‹ Trente chansons bourguignonnes du Pays de BeauneChapitre 19 sur 139 · XXX CHANSONS BOURGUIGNONNES XXII · texte numérisé non relu

XXX CHANSONS BOURGUIGNONNES XXII

Dieu ! Quel soupée délectable :

D'la bonn' soupe aux pois,

Des pomm's de terr’ sus la table...

J'en lichons nos doigts !

Du picton dans un’ grand cruche Et qu'est ben bouchée :

Des paissiaux en guise d’hbûche.

Pour nous réchauffer. (bis)

Quel est le prototype ? En tout cas la version beaunoise a plus de saveur et sa langue est mieux unifiée. Le charme des deux dernières strophes est tout virgilien. Comment ne pas songer, en écoutant le vigneron, aux paroles de Tityre ? Le berger de Virgile chante les douceurs du repas : les fumées qui s'élèvent des chaumines, les ombres des monts, quis’allongent sur la plaine, le convient, lui aussi. à regagner sa demeure:

Sunt nobis mitia poma, Castaneae molles et pressi copia lactis.

Et iam summa procul villarum culmina fumant, Maioresque cadunt altis de montibus umbrae.

On peut dater cette chanson avec une approximation suflisante ; l'introduction de la pomme de terre en Bourgogne fut assez tardive. Pendant les guerres de l'Empire c’est à peine si on bénéficia, dans la Côte d'Or, de cet inestimable tubercule ; il y était encore fort rare. Un vigneron qui se flatte de trouver sur sa table des pommes de terre, n'a pu se donner un tel régal avant 1825, semble-t-il.

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