TRÉSORS DES HOPITAUX DE REDIS
L y avait jadis à Reims sept hôpitaux ; on comprend que ce n’était pas dans leurs murs que se déployait le luxe du catholicisme. La religion , dans ces tristes enceintes , n’avait qu’un but, le soulagement des misères humaines.
[i Nous donnerons cependant le détail de ce qui s’y est trouvé lors des inventaires de 1792; la modestie de leur mobilier fera ressortir la pompe de nos églises. Elle prouvera que le prêtre chré- Itien savait être pauvre avec ceux qui manquaient de tout, et que le luxe de nos vieilles basiliques n’était pas une nécessité de son existence, mais un hommage qu’il rendait à celui qui a tout ;■ J créé.
,’iij L’Hùtel-Dieu était jadis près de la cathédrale. La charité s’abri- :,,1 tait ainsi aux pieds delà religion. Dans l’intérieur des bâtiments II]' était une cbapelle dédiée à Notre-Dame-de-Bon-Secours. Les re- 'j ^ venus de ce pieux établissement, dont l’origine était, dit-on, antérieure à l’épiscopat de saint Uemi, étaient considérables.
La révolution ne le respecta pas. Les religieuses qui consacraient leur
vie à soigner les malades, à prier pour les
agonisants ,
furent persécu-
lées et contraintes de quitter ce costume qui rappelait cà tous leur pieuse mission. Les biens de l’ Hôtel-Dieu furent aliénés en partie. Son mobilier religieux fut inventorié et réduit aux plus simples proportions.
11 comprenait lors du dernier inventaire : marcs, onces gros.
Une lampe d’argent , pesant 13
Six chandeliers d’autel, en argent, 3(i
Une croix d’autel, de même métal, 10
Un bénitier et son goupillon, de môme métal, 5
Un encensoir, sa navette et sa cuiller, aussi en argent, 5 Deux petits chandeliers de table, en argent, 5
Deux paix de même métal, 1
Huit burettes en argent , 9
Quatre burettes, leurs bassins, deux pots à fleurs, le tout ciselé et en argent, 9
Une petite croix d’autel, d’argent, 3
Une sonnette, une cuvette et une coquille d’argent, 1
Une grande croix à procession et les garnitures du bâton,
(>n argent , 114 6
Total, 112 2 7
Avant cette dernière spoliation, l’Hôtel-Dieu possédait différents objets précieux , qu’il perdit dans les diverses occasions où les basiliques rémoises payèrent tribut aux besoins du pays. Son trésor renferma :
Un bras de saint Maurice dans une châsse d’argent.
Des reliques de saint Quirinus et de saint Fiacre (U.
De la robe et des cheveux de saint Jean-Baptiste.
Des reliques de saint Ponce et de sainte Restitue.
L’anneau de saint Loup (2).
La ceinture de saint Thomas de Gantorbéry (3).
Des reliques de saint Nicolas.
De l’huile qui avait coulé de sa jambe après sa mort.
Des reliques de sainte Catherine (4).
(1) Saint Fiacre était nn solitaire de la Brie ; il monriit en 070, après avoir fondé nn hospice , autour duciiicl s’est formé le village qui porte son nom.
(2) Il y eut quatre saints de ce nom, tous quatre évêques. Il s’agit sans doute ici de saint Loup evêque de Troyes, né en 478 , ou de saint Loup évêque de Sens, mort eu G25. Ün conserve dans la cathédrale de cette ville un anneau qui vient, dit-on, de ce dernier.
(5) Thomas Becket, chancelier d’Angleterre, archevêque de Gantorbéry, persécuté par Henri !!, trouva un asile à Sens en 1170. Ou y conserve sa chasuble , sa mitre et quelques-uns de ses vêtements épiscopaux. Il fut massacré en 1175, et canonisé par .Alexandre III.
(4) Il y eut ([uatre saintes qui portèrent le nom de Catherine.
De la robe de sainte Anne.
Des reliques de sainte Bertlie (1).
De la robe et de la ceinture de saint Augustin (2).
Des reliques de saint Quentin (3)^ de sainte Barbare, de sainte Agnès et de sainte Catherine.
On conservait aussi un ossement de sainte Bertulfe dans une châsse de bois.
L’hôpital-général de la Charité, fondé en 1632, aux frais des citoyens de Beiins, était pauvre à son origine (4). Destiné à recevoir les enfants et les vieillards sans ouvrage, il ne pouvait songer <à briller aux dépens des misères qu’il devait soulager. Quand les sociétés de Jésus furent supprimées, on donna leur maison à l’ hôpital-général, qui y fut établi. On y remarquait alors de belles sculptures de bois qui existent encore. La bibliothèque et le médaillier des Jésuites sont maintenant dans la bibliothèque municipale de Reims. Ils avaient réuni une riche suite de médailles consulaires et impériales en or et en argent qui fut respectée par les spoliateurs de 1792.
Les Magneuses, qui devaient ce nom à celui de leur fondatrice, Jeanne Canart , fdle de Nicolas Colbert, seigneur de Magneux, occupaient une maison créée en 1654, sous l’invocation de sainte Marthe. Elles n’avaient d’autre trésor que leurs vertus, et donnaient aux pauvres le peu dont elles pouvaient disposer (5).
L’hospice destiné à recevoir les scrofuleux, fondé en 1650 , était placé sous l’invocation de saint Marconi. Nous parlerons de ce saint quand nous sortirons des murs de la ville. Cette maison était pauvre aussi.
Ap rès son sacre , Charles X se rendit dans cet asile ouvert aux misères humaines et y toucha tous les malades qui lui furent présentés, en répé-
(1) Il s'agit sans doute de sainte Herthe dont nous retioiiverons la châsse dans le trésor de l’abhaye d’Avenay.
(2) Deux saints se nommaient Augustin : run fut apôtre d’Angleterre, et mourut en 607; l’autre est le fameux évêque d'llii)pone. Sa gloire est de tous les temps, de toutes les contrées; il est plus que probable que les vêtements dont nous parlons étaient les siens , et non ceux du saint anglais.
(?i) Saint Quentin fut l’apôtre du Vermandois ; il mourut vers 297.
(4) On y trouva, le 29 novembre 1792, en argenterie, une paire de chandeliers, [lesant (piatie marcs deux onces ; un encensoir, une navette et sa cuiller, pesant deux marcs six onces; une paire de burettes et leur bassin, pesant deux marcs cinq onces six gros; une lampe, pesant sc[)t marcs six gros.
(3) On ne trouva chez elles que deux petits chandeliers d’aulel, en argent, pesant sept marcs quatre gros; deux burettes d’argent et leurs bassins ciselés, pesant quatre marcs quatre onces un gros; deux autres petites burettes, pesant six marcs trois gros ; et une croix d’autel en argent, pesant quatre marcs deux onces trois gros.
tant comme ses devanciers la vieille formule : « Le roi te touche, Dieu te guérisse. »
Avant lui , cette cérémonie avait toujours lieu à Saint-Remi , ainsi que nous le dirons quand nous parlerons de la châsse de Saint-Marcoul.
Louis XVI avait donné à notre hospice un ornement de damas vert brodé d’or, aux armes de France et de Navarre, composé d’une chasuble, de deux tuniques, d’étole et de manipule, d’un devant d'autel, de coussins, d’aubes, de ceintures, d’amicts, de nappes d’autel et de communion garnies de dentelles.
Charles X fit cadeau d’un ornement composé d’une chasuble et d’une chape.
La chasuble est accompagnée de l’étole , du manipule, d’un voile et d’une bourse ; le tout est de damas violet semé de fleurs-de-lys d’or brodées. L’orfroi est une broderie en or sur fond d’étoffe d’argent frisé ; dans les deux bras de la croix sont deux belles branches de lys entre lesquelles paraît une colombe brodée en argent et relevée en bosse , au milieu d’une gloire d’or surmontée d’une couronne d’étoiles; au-dessous on voit deux branches d’olivier entrelacées qui renferment la couronne de France, et au-dessous deux guirlandes de lys formant cercle et renfermant le chiffre de Charles X ; le devant de la chasuble est décoré de la même manière; elle est ornée d’une frange à graines d’épinards avec torsades d’or.
La chape est de même étoffe semée de fleurs-de-lys d’or. Les orfrois sont en brocard, en argent frisé, et brochés en or. Le chiffre de Charles X est brodé au bas du chaperon, qui est garni d’une frange à torsades d’or.
En face de l’abbuye de Saint-Denis de Reims, dont nous parlerons bientôt, était un hôpital dit de Saint-Denis, ou de Sainte-Catherine ; on y donnait chaque soir l’hospitalité et du pain pour une nuit seulement à dix-huit femmes ou fdles sans asile. L’hôpital Saint-Louis, destiné aux incurables, ne renfermait, comme celui de Saint-Denis, aucun objet que nous puissions citer.
En 1792, on trouva dans la maison destinée à l’éducation des pau'
vres orphelins : rnarc-s, onces, gros.
Six chandeliers d’argent, pesant 28 3 4
Une croix d’autel d’argent , pesant 5 3 3
Un encensoir, sa navette et sa cuiller de môme métal, pesant 4 2 2
Une lampe d’argent, pesant 8 4 1
Quatre burettes d’argent et leurs bassins, pesant 5 2 4
marcs, onces, gros,
Deux vases de fleurs et une coquille d’argent, pesant » 7 »
Et deux petites chcâsses qui furent détruites ; les ornements qui les décoraient pesaient 5 » 4
Total , 57 7 2
L’hôpital Saint-Antoine était un peu plus riche en reliquaires que toutes les maisons dont nous venons de parler; on y vit long-temps, indépendamment d’ohjets du genre de ceux que nous venons de décrire, quelques reliques dont les croisades enrichirent nos églises, un morceau de la vraie croix, un fragment du manteau de pourpre (pi’on plaça sur les épaules du Christ, des ossements de saint André ; on y remarquait entre autres reliquaires un pied d’argent plus grand que nature renfermant un pied de saint Antoine, patron du lieu.
Tous ces objets furent détruits au profit du trésor ; on ne laissa aux étahlissemenls qui ne furent pas vendus comme biens nationaux , que les ornements de cuivre rigoureusement nécessaires aux besoins du culte.
bientôt la religion fut bannie de tous ces asiles, qu’elle avait fait ouvrir à l’humanité souffrante. Personne ne disait plus à l’orphelin prêt à se mettre en route sur le chemin de la vie : « Dieu t’a donné le lihrearbitre , il te demandera compte un jour de ce que tu auras fait icibas.» Personne ne disait au vieillard : « Pardonne et repens-toi. Dieu le pardonnera. » La charité du matérialisme et le dé\oùmenl des théophilanthropes s’usèrent vite ; et bientôt la religion revint dans nos murs bénir les premiers pas de l’enfance et consoler les dernières heures du mourant.
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