CHAPITRE NEUVIÈME
Cette menace ne m'inquiétait pas ; je le défiai de me faire aucun tort ni aucun mal.Après une heure ou deux d’altercation, il se mit à ramper pour s'approcher des bisons à portée de fusil. Peu d’instants plus tard, deux jeunes Ottawwaws, qui avaient entendu la querelle en s’approchant et s'étaient cachés dans les buissons, vinrent se joindre à moi. Le vieillard, après avoir perdu deux ou trois coups, s’en retourna à la cabane, aussi honteux de son insolence à mon égard que de son insuccès. Je m’avançai alors avec mes deux compagnons, et nous tuâmes un grand nombre de vaches grasses.
Peu de temps après, ayant chassé tout le jour, je remarquai, en rentrant fort tard, un abattement extraordinaire dans la contenance de tous les habitants de ma cabane. Parmi eux se trouvait un homme, nommé Chikahto, qui m'était presque étranger. Il semblait, et tous les autres comme lui, frappé de quelques mauvaises nouvelles soudaines et inattendves. Je demandai à ma femme la cause de cet abattement. I] s'agissait encore de terreurs superstitieuses.
Quand nous fûmes prêts à nous éloigner du comptoir, Aisainse invita plusieurs d’entre nous, et moi, en particulier, à i’accompagner à Manetosahgiegun (lac 1e l'Esprit), lieu ordinaire de sa résidence ; mais je refusai de me joindre à lui, parce que je voulais rester dans une contrée boisée pour la chasse des animaux à fourrure. Dix hommes, et entre autres Wagetote et Giahgegit, acceptèrent son invitation et ie suivirent avec un grand nombre de femmes. Un jeune homme, ami d’Aïisainse, nommé Segwunoons (le cerf), avant de se séparer de nous, à Pembinah, prédit qu'il serait tué au lac de l'Esprit, et fit plusieurs autres prédictions qui se réalisèrent de jour en jour (1).
(1) I s’agit probablement de faits connus par la sorcellerie ou par d’autres moyens diabaliques.
| fl f
ns ET
2 0e ot Re
RÉ Er ee
Les Indiens prirent enfin tant de confiance en lui, et les dangers dont il menaçait ceux qui iraient au lac firent tant d'impression sur eux, que Wamegonabiew et d’autres s’alarmèrent et revinrent. Le dernier de ceux qui nous rejoignirent fut Matchetoons, jeune homme léger et menteur ; il nous raconta que les dangerdont on menaçait Aisainse et sa bande ayant fait sur lui une vive impression, il avait déserté pendant la nuit, et que le matin, quoiqu'il eût fait une marche forcée, il avait entendu les fusils des Sioux dans la direction du camp. Nous n’ajoutâmes pas d’abord une foi entière au récit de cet homme, et nous attendîmes des nouvelles avec anxiété. Enfin les chefs envoyèrent vingt guerriers vérifier si son récit avait quelque fondement.
En arrivant à l'endroit où avait campé Aïisainse, ce parti reconnut que toute la bande avait été massacrée. En avant du camp gisait le corps de Segwunoons, ce jeune homme qu avait prédit l’attaque avant le départ de Pembinah ; près de lui étaient tombés plusieurs guerriers de son âge, et plus loin en arrière on voyait le corps vigoureux d’Aisainse tout couvert de flèches Dans le camp, la terre était jonchée des cadavres des femmes et des enfants ; plus loin, on trouva le corps d’un des Sioux assis et couvert de puk-kuwr ou nattes qui avaient appartenu aux cabanes
des Ojibbeways. Matchetoons seul avait survécu ; quelques In-
diens soupçonnèrent qu’il s'était enfui pendant le combat et non la nuit précédente comme il l'avait raconté. Ainsi périt Aisainse, le dernier des hommes remarquables de son temps parmi les Ojibbeways de la rivière Rouge. Notre village devint un lieu de désolation après la perte de tant d'hommes.
Nous allâmes ensuite à Nebowesebe passer l’été et semer du grain ; Shagwawkoosink, vieil Ottawwaw de mes amis, introduisit le premier la culture du blé parmi les Ojibbeways de la rivière Rouge.
les dan-
l'impresnt et rehetoons, danger” une vive tin, quoifusils des s d’abord s des nouguerriers
> parti re-
avant du qui avait
de flèches
lques Inat et non Aisairise,
la rivière
CHAPITRE DIXIÈME 199 A la chute des feuilles, quand nous retournâmes au pays de chasse, les loups étaient extraordinairement nombreux et importuns ; ils tuèrent mon cheval et plusieurs de mes chiens. Un jour, toute ma famille était allée chercher avec moi la chair d’un moose que j'avais tué ; je reconnus, en rentrant dans la cabane, que les loups y avaient fait irruption, et avaient entraîné au dehors beaucoup e fourrures, de courroies, et enfin toutes les peaux et tout le cuir qui s'étaient trouvés à leur portée. J'en tuai un grar.d nombre, et cependant j'en étais toujours harcelé. Il y avait, entre autres, un vieux loup, si souvent venu à ma porte, que je le reconnaissais et que j'avais pu étudier ses habitudes : il courait d’abord hardiment à mes chiens et les forçait à rentrer ; puis il rôdait autour de la cabane, pour s'emparer de tout ce qu’il pouvait trouver à manger. Enfin, mon fusil bien chargé, je marchaïi droit à sa rencontre, et;je l’étendis à terre au moment où il s’élançait sur moi. La moitié de son poil était tombée.
dt 6 6 6 Se ee tt + + X +