CHAPITRE II
L est peu de villes en France dont les églises aient conservé de tout temps une aussi grande importance et religieuse et politique que la cité de Reims. C'est là qu’était le siège de saint Rend, l’apôtre des Francs 5 et depuis lui une longue suite d’archevêques illustres par leur naissance, leurs lumières, leurs talents , n’ont cessé d’attirer sur Reims l’attention du monde religieux (1). La ville du premier baptême royal fut en grand honneur sous les rois des deux premières races, et la vénération qu’ils lui témoignaient était presque pour eux un article de foi. \^j// Des rois carlovingiens , leurs femmes, leurs descendants , ont voulu que leurs cendres reposassent près de celles du grand saint. Située au milieu de la vieille France, entourée des pairies ecclésiastiques, capitale d’un duché, la ville du sacre a su d’àge en âge maintenir sa position si belle et si grande, au mi- 1; Heu de tant de cités qui furent résidences royales, capitales de royaiunes, et cpji sont tombées ou dorment sans vie et sans gloire.
(i) Reims a eu qualre-vingl-dix-linit artiuvèques. Parmi eux on compte douze saints, onze caidinaux, six légats du Saint-Siège, neuf dianccüers de France, de.s princes, des fils de rois-
Aussi de tout temps les églises du diocèse de Reims, celles siliiées dans les murs de la \ille surtout, recueillirent les fruits de toutes les circonstances qui faisaient la gloire et l’honneur de la métropole. Les trésors des abbayes , des royales basiliques , de nos \ieux monastères , se remplirent maintes fois de dons précieux. Saint Remi vivait encore , et déjà la monarchie enrichissait la cathédrale rémoise. Tout le monde connaît l’iiistoire du vase de Soissons et son terrible dénoûment : ce que Clovis voulait faire, ce qu‘’il fit depuis, ses successeurs n’ont cessé de le faire après lui. La munificence royale a plus d’une fois couvert de ses offrandes les autels de Notre-Dame, de Saint-Remi et de Saint-Nicaise de Reims 5 le sacre était pour chacun d’eux une occasion solennelle de donner à nos églises des marques de leur libéralité : les traditions leur en faisaient une loi qu’ils respectaient , comme nous le verrons plus loin.
Les archevêques , riches des revenus que leur rapportaient les fiefs ecclésiastiques (1) , des largesses que leur octroyait leur souverain, se plurent les uns après les autres à orner les premiers édifices qu’éleva le christianisme et ceux qui les remplacèrent. Nous verrons leur munificence lutter avec celle des rois.
Les uns, comme saint Remi, Henri de France en 1170, Richard Pique, le cardinal Charles de Lorraine en 1571, léguaient à nos églises, par testament, des mitres, des crosses, des croix, des ornements précieux. Nos prélats n’attendaient pas toujours leur dernière heure pour les enrichir : saint Remi, Turpin , Vulfar, Hincmar, Hervé, Sculf son successeur, Sanson en 1145, Henri de France en 1170, Guillaume de Champagne, ce prélat aux blanches mains, en 1201, Albéric en 1213 et 1215, Guillaume de Joinville en 1220, Henri de Dreux en 1229, et presque tous leurs successeurs. Messieurs de Lorraine surtout, donnèrent de leur vivant des châsses, des pierreries, de l’or, pour orner les autels, des vêtements ecclésiastiques, des tapisseries, des objets précieux de toute espèce.
De simples particuliers donnèrent aussi , et nos trésors renfermaient plus d’un objet dont l’origine était toute plébéienne : on aime à voir aux pieds des autels le denier du pauvre se mêler à l’or du riche , et devenir son égal devant Dieu. L’ex-voto était en usage à Reims; nous voyons qu’en 1491, un cœur d’argent est déposé sur l’autel du Seigneur par de pauvres parents qui demandaient au ciel la guérison de leur enfant chéri.
(1) Us avaient, à la fin du siècle dernier, 70,000 livres de revenu, y compris celui de l’abbaye de Saint-Thierry.
Les membres du clergé, les chanoines, les moines consacraient parfois aussi une partie de leurs revenus à refaire les châsses des saints, â les enrichir, à en faire de nouvelles : les inventaires que nous allons publier constatent de nombreux dons de ce genre.
La noblesse de Champagne et celle des provinces voisines payaient aussi tribut aux églises rémoises. Des princes de l’Église appelés à d’autres sièges que celui de Reims n’oubliaient pas l’antique cité où ils avaient passé leurs jeunes années, les savantes écoles où ils avaient été initiés aux mystères de la science, les saintes églises sous les voûtes desquelles dorment leurs parents , leurs amis , et ils donnaient aussi : nous en ver^ rons plus loin de nombreux exemples.
Les rois, les reines, les princes du sang se rappelaient parfois que Notre-Dame de Reims était l’église de la monarchie , et ils veillaient à ce que rien n’y manquât aux pompes du culte ; nous constaterons des dons faits par la munificence royale que des souvenirs et la piété avaient seuls réveillée.
Les Croisades, la prise de Constantinople par les Turcs, contribuèrent aussi à doter nos autels de précieux ornements , de reliquaires historiques.
C’est de toutes ces sources que vinrent les richesses qui firent si long-temps l’admiration des voyageurs. Aujourd’hui , de tant de trésors il ne reste presque plus rien : qui voudrait garantir que ce qui a vécu jusqu’à nous, un jour ne périra pas? — Hâtons- nous donc de décrire, de représenter ce qui existe encore, de recueillir sur ce qui n’est plus les derniers récits de traditions qui s’effacent, et avant que la lampe s’éteigne , profitons des dernières lueurs de sa flamme mourante.
Pour rendre moins fastidieuse, s’il est possible, la lecture de mes notes , j’ai cherché à mettre de l’ordre dans leur classement ; j’ai divisé mon travail en chapitres, dans lesquels j’ai renfermé tout ce qui devait se réunir. Je m’occuperai de chacune de nos églises; et le lecteur a deviné que Notre-Dame de Reims, l’église du saere , doit avoir ici la place d’honneur : c’est donc par l’histoire de ses richesses que je commencerai. — Disons d’abord un mot de ceux à qui on en avait confié la garde.
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