‹ Trésors d'art en AngleterreChapitre 21 sur 52 · Voir à l'appendice une note sur Memling · texte numérisé non relu

Voir à l'appendice une note sur Memling

fant, en buste, mi-nature, au prince Albert ; — deux volets d'un tableau d'autel, avec une vieille donatrice agenouillée, dont la tête est extraordinaire; provenant de la collection Rogèrs, et appartenant à M. Vernon Smith.

Il y a encore un Saint tenant une flèche, au comte Wemyss ; tableau dont l'attribution me paraît hasardée ;

— un triptyque (à M. G. E. H. Vernon) que je n'a pas découvert; — et enfin le portrait de l'artiste, appartenant à M. Wynn EUis.

La seconde édition du catalogue nous apprend que c'est le célèbre portrait des collections Aders etRogers, lequel doit être daté 1462. Il y a, en haut, à droite de la tête, une inscription que je n'ai pas pu lire. Est-ce la date? Ces tableaux, si intéressants pour l'histoire, devraient être en belle lumière et rapprochés du regard. En tout cas, ce portrait-ci ne ressemble point du tout à la tête que la tradition a toujours considérée comme le portrait de Memling, dans la petite Adoration des bergers, de l'hôpital Saint-Jean.

Ici, le personnage, tourné de trois quarts à gauche, est en buste, avec deux mains croisées l'une sur l'autre, au bord du cadre. Il a une veste et un bonnet violets (on dit, je crois, que c'est le costumé des malades de l'hôpital Saint-Jean). Pas de linge. Les cheveux trèsfins, assez longs et rares, blond clair. Point de barbe. Une tête ascétique, mais sans beaucoup de caractère.

— A gauche, au fond, est une fenêtre ouverte.

Dans le portrait de Bruges, rien de cela : une tête fougueuse, ardente, passionnée, maigre, osseuse, à grands traits, et qui rappelle un peu le masque de.

162 LES MAtTRE'S ANCIENS.

Géricaull; des cheveux touffus, ébouriffés, bruns; une lète d'artiste et de bohémien, qui s'encadre dans une lucarne, par un élan de curiosité; c'est, en effet, un personnage de la composition, un berger attardé, qui vient regarder par un trou ce que font là les autres. Mais la particularité de la physionomie a tous les caractères d'un véritable portrait, qui même devait être très-ressemblant.

On sera bien aise d'apprendre par le grand catalogue, s'il paraît jamais, ce qu'il y a d'écrit sur ce portrait exposé à Manchester, et quels sont ses titres, outre d'avoir passé dans les collections Aders et Rogers ; car il pourrait être par Memling, sinon le portrait de Memling; et, de toute façon, il serait bien intéressant , s'il est daté 1462 , époque toute primitive du talent du peintre, et de laquelle on ne possède point d'œuvres certaines.

Le grand triptyque du musée d'Anvers aussi rend difficile sur Quinten Massys.

Mais nous avons à Manchester, dans un genre différent, un autre chef-d'œuvre du maître, les Avares, gravés par^Earlom et par FittTer. Massys a répété souvent ce sujet avec des variantes. Ce tableau-ci, qui vient de Windsor Castle, est, à ma connaissance, le plus beau de tous. Il a 4 pieds et demi de haut sur 3 et demi de large. Les figures à mi-corps sont un peu plus grandes que nature. Un de ces honnêtes peseurs d*or, comme on les appelle souvent parce qu'ils s'occupent d'ordinaire à peser et vérifier des monnaies, écrit dans un Uvre posé sur une table à tapis vert, couverte d'or, d'argent, de bijoux, de pierre-

ries. Il est coiffé de rouge et vêtu de vert; l'autre est coiffé de vert et vêtu de rouge ; il n'y a que ces deux couleurs franches dans le tableau, aVec la couleur Jaunâtre du fond de boiserie, où l'on voit une tablette sur laquelle est un misérable bougeoir à chandelle; à droite, une porte entr'ouverte k passer outre ; à gauche, un fin petit perroquet regarde. C'est sans doute une intention caustique du peintre. Les perroquets parlent.

L'exécution est d'une grande manière, non pas d'un grand style, mais d'un dessin arrêté et caractéristique, d'une touche large et simple, par plans décidés, et sans la minutie que ce genre semble comporter et justifier.

De Windsor Gastle vient aussi un beau triptyque : la Madone et l'Enfant , au milieu ; sur les volets, les donateurs, saint Jean et sainte Ursule, s

Un autre tableau d'autel avec volets a été envoyé par M. J. H. Green. Autrefois dans la collection Aders. La composition en est assez riche et compliquée : au centre, une Madone avec des anges et des saints ; sur les volets, saint Jean-Baptiste, sainte Agnès et divers personnages ; saint Jean Tévangéliste et deux figures.

Le catalogue enregistre encore deux, autres Massys : une Vierge avec l'Enfant, et une Tête de Madone.

C'est Jan Gossaert * qu'il faut voir à Manchester, où il a deux chefs-d'œuvre, dans ses deux manières différentes : une Adoration des mages — et les volets du

1. On rappelle ordinairement Mahuse, d'après le nom falsifié de la ville où il est né : Maubeuge. ^,y„,,„ ^^ ^^^ jle

i64 LES MAITRES ANCIENS.

tableau d'autel , attribués à van der Goes dans la première édition du catalogue *.

Je ne crois pas qu'il y ait de Jan Gossaert, nulle part ailleurs, un tableau aussi brillant, aussi bien conservé, aussi capital que l'Adoration des rois, signée jenni Goss^RT et appartenant au comte de Càrlisle.

A la vérité, pour avoir du sentiment, de la profondeur, cette certaine signification intellectuelle qui fait pénétrer dans les personnages des grands peintres, môme des peintres qu'on appelle avec ironie du beau nom de naturalistes , il n'y a rien de tout cela. C'est un peu comme la splendide robe en papier barbouillé, que cet artiste décorateur et fantasque se fit le jour de la visite de Charles-Quint au marquis de Vere.

Ses figures sont, en général, des espèces de constructions archi tectoniques, en pierre ou en carton, analogues aux édifices de fantaisie qu'il apprit si bien à confectionner en étudiant les débris de l'art antique, durant son voyage en Italie avec le prélat de la maison de Bourgogne.

On trouve cependant quelquefois, dans les tableaux de sa première manière flamande, beaucoup de naturel et d'expression, témoin ses deux excellentes peintures du musée d'Anvers : les Saintes Femmes et les Juges intègres (n"^ 39 et 40), qui passent pour avoir été exécutés^ avant son voyage d'Italie. Nous verrons tout à l'heure qu'il s'est aussi quelquefois élevé au grand caractère dans sa seconde manière.

L'Adoration des rois, exposée à Manchester, éblouit

Page 1