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par la richesse et la profusion d'une architecture bizarre , qui découpe le fond en une infinité de compartiments et le fait ressembler à une mosaïque de verroteries. Dans les interstices de ces colonnettes, de ces frises, de ces arcades, de ces mille décorations enchevêtrées , est semé un paysage avec des villes et des lointains fantastiques.

La Madone est assise au milieu , tenant sur son giron, de la main droite, l'enfant Jésus, et dans la main gauche une coupe d'or ciselé. Elle a une cornette blanche, de longs cheveux blonds crêpés, tombant à mi-bras , une magnifique robe et une draperie bleue. A sa droite est agenouillé, presque de profil, un mage à manteau violet; un autre mage, avec sa suite, s'avance derrière lui. A gauche, le roi nègre, en long manteau rouge, dont un page féerique porte la queue. En l'air voltigent de grandes figures d'anges empaquetés dans des robes flottantes.

La Yierge, le page et quelques autres figures ont un incomparable éclat et une sorte de beauté plastique très-originale. Ces personnages sont hauts d'environ 2 pieds et demi ; le tableau a 6 pieds carrés. C'est un des types du maître.

La Descente de croix, provenant de la collection du roi Guillaume de Hollande , offre aussi des figures de la même proportion. Le panneau a 5 pieds sur 4. L'exécution en est également très-brillante. Appartenant à M. J. Dingwall.

Les trois Gossaert de Kensington Palace sont d'un autre genre : Portrait d'un ecclésiastique, — une Jeune fille écrivant — et une toute petite Madone dans un

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jardin, peinture tranquille, simple, avec un paysage vigoureux, quoique très-fin; ce doit être de la première manière du maître.

Les petites compositions de Mabuse , surtout celles de son commencement, sont bien préférables à ses tableaux d'apparat. Avant son voyage d'Italie, il se rapprochait quelquefois de Memling et des autres Flamands du xv« siècle. On voit même à Manchester un portrait d'homme qui passait pour un Memling dans la collection Aders. C'est un donateur, à mi-corps, sur un excellent fond de paysage; ancien volet de tableau d'autel. Il appartient à M. Green.

Outre les autres Gossaert catalogués, une Adoration des mages* et la Légende' du comte de Toulouse (à sir J. Nelthorpe), il y a encore deux petites Madones trèsdélicates et très-charmantes : une Vierge assise sous un arbre, panneau de forme ronde, — et une Vierge avec l'Enfant qui tient des cerises.

Il y a enfin les deux superbes volets provenant de Hampton Court, et offrant les portraits de Jacques IV, roi d'Ecosse, et de la reine Marguerite d'Ecosse.

Sur le volet gauche est le roi agenouillé, de profil à droite ; il a un manteau violet et une pèlerine d'hermine; saint André, en grand manteau vert, lui pose la couronne sur la tête. Fond de draperies rouges.

1 . Cette Adoration des mages appartient , selon le catalogue n* 1 , à M. G. E. H. Vernon , et , selon le catalogue n'^S , à M. Robert Napiar.

D'après la nouvelle édition du catalogue , les deux petites Madoaes gont , l'une à M. Robert Napier , l'autre au prince Consort , à qui appartient déjà la Madone dans un jardin, mentionnée ci-desftos* En tout, douze tablMuz de Mabuse, y compris les deux votets à» Hampton Court.

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Sur le volet de droite, en pendant, est agenouillée la reine, corsage brodé d'or et de pierreries, jupe longue et traînante, doublée d'hermine. Derrière elle, saint George armé porte un étendard.

Les figures ont environ 4 pieds; chaque panneau, 3 pieds de large sur 7 de haut.

Dans tout ce côté gauche de l'Exhibition , consacré aux écoles du Nord , il n'y a pas une œuvre de ces maîtres primitifs qui ait une plus grande tournure, plus de fierté dans les lignes, plus de profondeur et de sévérité d'expression.

On voit que, pendant son séjour d'une dizaine d'an-\ nées en Italie , Jan Gossaert avait étudié le dessin des Florentins et la couleur des Vénitiens. Son coloris, autrefois sec et creux comme des feuilles de métal dont il avait le brillant, s'est concentré pour ainsi dire, et il a gagné en force ce qu'il a perdu en miroitage. Son dessin , autrefois maniéré et baroque dans sa fausse naïveté, s'est simplifié ei agrandi. Et, par bonheur, en peignant ces portraits, d'après nature sans doute, — car il a résidé, à plusieurs reprises, en Angleterre, — il a trouvé l'expression profonde et un style vraiment magistral.

Nous ne relevons guère les erreurs de date qui fourmillent dans le catalogue (dans le second tirage comme dans la première édition) , mais nous ne pouvons cependant lui laisser imprimer que Jan Gossaert est né en 1496*, quand il y a de lui, à Manchester précisé-

1. On ne sait pas la daU exacta de sa naissance , mais on s'accorde à la placer de 1460 à 1470.

GooQle

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ment, — et c'est un des tableaux les plus curieux de la Galerie des portraits (n° 57), — une peinture datée 1495, les trois Enfants du roi Henri VII, savoir : Arthur, prince de Galles; Marguerite, qui devint'femme de Jacques IV d'Ecosse, la même qui figure sur le volet d'Hampton Court, — et le terrible bambin qui devint Henri VIII.

Arrivent après Mabuse deux maîtres des bords de la Meuse, qui n'ont jamais été en Italie et ont toujours adhéré au style flamand : Henri Met de Blés et Joachim Patenier.

Henri Met de Blés a de Tanalogie avec Gossaert, et comme lui il a très-précieusement peint l'architecture. Ses paysages ont aussi les qualités de finesse qui distinguent ceux de son compatriote et rival Patenier.

Manchester montre de Henri Met de Blés trois peintures bien authentiques : — un Calvaire, et un triptyque dont le sujet principal est la Descente de croix; appartenant au prince Albert; — et une autre petite Descente de croix, sur fond d'or, au comte de Portsmouth.

Patenier est, en général, bien faussement apprécié par les critiques d'art. Le peintre, dans ses tableaux, n'est point ordurier — pardonnez le mot, — comme on dit qu'il le fut dans ses habitudes de vie. Presque toutes ses compositions sont de petits sujets religieux, ajustés dans des paysages d'unee^trême délicatesse. Il y en a qu'on pourrait, au premier coup d'oeil, prendre pour des Memling.

Il ne faut donc pas s'étonner de l'admiration que témoigna Diirer pour le maître de Dinant, dont il fit le

portrait à Anvers, lors de son voyage de 1520-1521. Patenier résidait alors dans cette ville , où il avait été reçu franc-maître de la confrérie de Saint-Luc dès 1615, et non en 1535 comme le disent tous ses biographes. C'est Herry de Patenier, son fils peut-être, qui fut reçu en 1536.

Joachim a l'honneur d'avoir été un des premiers initiateurs des écoles du Nord dans la peinture du paysage. Jusque-là , le paysage n'avait été qu'un accessoire. Patenier en fit un sujet principal, et commença à y subordonner Içs personnages.

Je n'ai jamais vu de lui qu'un seul tableau (autrefois dans la collection Quedeville à Paris) avec le bonhomme, par trop libre, qui passe pour avoir été sa signature habituelle; mais j'en ai vu beaucoup dans le style de Memling, qu'il semble s'être proposé d'imiter.

Tels sont les quatre petits tableaux de Patenier à Manchester : une Madeleine, un Saint Christophe , un Saint Jean dans l'île de Pathmos, et un Calvaire ; tous quatre au prince Albert. Le Saint Christophe surtout semble copié sur ceux de Memling. Dans ce tableau et dans les trois autres, les paysages sont délicieux, trèsaccidentés, comme les bords si pittoresques de la Meuse , où Patenier av^t trouvé ses premières inspirations.

Digiti^byGoOQle

MaUfit de tran^tfion; Van Orley, Antonio Moro, Joost yan Cleef, les Fourbus.

Nous sommes au moment où rancienne école flamande se métamorphose en s'imprégnant du caractère italien, Les Anglais ont le bon goût de ne pas estimer beaucoup cette période bâtarde , sorte de pont trèsdétourné, qui conduit, après des égarements assez inutiles, du grand vanEyck au grand Rubens. Mais peutêtre faut-il, de temps en temps, de ces divagations pour opérer des reconnaissances de peuple à peuple, pour mêler les idées et les sentiments.

Les Pays-Bas eurent alors une pléiade de pseudo- Italiens, qu'on décore de sobriquets transalpestres : deux Raphaël flamands, Bernard van Orley et Michel Cocxie; deux Michel- Ange flUmands, Lambert Lombart et Frans Fions; un Titien, Martin de Vos; un Corrége, Otto Venius ; et bien d'autres. Vaillants artistes toutefois, et qui auraient marqué dans l'histoire de l'art s'ils fussent restés de leur pays.

L'un d'eux, Michel Gocxie, peignait encore à l'âge de quatre-vingt-quinze ans un Calvaire qu'on voit à

Sainte-Gudule de Bruxelles, et qui a de la force et même une certaine grandeur, dans le style des Italiens. Gocxie, je crois bien, est le peintre dont l'existence a été la plus longue — après Titien qui mourut à quatre-vingt-dix-neuf ans. Encore fallut41 la peste pour tuer Titien. Sans cette peste^ il ne serait jamais mort. Mais, en effet, il vit toujours.

Manchester n'a qu'un seul de ces hybrides : Bernard van Orley (ou Barend van Brussel), en six ou huit exemplaires.

Quatre de ces van Orley appartiennent à la collection du prince Albert : un Repos près de la fontaine; -*-^ttn petit portrait de femme p— une petite Madone avec sainte Catherine et sainte Barbara ; — et le Sauvem* apparaissant à la Madeleine; trois autres femmes et deux apôtres complètent cette composition, peinte sur un panneau de 2 pieds et demi carrés.

Un autre van Orley représente une Vierge à micorps, presque de grandeur naturelle, avec un fond de paysage et des figurines. Très-bon tableau du maître. Mais» hélas I nous sommes loin des originaux du xr siècle. La devise modeste de Jan van Eyck : Comme je peux^ a été remplacée par celle-ci de Bernard van Orley ; Ctiacun son tempe. Le temps de van Orley a été court. Van Eyck est immortel.

Parmi les peintres intermédiaires entre les deux grands siècles des Pays-Bas, il y en a un qui ne lient à aucun temps et à aucun pays, où plutôt qui participe des qualités des meilleures écoles. Anlonis de Moor (Antonio Moro) a successivement habité la Hollande (Utrecht où il est né), l'Italie, FEspagne, le Portugal,

in LES MAITRES ANCIENS.

FAngleterre et la Belgique (Anvers où il est mort), peignant partout des portraits superbes, qu'on a sans doute attribués à des Vénitiens et à d'autres maîtres renommés, comme le Nain de Charles-Quint (n"" 343 du Louvre) avait été attribué jusqu'à ces derniers temps à un élève du Giorgione. Je crois que le nouveau catalogue du Louvre, auquel on doit cette rectification, a commis une erreur en marquant la naissance du Moro à l'année 1525, car il y a de ce noble maître des portraits datés 1544. Il est donc plus probable qu'il naquit en 1512, date adoptée par quelques biographes. C'est à chercher.

Les portraits du Moro qu'on voit à Manchester sont des chefs-d'œuvre très-surprenants. On ne s'attend point à une pareille supériorité. C'est de la force des plus beaux Titien, mais avec une individualité de sentiment et d'exécution qui pourtant ne ressemble à aucun maître. La tournure seule est un peu vénitienne. Le reste est particulier au Moro et le ferait reconnaître entre tous autres.

Le catalogue est très-embrouillé à cet endroit, comme en beaucoup d'autres *, et il Jiote deux portraits de la reine Mary, fille de Henri VIII et femme de Philippe IL Je n'ai vu qu'un portrait (appartenant au comte de Yarborough) de cette Marie d'Angleterre, assise de trois quarts à gauche; elle a une cornette blanche, un habillement noir et des manches rouges. Grand dessin, touche énergique, et très-sobre en même temps. J'ai vu aussi un beau portrait (apparte-

1. La seconde édition .du catalogue a rectifié le duplicata relatif à la reine Mary , et réparé Tomission du comte d'Essez.

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nant au vicomte Dillon) de sir Francis Drake, signé Aotonids Mor, et daté 1568; puis, un portrait, assez ordinaire, de Philippe II; à lord Spencer.

Mais voici le capo d^operay le portrait du peintre par lui-même ! Antonio Moro s'est campé debout, de trois quarts à droite, en costume espagnol, avec la chatne d'or au cou et Tépée au côté, la main droite appuyée sur la hanche, la gauche sur la tête d*un dogue espagnol. Grandeur naturelle, jusqu'aux genoux. La toile a 4 pieds de haut sur ^ de large.

Ce fier portrait a de l'analogie avec les portraits peints par Sebastiano del Piombo, aussi avec ceux du Titien et du Tintoret, mais dans une pratique plus simple et encore plus volontaire. Le caractère y est gravé comme sur bronze^ et les procédés de l'exécution ne s'y laissent point voir. On ne voit que l'homme avec sa tète résolue et indépendante, l'homme qui osa timcher le lion.

Philippe II vivait très-familièrement avec son peintre. Se trouvant un jour en gaieté (il avait sans doute reçu de bonnes nouvelles du duc d'Albe), cet aimable souverain frappa de sa griffe sur l'épaule d'Antonio. Celui-ci, qui était en train de peindre, riposta avec son appuie-main. Holà! peu s'en fallut que l'audacieux artiste ne fût brûlé vif pour pareil sacrilège. Il échappa à l'inquisition en quittant l'Espagne et regagnant son pays qu'il ne quitta plus.

C'est à propos de cette anecdote que van Mander dit : « Il est toujours dangereux de toucher le lion. >» Mais le mot n'est pas juste. Philippe II n'est pas un lion : cjest une bête de cimetière et de tombeaux.

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Un portrait du comte d'Essex, par le Moro, peut encore être mis au premier rang. Le personnage est assis, cette fois. Pourpoint de soie noire, avec une simple collerette blanche. La barbe taillée à la même mode qu'Antonio, et, comme lui, beaucoup de majesté dans le visage. Les deux mains sont admirables. Appartenant à lord Yarborough.

Lord Spencer, à qui appartient le portrait du peintre par lui-même, a aussi envoyé le portrait de Joost van Cleef, d'Anvers, autre excentrique du xvi* siècle, que ses compatriotes, sans doute les fanatiques de Raphaël, surnommèrent le Fou. Il n'a point Fair si fou. Sa tête puissante et sérieuse est vue presque de face et de grandeur naturelle. Il a une barbe touffue et brune. Toque et pourpoint noirs. Buste coupé assez court , avec les deux mains cependant. C'est là encore une bonne connaissance à faire, et qui place haut ce fou assez inconnu.

Deux autres portraits d'homme (au collège de Christ Church , d'Oxford) qu'on lui attribue sont loin d'être comparables à son propre portrait.

Les Fourbus, pour clore cette phase primitive de l'art flamand.

Mais ici encore les dates et les attributions se contrarient. Prans Fourbus le vieux est né en 1540 à Bruges, et il fut reçu de la confrérie de Saint-Luc d'Anvers en 1569, h fO ans. Ces dates sont irrécusables. On lui attribue cependant un très-beau portrait de Nicolas CarcTV, appartenant à lord Yarborough, et portant avec l'âge du personnage, setat. 35, la date 1549, que j'ai vérifiée. Frans Fourbus le vieux avait neuf ans! Est-ce Fieter Fourbus qu'on aurait dû écrire î

A Frans Pourbus le jeune, nouvelle impossibilité chronologique, ou erreur d'attribution*. Il est né en 1570, fut reçu à vingt-un ans, en 1691 , dans la confrérie de Saint-Luc, et n'alla que plus tard en France.

Comment aurait-il pu faire le portrait de Henri, duc de Guise, le Balafré, assassiné en 1588 ?

Passons. Rubens et van Dyck nous appellent.

1. Le catalognie n* 3 a eonservé ces deaz erreurs relatives aux

Pourbus.. — Dans un article de VArtistey rendant compte de la pre-

, mière édition de notre livre , M. Paul Mantz , d'accord avec nous

sur Ferrenr de Tattribution à Frans Pourbus le jeune , établit que le

portrait est bien eelui de Guise le Balafirà.

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