‹ Trente chansons bourguignonnes du Pays de BeauneChapitre 7 sur 139 · VIII XXX CHANSONS BOURGUIGNONNES · texte numérisé non relu

VIII XXX CHANSONS BOURGUIGNONNES

encore, en ces années-là, aux liesses des abondantes récoltes, et il fallait à la cueillette convier les voisins bénévoles. Le fléau dévastateur de nos cépages n'avait point tari leur sève ; et le soleil aussi. en une série de chauds étés dont la coutume semble abolie, faisait la vendange joyeuse. Quelle magie, lorsqu'à la fin d'un beau jour de septembre, les vendangeurs empilant leurs painers à deux anses, préludaient à la ronde, au carrefour des chemins !.., Leur regard s'étendait par-dessus la forêt de Citeaux jusqu’à la barrière du Jura, bleuie dans la lumière lointaine et que souvent, en automne, surmonte le dôme du Mont-Blanc. A leurs pieds, la côte étalait ses pentes d’or; et il faut l'avoir visitée, après l'équinoxe, pour savoir que ses pampres jaunis, autant que sa fécondité. lui ont valu son nom glorieux.

Tel était. de ces danses chantées, le décor tout royal. Je décrirai plus loin l'une de celles que j'ai vues survivre et dont mon père, en 1875, aux vendanges d'Aloxe-Corton, a noté minutieusement les « rites». C'est un véritable ballet champêtre, d'une superbe allure. Hélas ! le souvenir même s'en est perdu. La chanson du café-casino et, depuis peu, l'absurde phonographe ont fait reléguer vieux airs, vieilles sauteries. La vraie joie est morte avec eux, et le vigneron vingtième siècle n'a que mépris pour l’ancien temps.

C’est au mois des vendanges surtout, — il importe d'insister là-dessus — que Charles Bigarne faisait la chasse à tous refrains. La collection qu'il constitua comporte donc des apports extérieurs au « Beaunois » proprement dit ; mais ils proviennent des régions limitrophes, liées à notre pays par des immigrations périodiques, temporaires, qui donpaient pour quelques semaines, chaque année, à ces voisins droit de cité chez nous. Toutes les chansons de Charles Bigarne ont été entendues par lui sur notre territoire viticole, soit qu'elles y fussent nées, soit que, à chaque automne, durant un très long temps, elles y eussent librement épanoui leur gaieté, importées par Laillotsou Beuquins, gens du Morvan ou de l’Auxois.

Charles Bigarne trouva dans M. Arthur Batault, imprimeur-éditeur à Beaune, un ami sincère des traditions locales, et le joli volume, plus haut cité, fut mis en préparation. Dès 1882, xxvi « airs v me furent dictés par le patient fureteur ; et, malgré mon inexpérience, je les transcrivis vaille que vaille, sans soupçonner que ces chansons, dont plusieurs m'étaient fami'ières, eussent grand prix. Ici se place un incident, dont je ne fus pas le héros, et que je m'excuse d’avoir à conter au lecteur, puisqu'il me met en cause. Mais il peut servir de leçon sur mon dos : et ma confession est nécessaire à l'intelligence du texte musical, rectifié, complété, dont le présent volume, avec l'aimable acquiescement de M. A. Batault, présente au public la teneur.

Dans l'édition de 1891, le texte mélodique manque aux trois chansons suivantes : La Complainte du Jeudi-Saint (Chorey), Les Filles de Jean Nicot (Beaune), Le Renouveau (Gemeaux). Non que Charles Bigarne ne m'eût dicté les airs, avec sa précision et son goût coutumiers. Même, il avait mis à chanter ces belles mélupées, des inflexions plus caressantes... Elles lui tenaient au cœur. Il le fit bien voir.

Il me les chanta donc. Et je m'efforçai de représenter leurs sons par des notes. Je n’y arrivai pas. Ou plutôt, — et c'est ici que mon rôle manque de gloire, — j'estropiai les échelles et m'attirai de mon vénérable ami les fureurs. Mes études d’harmonie, encore neuves, me faisant tomber dans l'erreur que j'ai signalée ci-dessus et qui consiste à encercler toute musique dans les deux modes que trop de musiciens, même de métier, croient seuls usuels : le Majeur et le Mineur modernes, fig. [1!et [2].

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