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Obsession épouvantable et vraie, qui les oblige à se parier de œ qui les terrifie et va les séparer.
Le drame a une complication tragique encore plus émouvante. La mère Raquin a entendu le dialogue de ces deux complices qui se reprochent leur crime; elle sait que ceux qu'dle a unis elle-même sont les assassins de mm enfant. Hais la secousse a été trop forte, la paralyûe Ta gagnée et la laisse muette et sans mouvement. Et au quatrième acte, nous voyons la vie commune de Thérèse et de Laurent sous l'œil de cette mère implacable, et qui ne fmt parler. On les croit heureux, malgré Tinfirmité de H** Raquin, coulant des jours paisibles ; leurs vieux amis leur restent fidèles et s'extasient sur les vertus de ce ménage de trois personnes si bien attachées Tune à l'autre. Et l'oeil fixe de la mère fouille incessamment la conscience des deux meurtriers et rouvre à chaque instant la blessure qui les fait se haïr. Ils s'expliquent devant elle, maintenant; ils s'accusent, ils se menacent.
On a pu croire, à un moment, qu'elle aUait les dénoncer. Elle a pu soulever sa main, écrire leurs noms sur la table, elle n'a qu'à y ajouter ce seul mot : assassins. L'effet tragique est saisissant. On a ce froid dans le dos des situations de terreur véritable. Hais elle a laissé retomber sa main, quoique les forces lui soient revenues. Elle veut qu'ils vivent, avec leur haine, avec leurs remords, surveillés par elle, punis par elle. Encore une fois, c'est du drame de fatalité et de châtiment, à la façon antique. Hais Zola y a mis sa marque violente. Et cela ne nous parait jamais une œuvred'un autre artet d'une autre civilisation que les nôtres.
Le dénouement i It logique de ce dnme terrible. Thirëse ei Ltnrent se aont empoiflonnés, ne poii?ant supporter reiistenoe qui leur est réservée. — t Ds sont morts bien vite, • dit It mère Requin implactble» i qui oe châtiment ne suffit pas. Et le rideau tombe sur cette dernière parole de cruauté voulue, arrangée, mais puissante.
Nous avons retrouvé sur le roman de TkêrèÊt Rëfmn une bien curieuse lettre de Sainte-Beuve, écrite à M. Emile Zola, le 10 juin 1868. Le grand critique avait reçu le livre du romancitf , qui frappait alors ses premiers coups de naturalisme, qui voulait- prouver que le vice et la vertu, selon la fiormule célèbre de Taine, sont des produits conmis le vitriol ^ le sucre. Sainte-Beuve ne croit pas c que le crayon et la plume aient nécessairement pour olqet de choisir des sujets vulgaires, sans nul agrément, sans rien de touchant ». Mais quelque idéaliste qu'il puisse paraître avec ces goûts délicats, il est plus naturaliste encore que Zola lui-même, dans la lettre dont nous parlons, puisqu'il reproche à Thérèse Raquin d'avoir manqué à la vérité. c C'est une manière aussi d'être infidèle, dit Sainte-Beuve, que de prodiguer des noirceurs et des teintes à la Rembrandt • •
Mais l'objection du critique ne porte pas seulement sur quelques descriptions de rdief trop recherché. Il s'attaque i l'idée même du livre et du drâme, à cette situation terrible du remords supprimant la passion, c C'est fait de tète, dit Sainte-Beuve, et non d'après nature. Et, en effet, les passions sont féroces. Une fois déchaînées, tant qu'elles ne sont pas assouvies, elles n'ont pas de cesse. Elles vont
droit au feit et au but, fût-ce sur un cadavre. Si Glytemnestre et Egysthe s'aimant à la fureur, n'avaient pu se posséder complément qu'à côté du cadavre tout saignant et tout chaud d'Agamemnon, le cadavre d*Âgamemnon ne les aurait pas gênés, au moins pour les premières nuits. Aussi, je ne comprends rien à vos amants, à leurs remords et à leur refroidissement subit, avant d'être arrivés à leurs fins. Ah ! plus tard, je ne dis pas. Quand la passion principale est satisfaite, on réfléchit, on voit les inconvénients : le chapitre des remords conmience... »
Qu'en dites- vous? Voilà M. Zola, à qui Sainte-Beuve reproche de ne pas montrer la passion avec ses vraies audaces. C'est le critique, de goût raffiné, dont le naturalisme est plus exigeant que le naturalisme de Zola luimême.
Et il nous semble que dans sa demièreœuvre. Germinal, l'auteur de Thérèse Raquin se rend à la psychologie extrême de Sainte-Beuve. Qu'est-ce donc que cette scène effrayante de Germinal^ la scène d'amour d'Etienne Lantier et de Catherine, dans le charbonnage inondé, et avec le cadavre de Chaval flottant autour d'eux, et venant les heurter dans leurs embrassements? C'est ce que Sainte- Beuve voulait, c'est ce qu'il jugeait de la férocité logique de la passion. Ce que Zola n'a pas fait dans ThérèseRaquin^ il l'a fait dans Germinal, Nous ne prétendons pas qu'il ait dû cette audace de plus à Sainte-Beuve. Mais il était intéressant, croyons-nous, de dter ce fragment de la lettre du grand critique.
Que T'hérise Raquin soit la vérité naturelle ou une vérité d'exœption, oe n'en est pas moins une œuvre puissante, d'eflbt dramatique profond, qui vous donne des impressions saisissantes avec des moyens simples.
Edotiaitd Pailleiton