‹ Trente chansons bourguignonnes du Pays de BeauneChapitre 6 sur 139 · XXX CHANSONS BOURGUIGNONNES VII · texte numérisé non relu

XXX CHANSONS BOURGUIGNONNES VII

deux Beuquins venus du pays d'Arnay avec leurs violons sur le dos. Juchés sur un meurger, ils formaient à eux trois tout l'orchestre accompagnateur, et lorsque les v’noingeoux (vendangeurs), au nombre de plus de cent, chantaient tous et dansaient les refrains, on voyait s’escrimer nos râcleurs ; on ne les entendait guère. En tout cas je ne cherchais point alors à noter leurs fioritures et me contentais d'être, de cette ronde chantée, clôture de la venoinge (vendange), un spectateur émerveillé.

En 1856 il y eut à Beaune, un soir de septembre, sur le rempart Saint-Martin, un chœur improvisé par des chanteurs de l'Arrière-Côte. Les Feill's de Claivoillon y eurent les honneurs de la fête. Une contrebasse — d'où venait-elle ? — et le « serpent » de Notre-Dame ! ronflaient et rugissaient de compagnie dans les strophes d'ensemble ; une petite flûte enguirlandait les solistes. MM. Edme Grandpré et Antonin Bourgeois, que le hasard d’une promenade après souper fit témoins de l'affaire, en ont, pour la postérité, lixé le souvenir. Ces deux honorables citoyens de Beaune seront plus loin présentés au lecteur.

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En 1891 parut un élégant volume : Palois et locutions du pays de Beaune : Contes et Légendes ; chansons populaires?, qui apporte au folklore bourguignon une contribution très précieuse. L'ouvrage se présente sous la forme d'un répertoire alphabétique dont les vocables régionaux constituent l'élément. Si l’on ouvre ce dictionnaire, on prend à la lec-. ture de ses articles le même agrément qu'à une série de « piaisantes histoires ». Aussi bien les anecdotes, et piquantes, y abondent. Là même où elles font défaut, l’article est tout vivant, grâce aux exemples en langage parlé que l'auteur nous propose. Dans le souvenir de ceux qui l’ontconnu, Charles Bigarne, le patient explorateur des traditions deson pays. apparaît comme un des derniers et des plus parfaits Bourguignons du Beaunois. Sa bonhomie malicieuse, sa finesse et son franc parler, son accent du terroir, et pour l’extérieur,une physionomie mobile, des yeux rieurs, le désignaient à l'attention. Dansles réunions auxquelles il prenait part, il devenait vite le conteur écouté : c’est un rôle qu'il ne sollicitait point mais qu’on lui adjugeait ; etilse laissait faire. Et c'était délices de l'entendre, de le voir. Toute la vie de notre Bourgogne, toute sa sève jaillissaient de sa parole et de son geste, la vie des vignerons surtout, race alerte, sarcastique dont Charles Bigarne, humaniste affiné, savait faire saillir les pointes, sans blesser l’ouie des « acoutants ».

Mais surtout il excellait dans la chanson du cru. Et c’est pour notre pays un bonheur que ce franc Bourguignon ait eu le goût et pris le temps d'en recueillir les échos. Il pressentait la mort prochaine de ces agrestes mélodies et, pieusement, il les casait en sa riche mémoire. J'aurai l’occasion de montrer tout à l'heure — et je puis dire à mes dépens — qu’il avait une parfaite oreille, et que, dénué de science musicale, il eût rendu des points, pour la justesse de la voix et la sûreté de l'intonation, à maint professionnel. Au temps de la vendange, quitte à négliger la surveillance de ses propres récoltes, il était à l'affut tout le jour, peut-on dire, épiant à travers vignes, les voix des Beuquins de l'Arrière-Côte et de l’Auxois, les voix des Laillots du Morvan. de tous ces vendangeurs qui s’abattaient en essaim sur la Côte et mélaient leurs chansons à celles de nos vignerons. On en était

1. Notre-Dame est le nom de la Collégiale de Beaune, très noble église du xu° siècle, en roman bourguignon 2. Imprimerie Arthur Batault, Beaune, 1891.

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