SARCEY ET LA CONFERENCE
comme d'échanger ses impressions avec un voisin de stalle qu'il ne connaissait pas, et jamais il n'eût manqué, lorsqu'il passait la soirée à la Comédie, d'aller consulter Mme Louis, la célèbre ouvreuse du balcon !... L'avis de l'ouvreuse subventionnée et ait souvent pour lui un avertissement salutaire dont il s'empressait de tenir compte.
Le public! le public! tout pour lui était là, en théâtre, en critique, en conférence. Il en voulait à Jules Janin qui écrivit que le théâtre est une futilité et que le public ne compte pas; il en voulait à tous ceux qui, exerçant le métier de critique, considèrent le théâtre non comme un plaisir, mais simplement comme un métier. 11 partait de ce principe que le public sait gré au critique, aussi bien qu'au dramaturge et au conférencier, de le tenir comme confident, conseiller et ami. C'était ce qu'il appelait : éclairer la lanterne du spectateur. Dumas disait : l'art des préparations.
Un jour, comme il nous développait, avec sa malicieuse finesse, ses théories favorites, un de nous lui demanda pourquoi, ainsi que je le contai à propos de l'Odéon, il s'arrêtait net au milieu d'une conférence, pour prier un spectateur
placé au premier rang de l'orchestre de lui dire l'heure.
— Mais le spectateur, reprit-il gaîment, c'est mon souffleur à moi, conférencier ! Il est bien entendu, qu'il n'est ici question que de celui qui parle, qui improvise, car la conférence n'est pas une leçon apprise par cœur : c'est une conversation avec plusieurs centaines de personnes qui écoutent sans interrompre... Donc, il faut que, moi qui parle, je n'oublie jamais mon idée principale, essentielle, ma scène à faire. Si par malheur je m'en éloigne, je dois retrouver le chemin ; or, le seul moyen de reprendre ma route, c'est encore de m'adresser à ce spectateur !... En lui demandant l'heure, j'appelais au secours : j'avais perdu le fil ! Ce qui est grave, pour le conférencier comme pour l'acteur qui est en scène, c'est de manquer de mémoire... Eh bien ! toutes les fois que je manque de mémoire, j'ai recours au truc de la montre. 11 m'a toujours réussi. Tandis que le spectateur, surpris, interloqué, me renseigne, j'ai le temps de rassembler mes idées, et le tour est joué.
Le truc de la montre était exécuté avec tant de bonhomie que le public n'y voyait rien et par-