SARGEY ET LA CONFERENCE
Mai 1902.
C'est à Sarcey, le premier, que je confiai le beau projet des galas populaires dans les théâtres de banlieue. Ai-je besoin de dire que cette idée l'enchanta et que c'eût été pour lui une joie de faire l'a connaissance d'un public nouveau? Son digne successeur, M. Gustave Larroumet, écrivait, l'autre jour, que depuis quinze ans qu'il parle dans les théâtres, il n'avait pas rencontré un public plus attentif, plus ouvert, plus prompt à comprendre que celui de Montparnasse. Nous sera-t-il permis d'ajouter que jamais peut-être Péminent conférencier n'a été plus justement applaudi? C'est que la règle l'éternelle règle, c'est de comprendre son public,, c'est de savoir parler à Montparnasse autrement qu'il la Sor-
bonne, et à l'Odéon autrement que dans un théâtre du boulevard... Lorsque M. Larroumet, terminant son étincelante causerie, s'est écrié, aux applaudissements de la salle entière : « Jamais je n'ai exercé mon métier de conférencier avec plus d'orgueil qu'aujourd'hui ! » il n'avait pas seulement adressé le compliment d'usage à son public enthousiaste, il avait frappé juste.
Ces inoubliables spectacles offerts dans notre banlieue parisienne, nous ont montré combien la méthode de Sarcey était ingénieuse. Cette méthode, qu'il a longuement indiquée dans ses Souvenirs d'âge mûr et dont j'ai moi-même parlé bien souvent, a ceci de particulier qu'elle montre sous son véritable jour le talent du critique, ses idées, son caractère. Certes, on a eu raison de dire que Sarcey se plaisait à conseiller, à enseigner, à diriger, et que, toujours, partout et quand môme, il restait professeur; certes, il était très fier qu'on l'eût surnommé l'Oncle, car il considérait ce surnom comme un suprême hommage. Mais son souci constant, quotidien, c'était d'entrer en communication directe avec cette foule dont, suivant son expression même, il tàtaitle pouls tous les soirs. Rien ne l'amusait