‹ Trente ans de théâtre (volume 3)Chapitre 12 sur 17 · LE SOUS-PREFET DE CHATEAU-BUZARD · texte numérisé non relu

LE SOUS-PREFET DE CHATEAU-BUZARD

pièce elle-même. Opinion, en somme, forl admissible, que partagent nombre d'auteurs.

— Cette fois, me dit Gandillot, c'a été navrant!... Ils n'ont pas sourcillé... Raimond seul entrevoit son rôle !

— Et Milher?

— Milher! Il dit qu'il ne vit jamais semblable panne... Et, ce qui est plus comique encore, c'est que je viens chercher ici, à Bruxelles, l'artiste qui doit tenir le rôle du sous-préfet... Ah! Si Milher lui donne son avis sur la pièce, je crains fort qu'il ne préfère la Belgique à la France !

Immédiatement, nous courûmes à la recherche du comédien ; il appartenait au Vaudeville de Bruxelles, dirigé par M. Léopold Boyer, associé de M. Mussay au Palais-Royal de Paris. Nouvelle complication! Le jeune artiste se trouvait-il au courant de la situation? Tout était là .. Après de nombreuses haltes dans les cafés de la capitale belge, nous découvrîmes, rue de l'Empereur, une obscure taverne ; elle était célèbre par ses sandwiches aux sardines... Nous y entrâmes... Il nous semblait d'autant plus malaisé de reconnaître le comédien que

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nous ne l'avions jamais vu. Nous savions seulement qu'il s'appelait Dubosc : nous savions aussi qu'en cette rue de l'Empereur naquit notre excellent camarade Cooper.

— C'est bien ici, fîmes-nous en entrant dans la Caverne aux sardines, c'est bien ici que les comédiens se réunissent après le théâtre ?

— Et les comédiennes, savez-vous! reprit la gentille demoiselle installée au comptoir.

Le comédien arriva, et ce fut tout naturellement notre aimable interlocutrice qui lit" les présentations. 11 ne savait rien de la lecture, et nous eûmes la discrétion de ne pas lui en parler : il devait jouer le rôle du sous-préfet lui-même, et cela suffisait au jeune artiste... Qui ne sait que pour nos comédiens, grands et petits, porter le litre d'une pièce c'est en tenir le principal personnage!...

Après quelques mauvaises heures de sommeil très troublées par les sardines et le faro, nous fûmes réveillés en sursaut. Un télégramme de VHavas — YHavas belge! — nous apprenait que Uéjane était morte; je l'avais vue le jour même de mon départ, dans son joli appartement de l'avenue d'Antm, pleine de gaîté, navrée de

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