‹ Trésors des Églises de ReimsChapitre 4 sur 78 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

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UAND les églises étaient pauvres , quand les faibles ressources dont le prêtre pouvait disposer suffisaient à peine pour subvenir aux frais du culte et soulager les misères qui demandaient assistance, la cupidité ne songeait pas à visiter les temples : il était inutile de veiller à la conservation de ce qu’ils contenaient. Le clergé ||>. officiant gardait et administrait le simple mobilier qui les décorait. On n’avait nul besoin d’une administration financière chargée de faire rentrer les revenus et de veiller à leur j|ji"j I emploi : les diacres alors étaient en môme temps trésoriers. Mais quand la société se fut assise de nouveau sur les bases jetées par le christianisme , le repentir et la charité donnèrent aux Chapitres , aux abbayes, des livres, de l’argent, des joyaux précieux ; il fallut bientùl des armoires , des salles spéciales pour renfermer les richesses que chaque basilique possédait. On créa partout un trésor ; chaque cathédrale, chaque église eut le sien. 11 fallut à la fin en confier la garde à un individu responsable. Et on nomma les trésoriers.

D’abord on les nommait custodes (i) sacrorum ipignorum ; et dès l’origine, leur mission , qui demandait la confiance publique , se donnait par l’élection ; cette dignité ne tarda pas à être importante. Tous les membres du clergé y prétendaient. En 1101 , on examina la question de savoir si on pouvait y parvenir sans être au préalable en possession d’une prébende : on voulait sans doute diminuer le nombre des compétiteurs. D’ailleurs, les chanoines ne se soucièrent pas sans doute de voir à leur tête un ecclésiastique d’un rang inférieur au leur, et le Chapitre prit ses trésoriers dans ses rangs.

Le trésorier de l’église métropolitaine de Reims n’était pas un petit personnage : il avait ses droits, ses privilèges, ses revenus, ses fiefs; mais il avait aussi des charges à remplir.

« Avant d’entrer en fonctions , il devait , disent les vieux titres capitulaires , comme s’étant mis en état et devoir de vassal et obligé au service , prêter foi et hommages à l’archevêque, son seigneur suzerain , et ce à cause des fiefs relevant de l’archevêché dont il avait la jouissance. » Cet usage s’observa jusqu’à la fin du régime féodal, et nous avons retrouvé dans les archives du Chapitre, déposées à l’hôtel-de-ville, l’acte du serment prêté par Louis Constantin, prince de Rohan, depuis cardinal, au prince Armand-Jules de Rohan, archevêque de Reims en 1755.

Après avoir rempli ce devoir, le trésorier était installé avec cérémonie dans le chœur, du côté gauche. Sa place, s’il était simplement ecclésiastique, était immédiatement après celle du doyen; si déjà il avait été promu à quelque dignité, il s’asseyait dans les stalles supérieures, suivant le droit que lui donnait son titre.

Les biens dont il jouissait étaient d’abord la maison dite du Trésor, située dans la rue qui portait son nom ; ensuite le fief de La Rarre, au faubourg Cérès : ce domaine était composé d’un certain nombre de maisons dont le trésorier était seigneur. 11 avait encore les terres seigneuriales de Courcy et de Marcilly sur le même terroir , et enfin celle de La Neuville, près Cormicy.

Tous ces domaines lui procuraient des revenus importants. Une partie de la maison du Trésor se louait 480 livres en 1725.

Il avait en outre des privilèges attachés à sa charge et s’exerçant à Reims. En 1615, Claude d’Origny , trésorier de Notre-Dame, prétendait avoir droit de justice et de juridiction temporelle dans toute l’église, dans son enceinte et au dedans des portaux , c’est-à-dire des barrières

(0 De cnstos, custodes, vient le nom de contres que l’on donna par la suite aux véritables gardiens de l’église et de ses trésors. Nous parlerons dans le chapitre suivant de ces dignitaires ecclésiastiques.

qui défendaient jadis l’entrée de l’église. On les voit encore sur les anciens dessins qui représentent Notre-Dame de Reims.

Le Chapitre contesta ses prétentions, et il fut contraint de restreindre ses droits de justice au dehors de l’église et à ses portaux. Pour les exercer , il avait un bailli gradué et licencié ès-lois , un procureurhscal , un greffier et un sergent. Comme les droits de justice dans l’église appartenaient aux chanoines, le trésorier, qui se trouvait en posséder un démembrement, devait aussi, en raison de ce, lors de son installation , prêter serment au Chapitre.

On conserve à la bibliothèque de la ville des ordonnances de police rendues par le trésorier : elles ne sont applicables qu’au pourtour de l’église et à son portail; il condamnait à la prison et à l’amende ceux qui faisaient du bruit au dehors et troublaient l’office divin.

Il accomplissait aussi dans sa maison des actes de justice purement civils. En 1610 , quelqu’un y mourut : le trésorier apposa les scellés sur les effets du défunt, et fit l’olfice de bailli. 11 était aussi chez lui juge criminel. En 1609, un voleur pénétra dans l’hôtel du Trésor et y déroba quelques écus. Le trésorier le fit arrêter et le condamna à être fustigé.

Comme il est de la nature humaine de chercher à empiéter sur les droits d’autrui , nos trésoriers dépassaient parfois les bornes de leur pouvoir; ainsi, en 1428, ils permirent d’établir quelques boutiques au pied des portes de l’église , au dedans des lices ou barrières dont nous avons parlé plus haut. Le Chapitre intervint , et les marchands furent chassés du temple du Seigneur.

En 1408, le trésorier se permit d’étendre le bras au-delà des limites de sa juridiction temporelle, et il fit faire des arrestations un peu plus loin que ce qu’on pouvait considérer comme les dehors de l’église. Un voleur ainsi arrêté par lui profita du conflit de juridiction, et fut mis en liberté. Parfois le zèle de notre dignitaire l’emportait, et il s’oubliait au point d’aller sur les brisées du Chapitre. En 1343 , un de ses valets arrêta un coupable réfugié dans l’église : il dut le relâcher et lui faire réparation.

Il avait, en certains cas, rares sans doute , le droit de faire remise des amendes prononcées contre les délinquants appartenant à la juridiction ecclésiastique ; c’est du moins ce que nous pourrions conclure d’un fait rapporté par Cocquault , à la date de 1321.

Le trésorier et le Chapitre de Reims plaidaient souvent entre eux ; ils eurent entre autres un procès qui dura de longues années et ne se termina que dans l’avant-dernier siècle. Ils étaient voisins ; le jardin du Chapitre touchait à la maison du trésorier et , à ce qu’il paraît , il se pro-

longeait jusqu’à l’église ; il y tenait notamment sur un point où , en 1328 , on distribuait des aumônes aux pauvres. Le trésorier avait obtenu permission de traverser ce jardin pour aller aux offices , mais ce n’était qu’une tolérance : il finit par soutenir que c’était un droit. Après maints procès , on lui donna tort ; et en 1633 , un arrêt ordonna que la porte qui lui donnait entrée de chez lui dans le jardin des chanoines serait murée.

Le trésorier avait sa stalle au chœur et sa place au Chapitre. Une charte de 1328 constate ses droits à cet égard.

Il devait payer à l’église certaiues redevances qui engendrèrent aussi des difficultés. Jadis les offrandes faites à l’église lui revenaient , à la charge par lui de fournir le luminaire et de faire face aux dépenses exigées pour les réparations et l’ornement des chapelles et des objets du culte. Il devait, de plus, faire les frais du sonnage [1215]. H paraît qu’il ne remplissait pas ses obligations de manière à satisfaire le Chapitre; et , dans le xnU siècle , sa position fut modifiée par une charte de l’archevêque Albéric , datée de 1215, confirmée en 1216 par Innocent 111, et une autre charte de l’archevêque Guillaume, datée de février 1220. Elles existent encore aux archives de la ville.

On lui fit remise de toutes fournitures ou réparations , et il n’eut plus à payer que 48 livres par an à l’église ; il dut de plus donner à Noël aux contres ou gardiens 16 sols et autant à Pâques, 12 sols à la Pentecôte , à l’anniversaire de l’archevêque Ébal six setiers de vin et huit pains, et autant à celui de l’archevêque Radulfe; il devait aussi livrer au sous-trésorier douze muids de vin ordinaire, et à celui qu’on nommait alors carpenlarius ou chapucier , trois muids de vin commun , un muid de fleur de farine et un demi-muid d’avoine.

Enfin , le trésorier nommait à son choix les coutres et le chapucier. Nous reviendrons, dans le chapitre suivant, sur ce point.

La charge du trésorier était, comme on le voit , une véritable position seigneuriale ; elle était au nombre des grandes dignités de l’église de Reims ; elle donnait de l’aisance , du pouvoir , de l’indépendance : aussi fut-elle fort recherchée de tout temps. Nous la voyons conférée aux ecclésiastiques appartenant aux plus grandes familles de France. Plusieurs cardinaux, les llaraucourt, les Lenoncourt , les Rohan se trouvèrent heureux d’êire trésoriers de Notre-Dame de Reims.

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