‹ Trente ans de critiqueChapitre 7 sur 42 · DN PÈRE PRODIGUE - ET DDPOIS · texte numérisé non relu

DN PÈRE PRODIGUE - ET DDPOIS

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Un père prodigue est une des plus fortes et des plus privantes comédies de M. Dumas fils, et ce n'est pas celle qui a le plus d'action sur le public. On est partagé, dans c^te oeuvre vigoureuse, entre le père, qui a tort et qui est séduisant, et le fils, qui a raison et qui est pédant. Et même, le père n*a pas toujours tort et le fils n'a pas toujours raison. Et même, le père n'a pas toujours son brillant naturel et tombe parfois dans la phrase sonore, et le fils n'est pas toujours emprunté et il a parfois des paroles émues et des mouvements vrais.

Ces évolutions de la pièce gênent les sympathies des auditeurs. On avait pris parti pour l'un des personnages, et il faut prendre parti pour l'autre. Rien n'est plus conforme au vrai monde, où persoime n'a tout à fait tort et personne tout à fait raison. Mais cette vérité d'analyse n'est pas toujours celle qui produit les plus grands effets.

Et jpuis, on s'imagine que l'auteuF n'a pas voulu ce qu'il a obtenu. On croit qu'il voulait nous montrer comment la

prodigalité des pères prodigues ne dissipe pas seulement leur fortune, comment elle peut ruiner leur sens moral. Et, en définitive, lé père de la Rivonnière reste, malgré ses Mes, un galant homme, dont la fierté sonne, quand on la heurte, dont le grand cœur et les grandes façons persistent i travers tout.

Le public ne s*y trompe pas. C'est décidément le père prodigue qu'il aime et non le fils économe. Mais il l'aime avec un peu d'hésitation, en ayant des scrupules dans ses impressions favorables. Gela empêche les grands courants chauds qui entraînent une salle.

Le détail est charmant, si l'ensemble est indécis. H. Dumas fils a rarement eu autant d'esprit et d'aussi vif esprit. Le mot est souvent un mot, foi^ exprès, mis là pour faire flèche, n'étant pas toujours un mot de caractère ou de situation. Mais il y en a beaucoup, et ce sont les plus brillants, qui marquent admirablement les personnages, qui sont des traits de nature.

Et comme cette pièce difficile, compliquée, est bien faite. Dumas fils, dans sa préface du Père prodigue^ a « parlé métier i . D a expliqué comment on est un auteur dramatique ; il a démonté sa machine. Il ne pouvait pas choisir de meilleure occasion pour faire connaître, les procédés du théâtre, qu'il connaît si bien. Il dit de l'art dramatique, dans une phrase cavalière : « Pour être un maître dans cet art, il faut être un malin dans ce métier. » Il est joliment malin, dans Un père prodigue, et maître aussi.

n a construit ses scènes et sauvé les audaces, tout en les prenant de fix>nt, avec une dextérité qu'on voit opérer.

Et on a beau la voir, l'émotion et la surprise n'en sont pas diminuées. Et, de même, les personnages, si habilement composés, n'en sont pas moins vivants. C'est dans cette préface du Père prodigue que Dumas fils appelle M. Scribe le « Shakspeare des ombres chinoises ». Ce ne sont pas des ombres chinoises que le comte de la Rivonnièrei H'^Âlbertinedela Borde, qui a un comptoir de galanterie, où elle tient un peu de tout ; le parasite de Tournas, et le jeune gommeux de Naton, dont la gomme est déjà détrempée. Ils ont pied et langue.

On a reproché à Albertine et à de Tournas de trop étaler leur coquinerie. Saint- Victor disait du parasite de Tournas, qui a la mine et la déférence d'un laquais : t II pique les assiettes qu'il devrait essuyer. » C'est assez ressemblant. Les de Tournas ne sont pas fiers. Et les Albertine peuvent trouver spirituel, et d'une femme forte, d'expliquer leur petit commerce.

Le troisième et le quatrième acte d*Un père prodigue sont d'un art tout à fait supérieur, dramatique, d'un esprit et d'une émotion qui frappent tout à coup. Dans ces deux actes-là est la vraie difficulté du rôle du comte de la Rivonnière. Dans les deux premiers, il faut sans doute des qualités brillantes, un grand air aisé et des légèretés d'homme à succès, qui a trop de goût pour être fat.

Hais c'est quand le drame est noué, que le personnage demande mieux qu'une belle nature de comédien, exige un artiste de science, de tact, de vérité. M. Dupuis joue parfaitement ces trois actes variés et vigoureux. Il a une bonne grâce aimable et amusante quand le comte de la

Rivonniëre est encore le viveur à qui tout est facile. Mais il n'y appuie pas. D n'est pas préoccupé de montrer « ses belles cravates bleues et ses petites guêtres blanches ». Le grand seigneur choyé» adoré, qui est dans ce père prodigue, est un personnage de surface, que M. Dupuis se contente d'indiquer par sa belle humeur et son naturel heureux.

n faut le voir quand le comte delà Rivonnière, se sentant atteint par des soupçons flétrissants, tombe, aux bras de M^ Albertine de la Borde, dans une existence dont il a le dégoût. Tout cela est rendu avec un art admirable, avec une étonnante simplicité d'exécution. M. Dupuis arrive à une émotion profonde dans des mots où l'on dirait qu'il ne met aucune intention, pas un accent quelconque. « Je ne suis venu que pour cela, » dit le père prodigue à son fils, qui s'écrie : « Si nous nous embrassions et que tout fût fini? » Les acteurs consciencieux cherchaient là un effet et, quand ils étaient habiles, ils le trouvaient. M. Dupuis ne cherche pas d'effet, il dit cette parole comme vous pourriez la dire. Et, avec sa familiarité toute unie, il a remué tout le monde.

Le comte de la Rivonnière, dans les aventures violentes qu'il subit, reste le père prodigue. Il est désespéré de se sentir soupçonné par son fils, et il se redresse de toute sa hauteur, quand ce fils lui fait la leçon et veut le sauver en lui coupant les vivres. Mais il garde, dans ses douleurs et dans ses colères, ses traits de caractère, sa distinction et sa franchise. H. Dupuis a cette sorte de dramatique pour lequel il faut un art très sûr, le dramatique qui a des façons

aiaées et une parole simple. C'est on homme de bomie compagnie» comme Yons en avez certainement rencontré» et qui Bons dit» v/eo ses manières habitaélles» les cboses les plus fortes, les [dus àmouvtfites. Les coups de théâtre se précipitent, diacun d'eux frappe le puUic. Et tout cela se frit comme dans un salon, ayec une Térité de bon goAt qui laisse voir les événements et les impressions. M. Dupuis a évidemment ses procédés. Mais on ne les remarque pas. Il a une justesse qu'il ne semble pas avoir préparée. Il frut être bien maître de son métier pour donner cette sensation constante que les mots sont dits comme ils viennent» avec l'abandon d'un homme qui est sincèrement gai ou attendri.

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