‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 93 sur 143 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

terrement du jeune homme que mon frère avait tué. Wamegonabiew vint et creusa lui-même une fosse assez large pour deux hommes. Les amis de Kezhazhoons y descendirent son corps. Alors Wamegonabiew se dépouilla de tous ses vêtements, à l'exception du dernier ; puis, se tenant, dans cet état, au bord de la fosse, il prit son couteau, et le présentant par le manche au plus proche parent du mort : « Mon ami, dit-il, j’ai tué votre frère ; vous voyez que j'ai creusé une fosse assez grande pour deux hommes; je suis tout disposé à y dormir avec lui. »

Le premier, le second et enfin tous les amis du jeure homme mort refusèrent, l’un après l’autre, le couteau que Wamegonabiew leur offrit tour à tour. Les parents de mon frère étaient puissants, et la crainte qu'’iis inspiraient lui sauva la vie.Kezhazhoons l'avait provoqué eu l'appelant nez coupé. Voyant qu'aucun des parents de ce jeune homme ne voulait venger sa mort, Wamegonabiew leur dit : « Ne me fatiguez plus maintenant ou à l’avenir de cette affaire ; je ferai encore ce que j'ai fait, si quelqu'un de vous s’expose à m'adresser de semblables provocations. » (1)

La méthode par laquelle cette nouvelle me fut transmise si loin est d’un usage fréquent chez les Indiens, et dans la plupart des cas elle est parfaitement claire et intelligible. Les hommes d’une même tribu connaissent à merveille tous les emblèmes les uns des autres, et si, dans quelque dessin de cette nature, la figure d’un homme se montre sans aucune désignation particulière, on peut être sûr que c’est un Siou, ou au moins un étranger. Le plus souvent, comme dans l'exemple que je viens de rapporter, les figures humaines ne sont pas du tout employées. On se contente du éoiem ou surnom. Si l’on veut faire savoir qu’un parti est dans la disette, on dessine quelquefois un homme, ou un animal servant d’em-

(1) On a vu plus haut combien cet Indien était pou endurant et l’idée qu’il avait eue de se suicider pour échapper aux moqueries, tant était grande sa susceptibilité.

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blème, et la bouche de l’homme ou de l’animal est peinte en blanc. Après avoir visité le traiteur à la rivière Rouge, je me mis en route avec l'intention de me rendre aux Etats-Unis ; maïs, au lac Winnipeg, j'appris que la guerre durait encore entre les Etats- Unis et la Grande Bretagne, et qu’il me serait fort difficile de nasser sûrement les frontières. {1 tallut donc m'arrêter en cet endroit, où je fus bientôt rejoint par Peshauba, Wawzhekwawmaishkoon et plusieurs autres, qui formaient à eux tous la population de trois cabanes. Waussa, le vieux compagnon de Peshauba, avait été tué à la chasse par accident. Nous vécûmes ensemble dans l’abondance et le contentement ; mais Peshauba, sur qui la mort de son ami Wausso avait fait quelque impression, fut atteint bientôt d’une violente maladie. Il se persuada aussitôt que sa fin approchaït et il nous en parlait souvent.

Effectivement, à notre grande surprise, il mourut peu après. Après la mort de Peshauba, je voulus tenter encore une fois d'aller aux Etats-Unis ; mais Wawzhekwawmaishkoon m'2n empêcha. Je passai avec lui le reste de l'hiver ; au printemps, nous allâmes à Nebowesebe (morte-rivière). Là nous plantâmes du grain et demeurâmes tout l'été. A la chute des feuilles, quand le grain fut moissonné, nous revîinmes à nos cantons de chasse. Un vieil Ojibbeway, appelé le Doigt crochu, vivait dans ma cabane depuis près d’une année ; dans cet espace de temps, il n’avait jamais tué une seule pièce de gibier. Quand j'allai à la poursuite des bisons,il me suivit et nous arrivâmes ensemble en vue d’un nombreux troupeau.Alors le vieillard voulut élever une querelle sur mon droit de chasse dans ces cantons. Vous autres Ottawwaws,dit-il vous ne devez pas chasser dans cette partie de la contrée. Je ne puis vous surveiller tous ; mais, vous au moins, vous êtes en mon pouvoir, et si vous ne partez pas sur-le-champ pour votre pays, je suis déterminé à vous tuer. »

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