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CHAPITRE XXXI

TRESORS DES EGLISES PAROISSIALES ET COLLÉGIALES, ET DE OLELOLES CHAPELLES DE REIMS.

L y eut à Reims comme dans toutes les anciennes cités un nombre considérable de chapelles et d’églises. La révolution ne les a pas trouvées toutes debout depuis leur fondation. Quelques-unes ne sont connues que parce que Flodoard en parle. D’autres furent démolies à des époques éloignées de nos jours, parce qu’elles n’étaient plus que ruines ou qu’elles devaient tomber devant les exigences du moment. Nous n’avons rien à dire sur ces édilices que personne n’a décrits et dont l’emplacement est parfois problématique.

Nous ne parlerons donc pas de l’église Saint-Sixte, détruite en 1727; de Saint-Martin , démoli en 1691; de Saint-Nicolas, renversé en 1690.

Les églises Saint-Victor, Saint-Crépin, des Martyrs, Saint- Quentin , Saint-Germain, Saint-Laurent, Saint- Sauveur , retnontaient aux premiers siècles de l’ère chrétienne. Filles de l’art au ' berceau, elles méritaient une description minutieuse que nous ne pouvons faire.

Les paroisses Sainl-Hilaire , Sainte- Marie - Madeleine , Saint-Martin, Saint-Etienne, ont également péri sans laisser dans la mémoire de nos devanciers de ces souvenirs de détails que nous recherchons. Du moins nous n’avons rien trouvé, jusqu’à ce jour , que nous puissions citer.

Saint-Pierre-le-Vieux n’était qu’une chapelle (1). La tradition rapportait qu’elle touchait à la maison de Saint-Remi. Elle est aujourd’hui à peu près détruite. Ses débris sont absorbés et masqués par des maisons modernes. On y remarquait un Christ (2) d’une grande beauté attribué au ciseau de Pierre Jacques, sculpteur rémois; une chaire de bois faite par hlondel , qu’on voit maintenant à la cathédrale , et des vitraux riches de couleurs et de dessin.

On y conservait aussi des reliques de saint Grégoire (3) , de saint Gumhert (4) et de saint Patrice (5); c’était, disait-on, la reine Gerberge (6) qui les avait données. 11 fallait que l’antiquité du reliquaire vînt justifier ou au moins appuyer cette prétention. Nous regrettons de ne pouvoir les décrire.

L’église Saint-Jacques, bâtie vers la fin du xii« siècle, a été épargnée en 1793; mais elle fut comme ses sœurs dépouillée de son mobilier. Voici l’inventaire de ce qu’on y prit en 1792 :

ARGENT DORÉ

Défaite d’un livre,

Défaite d’un autre livre,

One croix d’autel,

ARGENTERIE

Une lampe ,

Sainte Anne et ses ornements ,

Six chandeliers d’autel.

Un bénitier et son goupillon ,

Deux chandeliers d’acolyte.

marcs, onces, gros.

(1) Elle était située au coin de la rue des Telliers et de celle du Cadraii-St Eieire; le nom de cette rue venait de l’horloge qui décorait l’église.

(2) Ce Christ est aujourd’hui dans l’église Saint-Jacques.

(5) Il y eut huit saints du nom de Grégoire.

(4) Nous retrouverons la châsse de saint Gumbert à Saint-Pierre d’.Vvenay.

(5) Saint Patrice fut l’apôtre de l’Irlande, qu’il convertit et éclaira.

(0) Gerberge, femme de Louis d’Outre-.Mer, morte en 975, inhumée à Saint-llemi.

maies, onces, gros.

Deux encensoirs, une navette et une cuiller, Deux paix,

Deux burettes,

Deux autres burettes et leurs bassins ciselés. Une croix à procession ,

Une croix d’autel,

Deux anciennes paix et une coquille,

Défaite du pied de sainte Anne,

Défaite d’un livre en argent,

De ces tristes détails il résulte qu’il y avait à Saint-Jacques quelques objets dignes d’attention. La statue de sainte Anne et des livres ricbenient reliés méritaient mieux qu’une simple mention pondérique.

Le maitrc-autcl de cette église était un chef-d’œuvre, sinon de bon goût, au moins d’équilibre et de hardiesse; il s’élevait jusqu’à la voûte et se terminait en pointe. La moindre pièce qu’on eût dérangée aurait entraîné sa chute. Il était, si nous ne nous trompons, de marbre et tle bois doré (I).

Quand l’église Saint-Jacques fut rendue au culte, on lui alloua quel- (jues-uns des objets qui étaient restés déposés provisoirement dans les greniers du district. C’est ainsi qu’elle reçut le Christ venant de l’église Saint-Pierre, et plusieurs tableaux, dont l’un, représentant le mystère de la sainte Trinité, est attribué au Guide; la pêche miraculeuse et la punition d’Ananie et de Leppire , par Hélard , peintre rémois (2). On lui donna aussi une paix d’ivoire qui est maintenant dans un cabinet particulier. On n’a pu savoir à quelle église elle appartenait. Elle paraît être du XV® ou du XVI® siècle.

Mous ne dirons rien, et ce faute de renseignements, sur ce que contenaient les églises Saint-Julien , Saint-Jean , Saint-Michel, Saint-André. L’église Saint-Maurice, située près de riiopital-général , appartint aux Jésuites , qui la reconstruisirent en partie. L’ensemble du monument

O) C'est a Saiiit-Jac<|iics que fut iiiliume IMerre Baclielier de Genest, liomme pieux et eliaritalde. Sa 'ie fut une suite de bonnes œuvres ; quand il mourut, le peuple demanda scs dépouilles, et se les partagea comme des reli(]ues. (Gériizez.)

(ti) Ilelard vivait dans le xviie siècle. Sa femme lui servait de modèle ; elle figure dans les tableaux que iio\is venons de citer; elle était belle , et souvent , disent les ebroniques, elle recevait (’e galantes et indi-erctes propositiotis ; mais les ebroniques ajoutent qu’elle les repoussait. Lafontaine a mis en vers un tour dont elle joua avec son mari deux voisins entreprenants. (.I.-H.- F. Geruzez. — Description de fteims.)

seul lui donne une origine fort aneienne; il peut remonter au x" siècle. La sacristie est fort belle. C’est là qu’était la sépulture de la famille Biulart. On remarque de nos jours dans cette église quelques tableaux, dont une résurrection de Lazare, par J. -B. Corne; une Nativité, par Tisserai! ; Jésus au jardin des Oliviers, par le même; une Annonciation, par Louvergny ; la Passion, par Lesueur, et quelques autres toiles qui ne manquent pas de mérite. On y trouva lors des inventaires de 1792, en argenterie : une lampe, pesant huit marcs quatre onces; une paire de chandeliers d’acolyte, pesant neuf marcs une once; deux paires de burettes et leurs bassins, pesant huit marcs trois onces deux gros; une croix de diacre; un bénitier et son goupillon; deux paix et un petit bougeoir , pesant quatre marcs six onces deux gros ; un bénitier et son goupillon et une petite tasse, pesant onze marcs trois onces; une croix de proeession et la garniture de son bâton, pesant huit marcs deux onces deux gros; et un encensoir, pesant trois marcs deux onces deux gros.

Avant d’arriver à parler des églises collégiales, nous dirons que le séminaire fut aussi dépouillé en 4792 , et on y trouva ce qui suit :

AU SEMINAIRE.

ARGENT DORÉ

marcs, onces, gros.

Ouatre burettes, une cuvette, un plat , 43 5 »

ARGENTERIE

Une croix d’autel, 30 5 »

Deux petites croix, 4 5 6 4

Deux chandeliers d’autel , 32 2 4

Deux chandeliers d’acolyte , 9 5 0

Deux petites paix , « 5 »

L’inventaire et la pesée de tous ces ornements avaient lieu au district. Les objets d’or, de vermeil et d’argent étaient enlevés des églises, et on les apportait devant les commissaires délégués, qui décidaient souverainement de leur sort.

Les églises collégiales étaient celles où l’oüice était célébré par des chanoines qui y étaient attachés ; il y en avait trois à Ileims : Saint- Symphorien , Sainte-Balsamie et Saint-Timothée.

La tradition rapportait que l’emplacement de l’église Sainl-Symphoricu

avait été autrefois occupé par un temple dédié à Gérés. On croit que là fut d’abord la cathédrale de Reims. Dans tous les cas, cet édifice, démoli en 1792, n’était plus celui qui avait été primitivement élevé. Sa construction portait le cachet des xi% xiG et xin® siècles. On y avait travaillé à ces trois époques.

On y remarquait une mosaïque d’une grande beauté.

Son trésor renfermait différents objets précieux qui tous ont péri. Nous pouvons en citer quelques-uns.

Le reliquaire dit des Apôtres contenait un osseinent de chacun d’eux. La présence de ces reliques dans cette église remontait loin. Elles furent mises dans un vase d’argent par l’archevêque Alhéric, en 1215.

On remarquait à Saint-Symphorien cinq châsses , dont deux décoraient l’autel; les trois autres étaient dans l’abside.

La première contenait des reliques des Apôtres.

La deuxième contenait le corps de saint Mérolilain.

La troisième, des reliques de saint Luc, de saint Symphorien (1), de saint Nicaise et de saint Georges (2).

La quatrième, des reliques de sainte Eupliraise, de saint Georges, de saint Abazel et de saint Fiacre.

La cinquième, des reliques diverses.

D’autres reliquaires d’argent, qu’on exposait sur l’autel les jours de fête, contenaient des ossements de saint Sébastien, de saint Fiacre, de saint Thomas, et un fragment du Saint-Sépulcre.

On y conservait aussi des ossements de saint Maurice , de saint Thadée, et des reliques du roi Ahogare , données par Hugues, archevêque d’Edesse, ainsi que cela résultait d’une charte émanée de ce prélat, que l’église possédait.

Toutes ces reliques d’Orient dataient des croisades, et la perte d(!S reliquaires qui les contenaient n’en est que plus regrettable.

L’église Sainte-Balsamie, fondée vers le vG siècle, avait été reconstruite dans le xin®.

On y conservait, dans une châsse d’argent placée sur le grand -autel , les reliques de sainte Balsamie, nourrice de saint Kemi.

D’autres châsses moins remarquables renfermaient les ossements de saint Maur et de ses compagnons , et des reliques de saint Celsin , disciple de saint Remi.

(1) Saint Symphorien, né à Autun; mort en 178.

(“2) Saint Georges, patron de l’Angleterre.

Un bras de saint Laurent était contenu dans une cbàsse d’argent qui, si l’on en croit la tradition , était d’un beau travail.

On remarquait dans cette église un Cbrist de la plus haute antiquité. Il portait sur la tête une couronne, et il était revêtu d’une robe violette semée d’étoiles d’or.

Sainte- Balsamie fut détruite à la fin du xviiie siècle.

L’église Saint-Timothée était une des plus anciennes de Reims , elle (existait avant saint Remi, qui y choisit sa sépulture. Ce ne fut d’abord (ju’une chapelle où l’on avait recueilli les reliques de saint Timothée , de saint Appollinaire, premiers martyrs rémois , massacrés en 217 par les Barbares. Les corps de leurs compagnons furent retrouvés en 'lt)50 près de Saint-Nicaise ; on les reconnut aux clous qui perçaient les os des pieds et ceux du crâne.

Vers 772, l’archevêque Tilpin ou Turpin recouvrit de lames d’or les tombeaux de saint Timothée et de saint Appollinaire; il lit faire pour recevoir leurs reliques des châsses en argent doré et ornées de pierreries.

Ces châsses furent refaites vers 117U par ordre de l’archevêque Henri de France. On y incrusta les pierreries données par Turpin. Les nouvelles châsses étaient d’argent, ornées de ligures ciselées avec soin.

On conservait dans un vase d’airain ayant forme de tête, le chef de saint Timothée.

Sur le grand-autel tie l’église étaient placées cinq châsses d’airain et de bois doré renfermant des reliques de saint Timothée, de saint Appollinaire, de saint Maur, de saint Project, évêque de Clermont, et de saint Juvin.

Le trésor de cette église passait pour être situé à l’endroit même où avait eu lieu le martyre de saint Timothée et de ses compagnons, et on y montrait une châsse remplie de sable teint de leur sang.

On y voyait aussi une liole d’argent portée par deux anges de môme métal, contenant de l’huile qui découla du corps de saint Nicolas après sa mort, et un grand nombre d’autres reliquaires sur lesquels nous n’avons pas de détails.

Tout ce que nous jiouvons dire , c’est qu’il parait qu’il y avait à Saint-Timothée dix châsses de cuivre doré ou d’argent que l’on portait à la fameuse procession dirigée tous les ans au lieu où furent massarrés saint îSicaise et ses compagnons.

Ces châsses étaient ornées d’émaux au nombre tle vingt-huit, représentant l’histoire de la mort de saint Timothée et de ses compagnons; ils existent encore, et sont dans l’église de Saint-Bemi, où, comme nous l’avons dit, on transporta en 1791 le trésor de saint Timothée.

Ces émaux onl neuf pouees deux lignes de long, sept pouces trois lignes de haut ; ils sont faits par Landin, émailleur du faubourg de Magnine, à Limoges. 11 paraît que ce fut en août 1682 qu’on en décora les châsses qui durent être refaites à cette époque.

Ces émaux représentent les sujets suivants ;

Les insignes du martyre.

Saint Timothée et saint Maur reçoivent l’ordination des mains de saint Pierre et de saint Paul.

Ces deux saints les envoient prêcher la parole de Dieu.

Saint Timothée prêche à Reims.

Prédication de saint Maur au même lieu.

Le sacrilice de la messe est célébré par saint Maur.

Saint Maur administre le baptême.

11 donne la confirmation.

Saint Maur et saint Timothée sont conduits devant l’empereur.

Celui-ci engage saint Maur à renoncer au christianisme.

11 lui ordonne de sacrifier aux faux dieux.

On traîne en prison un chrétien nouvellement converti.

On ordonne à saint Timothée de sacrifier aux idoles.

On l’engage à renoncer à la vraie religion.

Martyre de saint Timothée.

Même sujet.

Saint Project et saint Juvin, compagnons de saint Timothée, sont traduits devant l’empereur.

Leur supplice.

Saint Appollinaire, l’un des bourreaux de saint Timothée, se convertit.

Saint Appollinaire est flagellé sous les yeux de saint Timothée.

Saint Timothée et saint Appollinaire sont décapités.

Plusieurs martyrs sont mis à mort; Lampade, qui les a condamnés, est puni.

Saint Maur baptise de nouveaux chrétiens.

Supplice d’un martyr.

Les martyrs sont inhumés avec cérémonie.

Dieu les appelle à lui.

Ces émaux décoraient d’abord un mausolée qui servait à l’exposition de la châsse de saint Remi. Quelques-uns d’entre eux ornaient une chapelle consacrée dans l’église de ce nom, à saint Timothée. Aujourd’hui ils servent en partie à revêtir une châsse qui contient d’anciennes reliques. Les autres attendent une destination.

L’église Saint-Timothée fut supprimée comme inutile en 1791.

Telles étaient les richesses que renfermaient les églises de Reims. Elles auraient eu plus de renom et auraient été décrites, si celles de la cathédrale ne les eussent surpassées.

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