‹ Trente années dans les déserts de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 97 sur 143 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

de M. Wells, à l’embouchure de l’Assinneboin. M. Wells s'était mis à sa poursuite avec un canot bien armé. A cette vue, M. Hanie s'était fait débarquer, et, laissant tous les hommes dans son canot, s'était avancé jusqu’à une distance de vingt verges dans une prairie bien unie. M. Wells l’y avait suivi avec plusieurs hommes armés ; mais, sommé de s'arrêter à dix verges de M. Hanie, il avait fini par passer après une longue dispute.

Je racontai, à mon tour, le traitement que j'avais subi, et je remboursai mon crédit. Je traitai aussi du reste de mes pelleteries, et, le marché conclu, je reçus encore quelques présents.

Un soir, dans une longue cabane récemment construite, nous allions danser, festiner et entendre le discours d’un chef, lorsque soudain deux coups de fusil retentirent presque ensemble dans la direction de la compagnie du Nord-Ouest. Il ne s’y trouvait alors que deux Français arrivés le même jour. Les vieillards se regardèrent entre eux d’un air de doute et d’étonnement inquiet. TI ‘'usieurs dirent : «Les Français sont occupés à tuer des loups. » Esbkebukkekoosha répondit : « Je reconnais les fusils des Sioux. »

La nuit était très sombre : les jeunes gens coururent aux armes et sortirent aussitôt ; je sortis avec eux... Quelques-uns s’embarrassèrent dans des buissons ou des branches pendantes, et ne purent avancer que lentement. Moi je trouvai le sentier et marchai quelque temps le premier ; mais tout à coup une figure brune passa rapidement devant moi, et j’entendis au même instant la voix du Canard noir, qui disait : « Je suis un homme |! » J'avais souvent entendu parler de la bravoure de cet individu et je l'avais déjà vu une fois dans le village des Sioux, à la montagne Chef, marcher à notre tête lorsque nous croyions tous aller à une attaque : je résolus de le suivre dans cette circonstance.

Quand nous ne fûmes plus qu’à une portée de fusil du fort, il se mit à bondir, tantôt à droite, tantôt à gauche ; et, par un zigzag

rapide, il atteignit la porte du fort. Je suivis son exemple, et je le vis franchir l’entrée de la forteresse avec un tel élan, que la plante de ses pieds s’éleva jusqu’à près de deux verges au dessus du sol. Nous aperçûmes dans l’enceinte une maison dont la fenêtre et la porte nous laissèrent entrevoir une vive lumière. Le Canard noir portait sur les épaules une peau de bison dont la couleur sombre lui permit de passer devant la fenêtre sans être découvert par l’homme qui faisait sentinelle eu dedans ; mais ma couverture blanche me trahit, et déjà la bouche d’un fusil touchait ma tête, lorsque le Canard noir saisit à bras le corps le Français effrayé, qui, me prenant pour un Siou, allait faire feu sur inoi.

Le second Français, les femmes et les enfants étaient tous pêlemêle couchés dans un coin, poussant des cris de détresse. Nous apprîimes que le plus brave des deux, celui qui montaït la garde à la fenêtre, avait, peu d’instants auparavant, conduit son cheval hors de l'enceinte du fort pour le faire boire, et que ce pauvre animal avait été, dès la porte, frappé à mort par des hommes cachés tout près de là. Le Français nous avait d’abord pris pour les meurtriers de son cheval ; mais bientôt il reconnut son erreur. Nous n'avions pas même vu le corps du cheval par dessus lequel nous avions sauté en entrant. Le Français ne voulait pas quitter le fort ; mais le Canard noir, qui se trouvait allié à l’une des femmes, insista pour qu'ils vinssent tous chercher un asile dans le camp indien. Plusieurs de nos jeunes guerriers arrivèrent successivement, et nous nous décidâmes à veiller toute la nuit dans le fort.

Le lendemain matin, nous découvrimes les traces de deux hommes qui avaient passé le Pembinah ; un détachement ennemi s'était caché sur l’autre rive. Ces deux guerriers étaient le célèbre Wakhnetah, chef yanktong, et son oncle. Ils s'étaient tenus tout près de l’entrée du fort, déterminés à faire feu sur qui entrerait

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