Le catalogue dit en 1807. Mais je crois qu'il se trompe
la Fête de village, qui est aussi à Vernon Gallery et qui fut payée 800 guinées, en 1812; etc.
Nous avons à Manchester les Joueurs de cartes, que le duc de Gloucester acheta 150 guinées et qui appartiennent maintenant aux Misses Bredell : cinq hommes et une femme tenant son baby ; peinture un peu sèche. Nous avons aussi le fameux Jour des loyers {the Bent Day), payé par le comte de Mulgrave 150 guinées. Il se vendrait aujourd'hui plus de 1000 guinées. Il appartient à M. John Chapman. Il a été supérieurement gravé par E. Smith, par Raimbach aussi, et par d'autres. Il y a dans cette composition un contraste trèsspirituel et qui fait le comique du tableau : à gauche, le cruel propriétaire est assis devant son bureau; on lui compte de l'argent; il n'y a pas à badiner, et ceux qui attendent leur tour, pour débourser ou pour s'expUquer, n'ont pas l'air d'être à la fête; mais, à droite, les bons payeurs, les bonnes âmes, — ce Jour du payement des loyers est aussi sérieux que le jour du Jugement dernier, de fra Angehco, — les élus du bonhomme éternel à qui il faut solder la rente, sous peine de damnation, sont à table, s'empiffrent comme des bienheureux et se rigolent comme des anges.
C'est là le bon coin. Mais malheur à ceux qui n'ont pas le sou! Vae miseris! Voici l'enfer, dans un autre tableau qui fut peint plus tard, en 1815, sans doute en intention de pendant au Jour des loyers, et qui est intitulé la Saisie pour loyer. Il fut payé 600 guinées par les directeurs de la British Institution, et il appartient aujourd'hui à M. William Wells.
Ah ! vous n'avez pas payé votre terme ! arrangez-vous
avec rhuissier. L'huissier est là, assis sur le bord d'un lit, et griffonnant ses exploits comme un chevalier Bayard. La famille qu'on exproprie s'est ramassée sur la gauche, et se lamente sans trop de fracas. Sorte d'ébauche légèrement et adroitement brossée.
Entre ces deux pendants, en 1814, Wilkie peignit, au prix de 250 guinéesS pour M. Samuel Dobrée, une des scènes de mœurs les plus tinement caractérisées qu'il ait faites : la Lettre d'introduction, appartenant aujourd'hui à M. Bonamy Dobrée. On dirait que celte composition est prise d'un roman de Balzac. Il ne faut pas oublier que les Anglais, peintres et romanciers, ont une admirable ingénuité pour traduire les drames et les mystères de la vie intérieure, du chez soi, the home, la citadelle de la famille et des serviteurs, servants and attendants, de tous les degrés. Balzac, par ce côté-là, tient un peu du génie britannique, de la race anglosaxonne, des Anglais et des Américains.
La Lettre d'introduction représente l'intérieur confortable d'un vieux gentleman, bon bourgeois en bonnet de matin, en robe de chambre et en pantoufles, qui est assis dans un doux fauteuil, près de son bureau où sont des livres et des papiers; dans le fond, une riche bibhothèque j, avec des dos de reliure, derrière lesquels je ne garantis point qu'il y ait les feuil-
1 . Nous devons presque tous ces précieux renseignements financiers au catalogue anglais. L'argent a de la valeur en Angleterre. Au proverbe anglais : Time is money (le temps, c'est de Targent), il faudrait ajouter cet autre proverbe : Money is respectahility. Dis-moi ce que tu possèdes de guinées et jeta dirai qui tu es. Les proverbes sont « la sagesse des nations. »
lets des volumes. Un jeune garçon arrivant du countnj, de sa province, debout, l'air modeste et tout à fait gentil, a remis une lettre au vieux grognard qui le regarde de travers, lunettes retroussées au-dessus des arcades sourcilières.
Il n'y a pas beaucoup de chances que ce gaillard-là fasse fortune avec sa lettre de recommandation. Le chien favori de la maison avance vers lui son museau par un mouvement olfactif qui annonce l'inquiétude et n'est pas de bon augure. Ce jeune campagnard s'est trompé d'échelle. Avec sa tournure et sa santé il se tirera d'affaire autrement, peut-être en attrapant Véchelle des femmes. Il y a plus de ressources de ce côté-là que du côté des vieillards en bonnet de nuit. Bah! peut-être qu'avec sa référence au vieux gentleman le nouveau débarqué pourra grimper jusqu'aux planches où s'ébattent les actrices à la mode. « Quelle histoire, dit un journal anglais, dans ce simple petit grouj)e de deux chrétiens, plus un chien! histoire, nous le craignons, de la vie quotidienne.... etc. »
Un petit tableau très-vif d'allure est celui où l'on voit de petits chiens ( terriers ) excités par des enfants à déterrer des rats^ Il fut, en 1811, le morceau de réception du peintre à l'Académie, qui Fa prêté à Manchester. 15 pouces sur 10.
Un petit tableau très-élégant et très-fin est celui qui est intitulé : Devine mon nom {Guess mij name) et .qui appartient à la collection choisie de M. Perkins. Il fut
1. Non catalogué dans la première édition. Le second tirage du catalogue porte : « Bogs digging for rats^^ mot à mot ; Jeunes garçons fossoyant pour (attraper des) rats.
peint en 1821 pour M. Zachary (150 gainées). Il représente une jeune fille venant par derrière, en tapinois, mettre ses deux mains sur les yeux d'un jeune homme occupé à écrire. On peut croire que la devinée n'est pas difficile, et que ces petites mains seront reconnues à tâtons.
Un tableau précieux est celui qui a conservé les portraits du père et de la mère de Wilkie [the artisfs Parents) ; peint en 1807 et appartenant à. MM. Hunter. Toute petite toile, avec les deux figures seulement du père et de la mère assis près d'une table.
Viennent ensuite le Garde-chasse {the Gamekeeper) très-petit tableau et très-fin, peint en 1810 pour 100 guinées, et appartenant aujourd'hui à sir G. H. Beaumont; — un petit tableau, peint en 1809 (25 guinées) et gravé par Burnet; — la Mort de sir PhiUppe Sidney ; — le Gentil Berger; — l'Intérieur d'un cottage de highlanders (montagnards), au comte d'Essex; — le Christophe Colomb au couvent de la Rabida , peint en 1835, payé à l'artiste 500 guinées, et appartenant à M. Holford ; le Napoléon avec le pape Pie VII , peint pour M. John Marshall (500 guinées), gravé par T. H. Robinson, et appartenant à M. William Marshall.
Wilkie, dont le sentiment est toujours très-populaire et très-humain, a été assez empêché quand il a dû faire un empereur et un pape sur une toile large de 8 pieds et haute de 6 pieds ! Le saint-père, qui n'est pas très-orthodoxe pour les Anglais, est assis de face, dans un magnifique fauteuil. Il a une robe immaculée en dentellerie blanche , et son camail de velours
violet. A gauche en avant, un bout de table avec tapis. Il est là fort tranquille et tout radieux, quand, à droite du tableau, apparaît dans l'ombre son compère et son tyran, le grand empereur, tout petit, de face, et tenant un papier. Il faudra signer ce papier , saint-père ! Ce papier recèle le drame de la composition.
Les figures sont de grandeur naturelle, un peu genre fantôme , il est vrai, et lâchement charpentées ; mais il y a néanmoins de véritables qualités d'exécution dans cette peinture , surtout dans les fonds.
Wilkie eût été plus sage de s'en tenir à ses aveugles qui raclent du violon , à ses poUssons qui déterrent des rats ou qui jouent à colin-maillard. Les héros n'étaient point son affaire, pas plus qu'à son grand-père, maître Ilogarth.
Wilkie, bien entendu, a été, comme West etLav^rence, académicien et peintre de la cour; il remplaça Lav^rence en qualité de peintre de Georges IV, et il conserva son titre sous Guillaume IV et même sous la reine régnante, Vittoria, car il ne mourut que le V juin 1842 \ à bord d'un navire qui le ramenait de Constantinople à Londres. « Son corps fut confié aux flots. »
C'était la reine qui l'avait envoyé en Turquie pour peindre le portrait du sultan, n'ayant pas jugé à propos de se faire peindre elle-même par son peintre officiel, à qui pourtant revenait de droit la confection du portrait d'État de Sa Majesté, comme on a coutume