CHAPITRE NEUVIÈME
de sa raquette à neige, sur laquelle il reposait, avait fait partir la dé.ente, et le coup, lui traversant l’aisselle, était venu frapper la tête. Malgré cette horrible blessure, il vécut vingt jours encore dans un état de stupeur et d’insensibilité Les Indiens attribuèrent à un triste pressentiment la manière subite dont nos compagnons nous avaient abandonnés.
Peu de temps après, la faim nous réduisit à une telle extrémité, que nous jugeâmes nécessaire d’avoir recours à une médecine de chasse. Ogemahweninne et moi, passant pour les meilleurs chasseurs de la bande, Nahgitchegumme nous envoya à chacun un petit sac de médecine en cuir, contenant certaines racines pulvérisées et mêlées avec de la peinture rouge, pour en faire l’application sur les petites images ou figures des animaux que nous désirions tuer.
Dans cette espèce de chasse, on emploie, au moins en ce qui concerne l’usage de la médecine, les mêmes moyens que dans les occasions où un Indien veut infliger à un autre une maladie ou une souffrance. Un dessin ou une petite image est préparé pour représenter l’homme, la femme ou l’animal sur lequel doit être tenté le pouvoir de la médecine. Si l’on veut causer la mort, on pique, avec un instrument aigu, la partie qui représente le cœur, et on y applique un peu de médecine. L/image employée à cet effet s'appelle muzzineneen, et le même nom désigne les petites figures d'homme ou de femme, tantôt grossièrement tracées sur une écorce de bouleau, tantôt grax / :s sur bois avec plus de soin (1)
Nous partîmes, pleins de confiar, :e du succès ; mais Wahkazhe nous suivit, et nous rejoignant à quelque distance, nous recommanda de nous tenir en garde contre la médecine que nous avait donnée Nahgitchegumme, parce qu’il en résulterait pour nous
: (1) On voit par cet exeruple combien sont ridicules et absurdes les superstitions de ces Pauvres sauvages.
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malheur et misère, non immédiatement, mais à l’époque de notre mort. Nous n’en fimes donc pas usage, et comme nous tuâmes
quelques pièces de gibier, Nahgitchegumme crut avoir beaucoup contribué, par l'efficacité de sa médecine, au succès de notre chasse. Voyant que la famine nous menaçait sérieusement, je me séparai de la bande pour aller vivre isolé, bien sûr de pouvoir satisfaire ainsi à tous les besoins de ma famille. Wahkazhe et son ami allèient au lac Winnipeg, d’où ils ne revinrent pas, quoique je comptasse sur leur retour.
Ma chasse terminée, vers l’époque ordinaire des rassemblements du printemps, je descendis le Begwionusko, pour aller visiter les traiteurs à la rivière Rouge. La plupart des Indiens s’étaient mis en marche avant moi ; un matin, passant devant un de nos endroits accoutumés de campement, je vis sur le rivage ua petit bäton fiché en terre, et au bout un morceau d’écorce de bouleau. En l’examinant de près, je distinguai le dessin d’un ser-
pent à sonnette et d’un couteau, dont le manche touchait le ser-
pent, tandis que la pointe perçait un ours qui portait la tête basse, Auprès du serpent à sonnette était dessiné un castor.
Tout cela avait été tracé à mon intention, et j’appris ainsi que Wamegonabiew, qui avait pour emblème le serpent à sonnette, sheshegwah, venait de tuer un homme dont l’emblème était un
ours. Le meurtrier ne pouvait être que Wamegunabiew, car il était clairement indiqué que c’était le fils d’une femme portant le castor pour emblème, et c'était positivement celui de Netnokwa. Comme peu d'hommes de notre bande avaient l’ours pour emblème, je ne doutai pas que la Ÿictime ne fût un jeune homme nommé Kezhazhoons. La tête basse de l’ours indiquait qu’il était
mort et non blessé.
Cette nouvelle ne me détourna pas de continuer mon voyage ; je me hâtai, au contraire, et j’arrivai assez tôt pour assister à l’en-
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