TRESORS DES ÉOLISES ET ABBAÏES SITUÉES DAA'S LE DIOCÈSE
[MIS et patients lecteurs, j’aurais voulu pouvoir vous raconter tout ce qu’il y avait d’intéressant dans les [maisons religieuses du diocèse de Reims. J’ai dù SVeculer devant l’immensité d’une pareille tâche, surtout devant les diliicultés de tout genre qu’elle me présentait.
La vieille Champagne était couverte de chapelles isolées , de prieurés, de monastères; chaque commune avait son église, chaque château son oratoire^ chaque autel ses ornements et ses reliques, chaque sacristie ses costumes, ses tentures, ses vases sacrés. Sans doute celui qui eût pu voir tous ces objets avant J792 se serait bien gardé de les décrire tous; mais il est certain qu’il devait y avoir parmi eux de vénérables antiquités à dépeindre et à reproduire.
Aujourd’hui que le trésor public et les amateurs d’archéologie ont dépouillé les vieilles églises de nos campagnes, il faut renoncer à recueillir
des renseignements complets et précis sur un passé dont presque personne n’a gardé le souvenir.
Je me bornerai donc à parler des trésors de quelques-unes de nos anciennes églises ou abbayes.
Et d’abord , parlons de deux églises où étaient deux châsses fameuses. A Fismes, on conservait le corps de sainte Macre (1), martyre, massacrée par les Barbares au confluent de la Vesle et du Noron. Elles étaient renfermées dans une châsse d’argent fort antique.
A Orbais, on montrait les reliques de saint Réol (2), archevêque de Reims. La tête était placée dans un coffret d’argent. Le surplus du corps reposait dans une châsse placée au haut de l’autel. Ces reliques furent vérifiées en d180. Il est possible que les reliquaires qui les renfermaient aient été faits à cette époque.
A Senuc , on conservait la châsse de saint Oricle (3). Elle figurait à Reims à la procession de la Pentecôte.
L’abbaye de Saint-Pierre d’Avenay, fondée vers 660 par sainte Berthe, appartenait à l’ordre de Saint-Benoît.
Sainte Berthe avait épousé saint Gumbert, qui fut massacré par les Barbares du coté de la Frize. Elle revint en France et institua la communauté dont nous parlons; elle fut égorgée par ses beaux-fils; bienlot elle apparut à sa nièce Monna et lui intima l’ordre de faire rechercher et apporter à Avenay les restes de son mari : elle fut obéie.
« Cent ans après, dit la légende, lorsque les restes furent visités, un sang frais et vermeil coulait encore de ses blessures. »
Notre couvent eut, entre autres abbesses illustres, Berthe, fille de l’empereur Lothaire, et la reine Teutberge, son épouse.
Dans le trésor on conservait des reliques de saint Eusèbe , pape , mort en 310, et de sainte Justine, pour lesquelles Françoise de Beau- \illiers, abbesse, morte en 1625, fit faire de magnifiques reliquaires.
Saint Gumbert et sainte Berthe avaient chacun une châsse d’argent.
D’autres reliquaires renfermaient des ossements de saint Trésain, de sainte Ursule et de ses compagnes.
Françoise de La Marck, fille de Robert , duc de Bouillon , répara le monastère détruit et ruiné , et lui donna des calices, des candélabres ,
(1) r.e marlyrfi tle sainte Macre eut lieu vers 287.
(2) Saint Réol ou saint Rieul, vingt-sixième archevêque de Reims, mort vers 695, fut un des bienfaiteurs de la cathédrale ;il fonda le couvent d’Orhais; il avait d’abord été inbumé à Saint-Remi, et son corps fut revêtu de suaires de soie et d’or. Un voile brodé recouvrait son cercueil.
(5) Saint Oricle fut massacré avec ses sœurs sainte Nicolle et sainte Basilique.
(les châsses et un ostensoir du plus grand prix. Elle mourut en 1608.
C’était à Reims qu’on avait porté les reliques conservées à Avenay, pendant que les guerres de religion dévastaient la Champagne.
En 4793, l’abbaye fut de nouveau détruite, et sa bibliothèque, aujourd’hui dispersée, enrichit les cités voisines et les cabinets des collecteurs du temps.
A Donchery , on conservait d’abord dans une châsse couverte de lames d’argent, le corps de saint Onésime , évêque de Soissons; on la plaçait sur le grand-autel.
On remarquait aussi dans le trésor de cette église un bras d’argent renfermant une partie de la main de saint Médard.
Un autre bras d’argent renfermait un os du bras de saint Gildard (1).
Un reliquaire d’argent, monté sur un pied de cuivre, orné de cristaux et de pierres précieuses , contenant une partie de la tête de saint Sébastien.
Une image de bois de ce saint gardait dans son sein un de ses os.
Un petit tonneau d’argent, posé sur un support de cuivre, contenait de cette huile coulée du corps de saint Nicolas et de sainte Catherine dont nous avons déjà parlé.
Dans un tableau de bois sculpté et doré étaient des reliques des compagnes de sainte Ursule, de sainte Marguerite, de sainte Gertrude (2) et de saint Nieaise.
Une image de bois renfermait des reliques de saint Simon (3), de saint Aurélien (4), de sainte Bove, de saint Ignace, du prophète Samuel (5), de saint Quentin (6), de saint Montan et des charbons sur lesquels fut brûlé saint Laurent.
Un coffret de bois sculpté contenait un morceau du Saint-Sépulcre , un fragment de la robe de la Vierge, de ses cheveux, de la terre du mont Calvaire et du Jardin des Oliviers, de la pierre sur laquelle tomba le sang du Christ.
Dans une petite châsse, on gardait un morceau du couvre-chef de saint Louis.
(1) Saint Gildard ou saint Gildas : il y eut deux saints de ce nom.
(2) Sainte Gertrude : il y eut trois saintes de ce nom.
(3) Saint Simon, apôtre ; on ne connaît guère le lieu de sa mort.
(4) Saint Aurélien fut évêque d’Arles en 548; il était vicaire du Saint-Siège et fit admirer sa sagesse.
(5) Samuel mourut 1037 ans avant Jésus-Christ.
(6) Saint Quentin, martyr, vint en France prêcher le christianisme avec saint Grépin, dont nous avons parlé plus haut.
Un reliquaire de cuivre en forme de pyramide renfermait des os des Innocents, des reliques de saint Martin et de sainte Anne.
Une double croix contenait de l’aube et de la chasuble de saint Jean l’évangéliste, et de celles de saint Philippe.
On voyait encore à Donchery d’autres reliquaires , ornés de perles et de pierres précieuses, contenant des os de saint Fiacre, de sainte Cécile et d’autres saints.