XVI XXX CHANSONS BOURGUIGNONNES
(XIV). I t'airai MAI brunette I t'airai OUI, mai foué !.…
(XIX). C'N’AST pas l'état des feill's
DE corir les garçons,
MA c'ast l'état des feill's
DE r'messer les mâsons.
(XD. LORS que j'aivions des noisettes LES amains venint chez nos...
Ailleurs on ne s'explique guère les motifs qui ont déterminé le poète à se laisser malmener par le musicien (11). Peut-être cela peut-il tenir à ce que la mélodie, en tout ou en partie, n’était point faite, primitivement, pour les mots que nous la voyons porter. Nous nous trouverions en présence d'un arrangement sur un vieil air de paroles neuves. Rien cependant n’est moins sûr. À voir le plaisir que nos paysans, lorsqu'ils chantent, mettent à renforcer aussi bien qu’à escamoter les e muets, on est bien obligé de croire que l'accent tonique ne leur dicte point d'ordres formels :
DIEU ! qué métey DE galèèRE Que d'être VElgneRON :
TOzeur a grettA lai tèèRE,
En teutes LAI saYONS...
Il faut cependant remarquer tout le long de la chanson (Le Veigneron) à laquelle appartient ce quatrain initial, que le renforcement des syllabes atones ou muettes se produit en périodicité régulière aux seuls vers un et trois de chaque strophe. Les terminaisons féminines des vers cinq et sept, dans chaque strophe aussi, sont normalement «accentuées ». De sorte qu'il peut y avoir ici une intention et un effet.
Il n’en reste pas moins clair que l'accent verbal n'est point, en ces frustes poésies, un conducteur tyrannique. Et tous les exemples que l’on peut relever dans ce recueil confirment un fait que Ferdinand Brunot, l'abbé Rousselot, Robert de Souza, nous expliqueraient sans doute : pourquoi la chanson populaire française, surtout dans les pays de « langue d'oil », traite-t-elle les accents toniques avec une telle désinvolture ?
Mais si la versification est pauvre et souvent la rime moins que riche, on peut admirer la composition littéraire de la plupart de ces chansons. Plusieurs ont un trait final imprévu, qui forme à une série de strophes une piquante clôture. Nombreuses sont celles qui, déroulant un récit, lui donnent par la sobriété et la force des mots une allure vraiment dramatique. Rien de trop ; et tout ce qu’il faut. Ces humbles poètes ont le’sens des proportions. Et le musicien qui les double, même lorsqu'il est chargé d’habiller des mots un peu crus, parfois grossiers, jamais ne consent à être trivial. Cela est remarquable aussi dans les chansons les plus récentes, telles que les Gens de Bouze. Je ne sais si nos vignerons, dont l'oreille est corrompue par les tristes refrains de la caserne et les répertoires obscènes des cafés-concerts, retrouveront jamais cette veine musicale qu'ils ont, pendant des siècles, si joliment exploitée ! On peut le craindre : ce recueil ne contient que les derniers échos d’une langue morte...