CHAPITRE XX
ouïs '"XVIH , à son retour de l’exil , n’avait pu se faire sacrer. Les charges énormes qui grevèrent la nation au commencement de son règne , les infirmités que le malheur avail augmentées, le lui avaient défendu. Charles X lui succéda. Il résolut d’appeler sur son trône les bénédictions du ciel, et les premiers jours de son règne virent renouveler des cérémonies dont cinquante ans n’avaient pas effacé le souvenir. On fit revivre les traditions qui ne heurtaient ni les lois constitutionnelles ni les mœurs du xix' ^ ^ monarque voulut rendre à Notre-Dame
Reims l’éclat qu’avaient eu jadis ses pompes religieuses; et les dons et offrandes que nos rois firent chaque sacre étaient des précédents qui furent respectés.
Le vestiaire vit revenir ses beaux jours. Les autels se parèrent de nouveau de riches ornements. C’est en énumérant les nombreuses largesses de la munificence royale que nous terminerons notre travail sur le trésor de la cathédrale de Reims.
Nous devrions parler d’abord du magnifique reliquaire qui fut fait à cette occasion pour recevoir la nouvelle Ampoule destinée à contenir le
baume de l’onction royale , et les débris de celle qui avait servi à tant de cérémonies'. Mais, pour éviter des redites, nous renvoyons le lecteur aux chapitres où il sera question du trésor de Saint-Remi et par conséquent de la fiole historique.
jNous citerons d’abord le dais de la procession. Il est d’un travail fort remarquable, et est long de huit pieds et large de sept ; il a douze pieds de haut, et est porté sur six colonnes de bronze; aux quatre coins sont des panaches blancs; au milieu et au-dessus est un groupe de chérubins qui soutiennent un globe surmonté d’une croix (1).
Les pentes sont en brocard d’or sur or. Sur chacune est un sujet en broderie. Sur la pente de devant on voit l’afche d’alliance et deux anges en adoration ; sur celle qui lui est opposée est la figure du Jéhovah hébraïque; à droite, l’agneau sans tache repose sur le livre de vie; à gauche, on voit le pélican se blesser pour nourrir sa jeune famille. Ces broderies sont d’or et d’argent et se relèvent en relief. De chaque coté elles sont accompagnées de la couronne royale sur le chiffre du roi. Le plafond du dais est de drap d’or frisé. A.u centre de la voûte est un Saint-Esprit brodé en argent et faisant saillie (2).
(1) Le dais jouait un rôle important dans la cérémonie du sacre; il en fallait un pour abriter le roi lors de son entrée dans l’église ; un autre pour couvrir l’abbé de Saint-Remi, quand il apportait la Sainte-Ampoule.
11 y en avait encore un au-dessus du trône. 11 en fallait un quatrième pour le dîner qui suivait le sacre, et un cinquième pour la réception des chevaliers l u Saint-Esprit.
Le dais sous lequel venait la Sainte-.Vmpoule était ordinairement blanc; il était en damas brocbé d’or au sacre de Charles VIH , et de brocard d’argent au sacre de Louis XIV.
Le dais qui servait à la cérémonie du Saint-Esprit était aux couleurs de l’ordre, vert et or. Au sacre de Louis XIH, il était fait de toile verte et or , brodé de fleurs d’argent et orné d’une colombe d’argent. Au sacre suivant, ce dais fut de velours vert à flammes d’or.
Au sacre de Charles VIII, le dais du dîner fut de velours bleu , semé de fleurs-de-lys d’or.
Au-dessus du confessionnal dans lequel s’agenouilla Henri H , on avait placé un pavillon de velours cramoisi, doublé de toile d’argent et brodé d’or. Celui qui abrita Louis XIV en pareille occasion , était de velours violet , brodé de fleurs-de-lys d’or.
Le dais sous lequel était placé le trône de Louis XIV était aussi de velours violet, brodé de fleursde-lys d’or.
Enfin le dais principal, celui qui servait à l’entrée du roi, était de damas rouge au sacre de Louis XI ; au sacre de Charles VIII , il fut de damas violet foncé, semé de fleurs-de-lys d’or , ayant aux quatre coins des anges portant , les uns les armes dh roi , les autres celles de la ville.
Le dais de Henri II était de drap d’or et d’argent , orné de croissants simples et triples , avec sa devise ; Donec totum impleat orhem.
Depuis le dais royal fut de velours violet semé de fleurs-de-lys d’or .
(2) Ce dais fut fourni par Mademoiselle Quinet , ainsi que tous les ornements d’étoffe dont nous allons parler. 11 coûta 24,000 francs.
(Nous devons cette note, ainsi que toutes celles qui font connaître le prix des objets donnés, à l’obligeance de M. l’abbé Qnerry.)
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Le roi fit don à monseigneur rarchevêque, pour le jour de la sainte cérémonie, d’une chape de drap d’or avec un agrafe (4) d’or émaillé et ciselé dans le style du gothique fleuri. Au milieu est une énorme topaze. Un gros brillant enrichit cette chape. Avec elle le prélat reçut une chasuble (2) de drap d’or richement hrodé, une étole (3) et un grémial (4) de même étoffe et brodés de même; une aube et un rochet de dentelles fines. Enfin une mitre (5) d’étoffe d’or, ornée de perles et de sept émeraudes de haut prix.
A la cathédrale , le roi offrit trois ornements complets.
Le premier , de drap d’or , est composé de huit chapes dont six (6) avec orfrois brodés , destinées aux six évêques qui assistèrent au sacre; de deux (7) tuniques brodées pour le diacre et le sous-diacre , d’une étole de diacre et de deux manipules pour le diacre et le sous-diacre , de douze tuniques (8) de procédants avec six étoles de diacre et douze manipules.
Le deuxième ornement est d’une étoffe brochée en or et fleurdelisée. Il est composé de dix chapes (9), dont l’une, celle du célébrant, porte un diamant au bas du chaperon ; d’une chasuble (40) ornée au milieu de la croix du monogramme du Christ en diamants , d’une étole dont les croix sont enrichies chacune d’un diamant, d’une bourse, d’une pâlie et d’un voile aussi ornés de diamants, de douze tuniques (44) pour le diacre, le sous-diacre et les procédants, d’une étole de diacre, de deux manipules.
Le troisième ornement est d’une étoffe d’argent broché d’or relevé en bosse; il se compose de huit chapes (42), d’une chasuble (43) avec
(1) Cette agrafe, fournie pàr M. Cahier, orfèvre du roi, ainsi que tous les objets d’orfèvrerie dont nous allons parler, coûta 300 fr.
(2) La chappe coûta 6,500 fr., et la chasuble 6,000 fr.
(3) L’étole coûta 600 fr.
(4) Le grémial coûta 500 fr.
(5) La mitre coûta 5,600 fr. Les pierres seules étaient d’une valeur de 5,000 fr. Elle n’existe plus aujourd’hui. L’aube et le rochet furent payés 6,000 fr. pièce.
(6) Les six chapes d’évêque furent payées 2,500 fr. pièce. Les deux autres, qui sont moins belles, ne coûtèrent que 2,000 fr.
(7) Ces deux tuniques coûtèrent 4,000 fr. pièce.
(8) Ces douze tuniques coûtèrent 16,200 fr.
(9) Ces chappes coûtent 14,000 fr.
(10) La chasuble fut payée 1,400 fr.
(11) Ces tuniques coûtèrent 14,400 fr.
(12) Ces chappes coûtèrent 12,000 fr.
(13) La chasuble coûta 1,200 fr.
étole et manipule, d’un voile de calice, d’une bourse, d’une pâlie, de douze tuniques (1) pour les diacres, sous-diacres et les procédants, d’une étole et de deux manipules.
Le roi joignit à ces riches ornements :
Trois canons d’autels (2) dans des cadres de vermeil, dont le texte est peint sur vélin et entouré de riches et gracieux dessins, et places sous glace.
Deux livres (3), l’un des épîtres , et l’autre des saints évangiles, couverts de velours violet, garnis en vermeil, avec une croix de vermeil au milieu.
Le livre des cérémonies du sacre couvert en maroquin violet , orné des armes de France.
Deux couvertures pour les pupitres de l’épître et de l’évangile , en drap d’argent.
Une nappe de communion, aussi en drap d’argent.
Deux coussins en velours violet, fleurdelisés en or.
Une ceinture de soie blanche moirée, avec glands d’or.
Vingt-quatre grandes aubes garnies de dentelles et de points d’Angleterre (4).
Une nappe pour le maitre-d’autel , garnie de dentelles.
Depuis le sacre, le roi ajouta à ces objets un tapis qui couvre le sanctuaire ; au milieu sont les armes de France et de Navarre, ombragées par des branches de lys et d’olivier, et derrière sont la main dejustic eet le sceptre placés en sautoir.
Au-dessus et au-dessous sont des cornes d’abondance. L’encadrement est une guirlande chargée d’épis de blé, de feuillages et de fruits; aux angles est le chiffre de Charles X, surmonté d’une couronne. La bordure est violette, chargée de fleurs-de-lys.
Arrivons maintenant aux objets d’orfèvrerie dont le trésor de Notre- Dame de Reims s’enrichit dans la même circonstance. Il reçut du roi :
Six grands candélabres hauts de 5 pieds, et un Christ haut de 8 pieds , en bronze doré au mat et ciselé avec soin, destinés au maîtreautel (5) .
(1) Les tuniques fuient payées 1,000 fr. pièce.
(2) Ces canons coûtèrent 2,507 fr. de dorure et 6,668 fr. de façon.
(5) Ces deux livres coûtèrent 1,154 fr. de dorure et 4,600 fr. de façon.
(4) Elles coûtèrent de 1,000 à 1,200 fr. pièce. Deux aubes de dentelle , destinées au diacre et au sous-diacre , furent payées 3,000 fr. chacune.
(5) Ces objets, fabriqués par Choiselat , coûtèrent 23,000 fr.
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Un Christ et quatre candélabres moins brillants et moins remarquables, pour l’autel que l’on éleva le jour du sacre dans l’intérieur du chœur (1), pour remplacer celui qui jadis décorait le jubé en pareille occasion.
Une belle aiguière pour l’offrande du vin, ornée d’élégantes ciselures, garnie d’une anse riche de dessin et surmontée d’une gracieuse figure (2). Un plat pour poser les deux pains qui complètent l’offrande (3).
Les deux pains, l’un doré, l’autre argenté (4).
Un bénitier ayant la forme d’un vase à la Médicis (5).
Deux encensoirs d’une grande dimension et ornés de riches ciselures, accompagnés de deux navettes et de quatre cuillers destinées à prendre l’encens (6).
Deux instruments de paix, ornés de figures (7).
Un calice pour la chapelle du trône (8).
Des burettes , un plateau et une sonnette pour la même chapelle (9). Une chapelle complète pour le prélat consécrateur ; elle contient :
Un riche calice (10).
Des burettes, leur plateau, et une sonnette (11).
Un bougeoir (12).
Une aiguière et son bassin pour le lavabo (13).
Quatre plats de présentation (14).
Trois vases destinés à renfermer les sainteS-builes (15).
Une boîte à mettre les pains d’autel (16).
Une paire de ciseaux ayant un manche de vermeil (17j.
Une spalule en vermeil (18).
(O Ils sortirent delà même fabrique que les précédents et ne furent payés que 2,000 fr.
(2) Cet objet et ceux dont suit la désignation sont en vermeil. Ils ont été fournis par M. Cahier , orfèvre du roi. Ce vase coûta 7,200 fr. de façon et 1,458 fr. de dorure.
(5) Le plat coûta S, 600 fr. de façon et 745 fr. de dorure.
(4) Les deux pains coûtèrent 300 fr. de façon et 139 fr. de dorure.
(5) Le bénitier et son goupillon coûtèrent 900 fr. de façon et 572 fr. de dorure.
(6) Les encensoirs coûtèrent 5,000 fr. de façon et 2,003 fr. de dorure,
(7) Us coûtèrent 3,700 fr. de façon et 676 fr. de dorure.
(8) Il coûta 400 fr. de façon et 271 fr. de dorure.
(9) Ces objets coûtèrent 280 fr. de façon et 350 fr. de dorure.
(10) Il coûta 1,600 fr. de façon et 429 fr. de dorure.
(11) On les paya 1,900 fr. de façon et 583 fr. de dorure.
(12) Il coûta 190 fr. de façon et 139 fr. de dorure.
(15) Elle coûta 2,970 fr. de façon et 930 fr. de dorure.
(14) On les paya 1,700 fr. de façon et 1,099 fr. de dorure.
(15) Ils coûtèrent 480 de façon et 351 fr. de dorure.
(16) Elle coûta 55 fr. de façon et 56 fr. de dorure.
(17) Elle coûta 40 fr.
(18) Elle coûta 36 fr.
Une croix archiépiscopale (1).
Une autre croix, renfermant des reliques, et portée par le diacre assistant (2).
Enfin , un reliquaire contenant un morceau de la vraie croix , plus remarquable par la richesse du métal dont il est fait que par la beauté des ornements qui le décorent (3).
Tel est l’inventaire actuel du trésor de Notre-Dame de Reims (4). Puissent ces derniers monuments de l’art antique et les produits de l’art moderne, plus heureux que leurs devanciers, traverser les âges et vivre à toujours respectés ! Puissent les générations qui viennent, enfin plus éclairées que celles qui ne sont plus , ne pas accélérer la destruction de toutes ces merveilles, qui sont à l’avance marquées du sceau de la fragilité humaine ! La flamme , l’inondation , les ruines des édifices , la main du temps, qui use et flétrit tout, ne savent-elles pas anéantir sans retour tout ce qui est condamné à périr? N’aidons pas leur fatale puissance. N’oublions pas que des spoliations naissent les spoliations , que les violences qui profanent mènent à d’autres violences. Qui veut respect pour sa foi, ses principes et ses œuvres, doit commencer par respecter les œuvres, les principes et la foi de ses pères.
(1) Elle coûta 1,800 fr. de façon et 1,528 fr. de dorure.
(2) Elle coûta 1,850 fr. de façon et 455 fr. de dorure.
(5) Nous donnons le dessin d'une partie de ces objets.
(4) Nous mentionnons ici le présent que le roi a fait à l'hospice de St-Marcoul, d’une chasuble et d’une chape en damas violet semé defleurs-de-lys d’or avec orfrois en drap d’or brodé.