CHAPITRE LI
Lettre à mon consia le commandant ***, attaché an ministère de la gaerre. — (Eoudiat Abd-el-Bhaman, 16 août 1844). — Bécit de la bataille d'Isly. — Épisode Morris.
Koudlet Abd-er-Rahman, 16 août 1844.
Ah ! mon cher commandant, pom'quoi n'as-tu pas suivi mon conseil et pourquoi n'étais-tu pas à la tête d'un des bataillons du 15™® léger qu'on t'avait dans le temps proposé ? tu aurais assisté à un de ces grands drames militaires qui ont illustré les armées de notre belle France.
C'est sous le coup des impressions de cette glorieuse journée que je prends la plume pour t'en faire le récit.
La bataille d'Isly, examinée au point de vue de la tactique militaire, fait certes un grand honneur à la petite armée qui y a pris part et à l'illustre capitaine qui la commandait. Elle est pourtant moins digne d'admiration que la résolution même de la livrer, prise par le maréchal Bugeaud.
A l'appui de cette assertion, quelques explications succinctes sont nécessaires.
Malgré plusieurs combats meurtriers entre nos troupes et les troupes marocaines, rencontres dont la responsabilité incombait aux agents de l'empereur du Maroc, le gouvernement français, redoutant de graves complications avec l'Angleterre, persistait à écrire, et au prince de Joinville
commandant l'escadre qui croisait dans les eaux du Maroc, et au maréchal Bugeaud, que le pavillon français n'ayant pas été insulté, il n'y avait pas lieu de déclarer la guerre au Maroc.
L'inaction à laquelle cette raison politique condamnait notre escadre et notre armée encourageait l'audace du fils de l'empereur, qui s'avançait vers l'Algérie avec l'intention formelle de nous chasser de Lalla-Maghmia. Trompé par les rapports des personnages fanatiques qui l'entouraient, poussé, peut-être, par les agents d'Abd-el-Kader, il osait même parler du projet de reconquérir la province d'Oran.
A la tête d'une nombreuse cavalerie régulière à laquelle étaient venus se joindre les contingents de toutes les tribus berbères et arabes qui occupent le vaste territoire situé entre Fez et Ouchda, Muley-Mohammed (héritier présomptif de Mouley-Abd-er-Ehaman, empereur du Maroc) voyait augmenter chaque jour le nombre de ses soldats. Toutes les tribus marocaines voulaient prendre part à la guerre contre les infidèles, et combien de tribus algériennes faisaient des vœux pour le succès de la sainte entreprise ! Que de protestations de dévouement arrivaient chaque jour à ce prince par les émissaires de ceux qui se disaient nos alliés !
Selon eux, que pouvait la petite armée française contre les masses formidables de cavaliers intrépides conduits par le prince des Croyants ? Le moindre revers essuyé par les Français eût été, il faut le dire, le signal du soulèvement général de tous les Arabes de l'Algérie.
En face de pareilles éventuahtés, ne serait-il pas téméraire de tout remettre au sort d'une bataille ? Ne serait-il pas plus prudent de temporiser ? Telle était la pensée secrète de plusieurs généraux, dont, certes, on ne pouvait mettre en doute ni le courage ni le patriotisme. Tel ne fut point l'avis du maréchal. Il comprit que l'occasion se présentait de. frapper
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un grand coup ayant le triple avantage de mettre à jamais un terme aux projets ambitieux des souverains du Maroc, de consolider notre domination en Algérie et d'ajouter une belle page aux annales glorieuses de la France, et il la saisit avec la promptitude qui, à la guerre, est un des éléments du succès.
C'est alors que ce grand patriote, ce grand capitaine, écrit au prince de Joinville, l'adjurant de ne pas prêter l'oreille aux conseils de gens plus préoccupés de ménager les susceptibilités d'une nation soi-disant alliée que de sauvegarder l'honneur de la France. Il ajoute qu'il n'y a pas de différence, selon lui, entre le pavillon et le drapeau de la France, que ce drapeau a été insulté par les Marocains et que Tescadre et l'armée doivent, en dehors de toute considération politique, venger cet outrage. Quelques jours après, le jeune prince lui annonçait le bombardement de Tanger. « Mon Prince, lui répond le maréchal (le 12 août 1844), vous avez tiré sur moi une lettre de change, je vous promets d'y faire honneur; demain, j'exécute une manœuvre qui me rapprochera, à son insu, de l'armée du fils de l'empereur ; et, après-demain, je la mets en déroute, d
Dès le 10 août, le maréchal avait entre ses mains un travail que je lui avais remis et qui contenait des renseignements aussi précis que possible sur l'emplacement du camp marocain, sur les diverses routes qui y aboutissaient, sur la composition de son armée, et enfin sur le nombre de cavaliers et de fantassins formant l'armée du fils de l'Empereur. J'ai conservé la minute de ce travail.
Les bruits répandus portaient le nombre des combattants à cent cinquante mille. C'était faux. D'après mes renseignements, dont l'exactitude a été vérifiée depuis, nous devions nous attendre à combattre six mille cavaliers réguliers de la garde de l'empereur, mille à douze cents fantassins préposés à la garde de Muley-Mohammed, et environ quarante
mille cavaliers, contingents des tribus de Test de l'empire.
La journée du 12 avait été consacrée par le maréchal à la rédaction des instructions données à chaque chef de corps. Il était fatigué plus que de coutume et s'étendit sur son lit de <îamp, immédiatement après notre dîner.
Dans la matinée, quatre escadrons de cavalerie (1), arrivant de France, étaient venus nous rejoindre, et les oificiers ^ chasseurs d'Afrique et des spahis avaient invité tous les officiers du camp, que ne retenait pas leur service, à un punch donné en l'honneur des nouveaux arrivés.
Sur les bords de l'Isly, ils avaient improvisé un vaste jardin dont l'enceinte et les allées étaient formées par de splendides touffes de lauriers-roses et de lentisques. Des portiques en verdure garnissaient l'allée principale conduisant à une vaste plate-forme également entourée de lauriers-roses. Tout cet emplacement était splendidement illuminé par des lanternes en papier de diverses couleurs. Que ne trouve-t-on pas dans un camp français ?
En voyant ces nombreux officiers de tout grade et de toutes armes réunis dans ce lieu pittoresque , mes camarades et moi, composant l'état-major du maréchal, regrettâmes vivement son absence. Il eût trouvé là une de ces occasions qu'il recherchait, de se mettre en communication directe avec ses compagnons d'armes. Mais il était terriblement fatigué, et qui oserait troubler son repos ?
Moins astreint que mes amis aux règles sévères de la hiérarchie militaire, je me chargeai de la commission, et retournai à nos tentes.
Il s'agissait de réveiller notre illustre chef. Je reçus une rude bourrade. Mais il était si bon ! En deux mots je lui
(1) Detix escadrons du 1*' chasseurs et deux escadrons du 2' de hussards commandés par le colonnel Gragnon.
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expliquai le motif de ma démarche. Il se couchait tout habillé; aussi n'eut-il qu'à mettre son képi à la place du casque à mèche légendaire (1) et nous voilà partis ! Il maugréa bien encore un peu durant le trajet de sa tente au jardin improvisé, car il nous fallut marcher pendant plus d'un kilomètre à travers les inégalités du terrain, embarrassés par les cordes des tentes et les piquets des chevaux.
Ces petites contrariétés furent vite oubliées. A peine, en effet, le maréchal était-il entré dans l'allée principale, qu'il fut reconnu et salué par d'enthousiastes acclamations. Chacun voulait le voir; les oflSciers supérieurs, les généraux n'avaient pas seuls le privilège de lui toucher la main. Enfin il arrive sur la plate-forme où le punch est servi. Tous les assistants forment le cercle autour de lui. Les généraux et les colonels sont à ses côtés. Il n'a pas de temps à perdre, dit-il, il a besoin de se reposer pour se préparer aux fatigues de demain et d'après-demain.
« Après-demain, mes amis , s'écrie-t-il de sa voix forte et pénétrante, sera une grande journée, je vous en donne ma parole.
« Avec notre petite armée dont l'effectif s'élève à six mille cinq cents baïonnettes et quinze cents chevaux, je vais attaquer l'armée du prince marocain qui, d'après mes renseignements, s'élève à soixante mille cavaliers. Je voudrais que ce nombre fut double, fût triple, car plus il y en aura, plus leur désordre et leur désastre seront grands. Moi j'ai une armée, lui n'a qu'une cohue. Je vais vous expliquer mon ordre d'attaque . Je donne à ma petite armée la forme d'une hure de sanglier. Entendez- vous bien ! La défense de droite, c'est Lamoricière ; la défense de gauche, c'est Bedeau ; le museau, c'est Pélissier, et moi je suis entre les deux oreilles. Qui pourra arrêter notre
(1) Voirie chapitre XLiv : Le maréchal en cajnpagne.
CAMPAGNE nu MAEOC,
force de pénétration ? Ah ! mes amia, nom entrerons dans l'armée marocaine comme un couteau dans du beurre.
a Je n'ai qn'ane crainte, c'est que , prévoyant une défaite , elle ne se dérobe à nos coups. »
Ordre de combit i la tMtaille d'Isl;.
Gomment pouvoir décrire l'effet produit par le discours du maréchal, dont je rends le fond, mais qui perd cette forme originale que rerêtait sa parole si bien feite pour remuer la fibre dn soldat !
Le lendemain, toute l'armée connaissait le discours du punch, et s'identifiant, avec l'âme de son chef, elle, comme lui , n'avait plus qu'une crainte , celle de voir se dérober les Marocains.
Chaque jour, le maréchal ordonnait un fourrage. Tout ou partie de la cavalerie, appuyée par de l'infanterie, allait couper les blés, l'orge ou l'herbe nécessaires pour nourrir les chevaux et les bêtes de somme. Les Marocains, qui nous observaient, s'étaient habitués à cette opération qu'ils entravaient parfois, sans qu'elle leur inspirât aucun soupçon sur nos intentions. Le 13, le fourrage se fit comme d'habitude, mais toute l'armée y prit part et, à la tombée de la nuit, au lieu de rentrer dans le camp, on resta sur place. Défense expresse d'allumer le moindre feu et même de fumer. Chaque cavalier tenait son cheval par la bride.
A une heure du matin, nous nous mîmes en marche, en gardant le plus profond silence. A six heures, nous venions de gravir une colline qui nous séparait de l'oued Isly, quand apparut à nos yeux le camp marocain, que disje le camp , les camps marocains. Ils étaient au nombre de sept et occupaient un espace plus grand que le périmètre de Paris.
A cette vue tous les soldats poussèrent un hurrah formidable et jetèrent en l'air la canne qui sert à soutenir leur tente-abri pendant la nuit et leur sac pendant les haltes du jour. Ce lieu a été nommé le « champ des cannes ». Les Marocains commençaient à peine à sortir de leurs tentes. L'alerte fut vite donnée. Bientôt nous les vîmes à cheval et un grand nombre s'avança pour nous disputer le passage de la rivière.
La petite armée française se remit en marche dans l'ordre indiqué par le maréchal. Après le passage de Tlaly, qui s'effectua avec un ordre parfait sans nous coûter trop de pertes ,
elle s'avança au travers des masses marocaines qui l'enveloppaient complètement. « Elle ressemblait, me disait un de nos cavaliers arabes, à un lion entouré par cent mille chakals. »
Les Marocains opéraient sur nos petits bataillons des charges composées de quatre ou cinq mille cavaliers. Nos fantassins les laissaient arriver à petite portée et les accueillaient alors avec des feux si nourris et si bien dirigés qae le premier rang décimé se rejetait sur le second et tous deux jetaient le désordre dans ces masses indiscipKnées.
Pendant deux heures environ, ces charges se renouvelèrent avec le même insuccès, et toujours notre petite armée s'avançait, sans que les fameuses défenses, les généraux Bedeau et Lamoricière , fussent obligés de faire former le carré à leurs bataillons, ainsi que le maréchal en avait donné l'ordre au cas où les charges des cavaliers marocains eussent été mieux conduites. On pouvait très justement dire que nous essuyions une pluie de balles ; en effet, dans les charges que la cavalerie ennemie exécutait sur une grande profondeur, le premier et le second rang ayant seuls un tir un peu efficace, tous les autres étaient forcés de tirer en l'air, et je n'exagère nullement eii disant que tous, soldats, officiers et généraux, nous avons été atteints au moins une fois par des balles mortes.
Arrivé aux premières tentes, le maréchal, voyant le désordre augmenter dans les rangs ennemis, lança sa cavalerie qu'il avait gardée jusque-là entre les deux oreilles de la hure.
Une partie des chasseurs d'Afrique, les spahis et les régiments de cavalerie arrivés l'avant-veille , sous les ordres de Yusuf et du colonel Tartas, envahirent le camp marocain et s'emparèrent de toute l'artillerie, quatorze pièces. Un combat très vif s'engagea autour de la tente du prince marocain.
L'arrivée presque immédiate de notre infanterie compléta la déroate de cette armée que le maréchal avait bien nommée Hne cohue.
J'arrive à l'épisode du colonel Morris, où la personne de ton cousin a été singulièrement compromise. Ne m'accuse pas de forfanterie, si je okAQ^pour une seule f ois ^ au désir de te raconter un acte qui en somme n'a rien d'héroïque, mais qui prouve l'effet extraordinaire que peut produire une audacieuse résolution sur une troupe indisciplinée.
Au moment où le maréchal, à la tête de son état-major, pénétrait dans le camp marocain , il aperçut le colonel Tartas qui se disposait à reprendre une charge contre un gros de cavalerie ennemie : « Mais où est donc Morris ? d demandat-il. On braque les jumelles et les longues-vues et on indique au maréchal le régiment du 2® chasseurs qui, sur la rive gauche de l'Isly, se trouvait en face d'un corps considérable de cavaliers marocains. « J'avais défendu que la cavalerie poussât sa charge au delà de l'Isly, s'écria le maréchal avec humeur. Rivet, portez l'ordre au colonel Morris de rallier immédiatement ! y> Les deux chevaux de Rivet étaient, à moitié fourbus, ceux de Garraubè et de Guilmot ne valaient guère mieux et le colonel Eynard , premier aide de camp , ne pouvait s'éloigner du maréchal. Comme mon troisième cheval était frais et dispos, c'est moi qui fus chargé d'aller porter l'ordre au colonel Morris.
Je connaissais parfaitement la situation occupée par les divers corps de notre petite armée. Je me dirigeai donc vers le bataillon de chasseurs d'Orléans qui se trouvait le plus rapproché de rislj ; il était commandé par mon compatriote et ami Froment-Coste. « Où vas-tu ? d me dit-il. « Porter un ordre au colonel Morris, » lui répondis- je. « Mais ce n'est pas commode ; tiens, regarde, » et il me montra à trois kilomètres environ sur la rive gauche de l'Isly nos cinq cents
chasseurs d'Afrique déployés en échelons en face d'un corps considérable de cavalerie marocaine.
La mission me parut effectivement assez scabreuse, mais il n'y avait pas à hésiter ; il s'agissait d'abord de traverser l'Isly. Or si, dans l'été, les rivières d'Algérie ont peu d'eau, quelquefois même pas du tout, leur lit est immense et les berges en sont abruptes et très élevées. Heureusement Froment-Coste voulut bien détacher une compagnie, qui du haut de la crête de la berge droite eut bientôt fait déguerpir les maraudeurs marocains occupés à dépouiller les morts et les blessés tombés en assez grand nombre au passage de la rivière, et dès lors je pouvais la franchir sans grand danger ; je donnai à mon camarade une de ces poignées de main qui équivalent à un long discours et j'arrivai sain et sauf sur la berge de la rive gauche. La cavalerie de Morris me parut plus éloignée encore, effet d^ émotion; mais ce qui mit le comble à... comment dirais-je? mes inquiétudes, c'est qu'entre les chasseurs et moi, sur une plaine unie saijs arbres et sans aucun accident de terrain, je vis un groupe de deux ou trois cents Marocains qui semblaient en observation. Je t'avoue franchement que j'aurais bien voulu être ailleurs. Il fallait pourtant exécuter l'ordre que j'avais reçu. Mais comment passer à travera ces diables de Maugrebins ? Tu connais mes sentiments religieux : je fis une courte et fervente prière et retrouvant mon sang-fix)id, je pris subitement une étrange résolution . Je maintins mon cheval au pas, je remis dans le fourreau mon sabre que j'avais pris en main au passage de la rivière et m'avançai tranquillement (en apparence du moins) dans la direction du groupe de cavalerie marocaine qui, voyant mon allure et mon attitude pacifiques, m'examinait avec curiosité. Arrivé à cinquante mètres environ des premiers cavaliers, je rassemblai mon cheval et lui enfonçant les éperons dans le ventre, j'entrai tête baissée dans
la troupe marocaine. Comment me fut-il possible de la traverser, ne me le demande pas; je ne vis rien. J'entendis de terribles imprécations et grand nombre de coups de feu, je fus poursuivi par quelques cavaliers, mais, en un clin d'œil, j'étais hors de leur portée et j'arrivais auprès du colonel Morris, bien plus étonné encore que les Marocains de ma brusque apparition. Ni mon cheval ni moi n'avions la moindre égratignure.
En poursuivant l'ennemi sur Ja rive gauche de l'Isly, malgré les ordres formels du maréchal qui avait tant d'intérêt à conserver toute sa cavalerie dans sa main, le bouillant colonel avait commis une grave imprudence, mais il l'avait héroïquement réparée en tenant tête avec ses cinq cent cinquante chasseurs à plus de six mille cavaliers, l'élite de l'armée marocaine, auxquels, après des charges meurtrières, il avait enlevé plusieurs drapeaux, des armes et des chevaux richement harnachés.
Il me fit aisément comprendre qu'en face d'un ennemi aussi nombreux, un mouvement de retraite pourrait amener un désastre, tandis qu'il se faisait fort de repousser victorieusement ses attaques jusqu'au moment où quelques bataillons d'infanterie pourraient faire une démonstration sur la rive gauche de l'Isly.
Il fallait porter le plus tôt possible à la connaissance du maréchal la situation du colonel Morris. Le retour était plus facile, les cavaliers marocains qui m'avaient si fort inquiété étant allés rejoindre le corps de cavalerie massé en face de Morris. Je pus donc, accompagné par un peloton de chasseurs, traverser le lit de l'Isly et serrer de nouveau les mains à Froment-Coste, auprès duquel je trouvai le général Bedeau, dont l'éloignement de Morris avait attiré l'attention. Dès que je lui eus rendu compte de la situation, il donna l'ordre à un bataillon de zouaves, à un bataillon du 15® léger et au 9*^ chas-
seurs d'Orléans de passer Tlsly et de menacer la retraite de la cavalerie marocaine.
J'allai bien vite rendre compte de ma mission au maréchal qui , ainsi que m'avait chargé le général Bedeau de le lui demander, lui envoya, par un des officiers d'état-major, l'approbation des mouvements qu'il venait d'ordonner.
Je trouvai mon chef et mes bons camarades installés confortablement sous la tente du fils de l'empereur, et je me mis à avaler avec eux le thé et les gâteaux préparés , le matin , pour ce malheureux prince.
Nous avions tué ou fait prisonniers douze ou quinze cents Marocains, sans compter, bien entendu, les morts ou les blessés qui avaient été emportés par leurs coreligionnaires.
Nous avions pris plus de mille tentes, toute l'artillerie, une grande quantité d'armes de toute sorte, plusieurs drapeaux et fait un butin immense. Nous n'avions eu que deux cent cinquante hommes tués et blessés.
J'aurais bien d'autres épisodes à te raconter, mais je ne puis plus écrire et si la température actuelle continue, je ne pourrai plus même penser.
58 degrés centigrades sous la tente ! Joins à cela un sirocco soulevant des nuages de poussière, une eau tiède et presque saumâtre et tu comprendras le désir que nous avons de prendre un peu de repos après cinq mois consécutifs de campagne.
Dis-moi maintenant que l'armée d'Afrique n'est pas à bonne école !
Adieu.