‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 91 sur 143 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

vait diriger nos mouvements ; cependant, soit indolence, soit peut-être égards pour moi, il décida que non seulement lui, mais toute sa bande, resteraient sous ma conduite pendant l'hiver entier. Nous n’avions d’autre but que de pourvoir à notre subsistance; j'étais reconnu pour un très bon chasseur et je connaissais la contrée mieux qu'aucun autre de cette bande ; ce choix n’était donc pas inintelligent.

Ce fut d’après mon avis que nous allâmes passer l'hiver sur les bords du Begwionusko, qui se jette dans la rivière Rouge, à dix

milles au dessus de Pembinah. Au temps dont je parie, ses rives

nourrissaient beaucoup de gibier. Nous y vécûmes dans une grande

abondance € : ‘.:s confortablement ; aussi Wahkazhe s’applaudissait-il souvent de la sagacité qui l’avait porté à me choisir pour diriger les mouvements de son parti ; mais, au bout de quelque temps, Wamegonabie” parla de mettre à mort Wahkazhe, parce qu’il avait quelques liens de parenté avec l’homme qui, bien des années auparavant, avait tué son père Tawgaweninne.

Je refusai de me joindre à lui et de l’aider en aucune manière dans cette entreprise ; mais, malgré mes remontrances, il entra un jour, un couteau à la main, dans Îa cabane de Wah%azhe, menaçant de le tuer. Comme il entrait, Mukkuddabenasa, frère de Wahkazhe, comprit son intention, arrêta l’assaillant et il aurait pu facilement le mettre à mort mais par un sentiment remarquable d'humanité, il lui fit grâce.

Un des fils « Wahkazhe passait pour le meilleur chasseur de +ous les Indiens ze notre bande, et il y eut entre nous, pendant le séjour sur les bords du Begwionusko, une rivalité de chasse tout amicale. Ogemahweninne, c'était son nom, tua dix-neuf mooses, un castor et un ours, moi je tuai dix-sept mooses, cent castors et sept ours ; mais on le regarda comme e plus adroit chasseur, parce que le moose est, de tous les animaux. le plus difficile à tuer. Il y

a beaucoup d’Indiens qui, dans tout un hiver, ne tuent pas plus de deux ou trois mooses ; il en est même qui n’en ont jamais tué un seul.

Nous eûmes du gibier en abondance, sur les bords du Begwionusko, jusqu’au moment où une autre bande d’Oiibbeways, nombreuse et affamée, vint se joindre à nous. Comme la plupart de ces nouveaux venus étaient en danger de mourir de faim, un homme appelé Gishkauko, neveu de celui qui m'avait fait prisonnier, tua deux mooses en un seul jour et m’invita à venir avec lui chercher une partie de la venaison, en me disant que son intention était de cacher sa bonne fortune au reste de la bande. Mais je refusai net de faciliter un semblable arrangement, et je partis aussit5it pour la chasse avec Mukkuddabenasa et un ou deux autres ; nous eûmes le bonheur de tuer quatre ours, que nous distribuâmes aux affamés.

Nous jugeâmes alors nécessaire de disperser dans diverses directions une bande aussi nombreuse. J’allai, avec Mukkuddabenasa, Wahkazhe et un autre homme, camper à deux journées de distance de l’endroit que nous venions d’habiter. Pendant ce séjour, sortis tous un matin pour la chasse, nous nous séparâmes les uns des autres ; revenu tard dans la nuit, je fus étonné de ne trouver, à la place de notre cabane, qu’un petit monceau d’herbe sèche qui nous avait servi de lit. Là dormait Mukkuddabenasa, qui, arrivé peu de temps avant moi et depuis le déplacement de la cabane, s’était couché, se croyait laissé seul en arrière. Le lendemain matin, comme nous suivious les traces de nos compagnons, nous rencontrâmes des messagers envoyés pour nous apprendre que le fils de Nachgitchegumme, de l’homme qui nous avait quittés si brusquement avec Wahkazhe, venait de se blesser à mort, par accident, d’un coup de fusil. Ce jeune homme se tenait négligemment appuyé sur la bouche de son fusil, un mouvement

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