connus aussi la prise de Mackinac, et cette nouvelle me détourna de tout projet de traverser les frontières où les deux peuples combattaient.
Au printemps suivant, il y eut un mouvement général des Ojibbeways de la rivière Rouge vers le pays des Sioux. L'intention réelle ou, du moins, l'intention avouée était de chasser et non de les attaquer ou de les inquiéter. Je marchai avec une bande nombreuse, sous la conduite d’Aisainse, dont le frère, Wagetone, était un homme de grande considération. Nous remontions la rivière Rouge depuis près d’une centaine de milles, lorsque nous rencontrâmes un traiteur, M. Hanie, qui nous donna un peu de rhum. J'occupais alors, en commun avec plusieurs autres hommes, presque tous parents de ma femme, et avec leurs familles, une longue cabane où il y avait deux ou trois feux. I1 était minuit ou un peu plus tard, et je dormais, lorsque je sentis soudain un homme me saisir par la main et m'’attirer à lui. Un reste de brasier brüûlait encore dans la cabane ; je reconnus, dans l'apparition menaçante qui se montrait devant moi, la figure enflammée de Wagetone, le frère d’Aïsainse, notre principal chef. « J'ai solennellement promis, me dit-il, que, si vous veniez avec nous dans ce pays, vous ne vivriez pas ; debout donc, et soyez prêt à me répondre. »
I1 passa ensuite à Wawzhegwun, l’homme qui dormait le plus près de moi, et lui adressa les riêmes menaces avec une égale insolence. Mais, pendant ce temps-là, un vieillard, mon parent, nommé Mahnuge, couché un peu plus loin, avait compris le motif de sa visite et l’attendait debout, un couteau à la main ; Wagetone,
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