SAINT BASLE
» Il me semble à propos de décrire en ce lieu comme la châsse en laquelle repose le corps vénérable du glorieux saint Basic se voit maintenant.
» Sa longueur est de six pieds de roy, et sa largeur d’un pied et demi. Elle est en forme de chapelle , couverte de lames d’argent et enrichie de diverses figures à l’antique et relevées en bosse, qui sont les mêmes qui servaient de couverture à l’ancienne, en laquelle, ainsi que nous avons dit, le corps du glorieux saint avait été posé en l’an 1121, ainsi que l’écriture qui est autour en fait foy en ces mots :
» Facta est liac tlieca à domino Hugone abbate secundo in qiid posituni est corpus abni Basoli , anno incarnaû Verbi 1121, régnante Ludovico Francorum rege anno regni 13, arcliiepiscopatus vero Rodulphis 14.
» En la partie où repose la teste du glorieux saint est représentée sur une lame d’argent l’elfigie de nostre seigneur et rédempteur Jésus - Christ, triomphant et assis sur un trône de gloire, foulant aux pieds le serpent infernal, irréconciliable ennemi de nostre nature; et sur les rebords et moulure est écrite la prophétie du roi David :
» Super aspîdem et basilicum ambidabis, et conculcabis leoneni et draconem.
» Aux pieds est représentée l’image de la glorieuse Vierge Marie assise sur un trône , tenant son fils bien-aimé notre rédempteur en ses bras , et à l’environ on distingue :
» Virgo dei genitrix , (juem tolus non capit orbis, in tua se clausit viscera factus homo.
» A costé de la main dextre sont représentées quatre histoires sur quatre lames d’argent en forme de tableaux distingués, sçavoir : au premier tableau, comme saint Basic sortit de la ville de Limoges, accompagné de l’ange, et au-dessus a ce vers :
Angélus hic Basolum Lemovicâ ducit ab urbe.
» Au deuxième, la manière en laquelle le glorieux saint estant encore en la compagnie de l’ange, fit son entrée en la ville de Reims, et comme il fut honorablement reçu par l’archevêque Gilles, avec ce vers ; Suscepit Basolum hic prœsul Ægidius almus.
» Au troisième , comme rarclievèque Gilles conduisit saint Basic au monastère qui estait à Verzy, et le recommanda au supérieur, qui le reçut honorablement, avec ce vers :
Abbati Basolum prœsul commendat habendum.
» Au quatrième est représentée la figure de saint Basic, et comme l’ange le conduisit sur le haut de la montagne et lui enseigna le lieu auquel depuis il fit bastir une cellule , et au-dessus :
Basolus hic petiit celsi faslujia monlis.
» Semblablement en la partie senestre sont encore représentées quatre autres histoires sur quatre lames d’argent, à savoir : sur la première, comme le bien heureux saint estant en prière près de sa cellule, garantit un sanglier de la fureur des chiens , dont le comte Attila estant grandement estonné, lui demanda pardon de ce qu’il avait entrepris des chasses si près de la chapelle, avec ce verset :
Ad pedes Basoli porcus fit tutus ob hoste.
«Sur la deuxième, comme le comte Attila, porté d’une singulière affection envers saint Basic , lui fit don d’une grande partie de la forest et des terres à l’environ qui lui appartenaient , avec ce verset :
Attila mox (jue cornes Basolo silvam dat et agros.
» Fhi la troisième, comme saint Basic fit surgir une fontaine du milieu des rochers , puis impétra la vue à un aveugle par le mérite de ses prières, avec ce verset :
Hic Basoli merito , redduntur lumina cœco.
«Sur la quatrième, la mort et la sépulture du bien heureux saint, et comme alors se firent plusieurs grands miracles, entre lesquels aucuns aveugles furent illuminés , avec ce verset :
Fil cursus popuU ; miranlur lumina caci.
» Finalement sur le tect d’icelle châsse sont représentées en bosse sur lames d’argent les figures des douze apôtres , et tous artistement élaboLirés. «
Le couvent d’Hautvillers n’est pas dans une position moins riante que celui de Saint-Basie ; situé sur les coteaux qui entourent Épernay , il dominait la délicieuse vallée de la Marne.
H fut fondé par saint Nivard d), si on en croit Flodoard, et son trésor
(GSaintNivaiil, vingt-cinquième arclievèque de Reims, mort versGGO, frère de saint Gnmbert, fonda l’abbaye d’IIantvillers, où il mourut. On transporta ses restes à Saint-Remi; plus tard on les rapporta à Hautvillers. Toute la population en larmes se rendit à ses obsèques. Cette tradition seule fait sou eloge.
Sa première châsse fut simplement de bois ; ce ne fut qu’en 1199 qu'on lui en fit une d’argent.
renfermait, entre autres choses, la châsse de sainte Hélène (1), femme de l’empereur Constantin.
Ces reliques avaient été apportées en France vers 850 ; antérieurement elles reposaient à Saint-Marcellin ou à Saint-Pierre de Rome. Une première cérémonie eut lieu en 1095, à l’occasion de leur translation dans une chasse qui fut elle-même remplacée en 1410. L’archevêque Simon de Cramand !2i en lit faire une plus belle que celle du xC
siècle; elle était en argent doré et portait une inscription qui rappelait les églises qui avaient jadis possédé les reliques dont il s’agit.
Cette châsse fut ouverte à diverses reprises, et on constata que le
corps était desséché et bien conservé. Si on en croit Marlot, la tête et
un des pieds manquaient ; il pense qu’on les conservait à Venise ou à Trêves. L’authenticité de cette relique était matière à controverse, et les Allemands l’attaquaient vivement. Nous ne nous Jetterons pas ici
dans une discussion qui serait déplacée.
On conservait aussi à Hautvillers quatre châsses d’argent doré renfermant les reliques de saint Nivard , de saint Sindulphe (3), de saint Po lycarpe (4) et de saint Madelon.
Celle de saint Nivard était très-longue et ornée d’images d’argent doré.
Un reliquaire renfermait la tête de sainte Pétronille, fille de l’apôtre saint Pierre.
D’autres reliquaires fort anciens renfermaient des reliques de saint Sébastien, de saint Biaise (5), de saint Urbain (0), et d’autres saints.
(1) Sainte llelène, d’abord aubergiste, avait épousé un soldat, Constance Chlore, qui passa plus tard empereur et la répudia. Elle fut mère de Constantin-le Grand, et n’usa de son pouvoir que pour faire du bien aux pauvres et aux opprimés. En creusant les fondations de l’église du Calvaire prés de Jérusalem, on trouva des débris de bois (jue l’on crut être les débris de la vraie croix (323 ans après J.-C.); sainte Hélène, qui dirigeaitees travaux, envoya à son (ils la plus grande partie de cette relique; il partagea le reste entre dilferentes églises. Elle mourut àiXumidie en 327.
Son corps est, suivant les uns, à Rome, dans l’église Ara-Cæli; suivant d’autres auteurs, il aurait été transporté à Venise en 1212, après avoir été inhumé à Constantiuo[ile.
On dressa procès-verbal minutieux de la translation faite dans la châsse de 1193. Cette cérémonie eut lieu en présence d’une foule de princes, de princesses, d’éveques et d’abbés ; mais il n’y avait [>as de contradicteur. Au surplus, on yeut consulter sur ces reliques Marlot, tomel, page 402; Flodoard, livre 2, chapitre 8 ; Baromiis , année 849 ; Mabillon , yict. SS. Bened., section 4, partie 2, page 133.
(2) Simon de Cramant, de Cramand, ou de Cramaud, soixante-onziéme archevêque de Reims, fut fait cardinal en 1113; il eut des tpiei'elles avec l’archidiacre de Reims, qui voulut le faire excommunier. Il mourut en 1429, évêque de Poitiers.
(3) Saint Sindulphe était ermite et peut-être curé d’une paroisse du diocèse de Reims. Ses restes furent déposés à Hautvillers vers 840; sa première châsse fut en bois; celle dont nous parlons ne datait rpiede 1318.
(4i Saint Polycarpe, évêque de Smyrne, martyrisé en 167.
(5) Saint Biaise, évêque de Sébaste, mort en 316.
(6) SaintUrbain : il y eut deux saints de ce nom, l'un pape, mort en 230, l’autre evêipie de Eangres, mort en .373.
On conserva long temps à Hautvillers un magnifique manuscrit qu’Hincmar emporta avec lui quand il enleva de Notre-Dame le trésor qui s’y trouvait alors, pour le soustraire aux Normands. Ce manuscrit passait pour avoir été fait par ordre d’Ébon (1) ; il était écrit en lettres d’or sur vélin de couleur ; les ornements qui le décoraient avaient le style byzantin; on y remarquait les images des évangélistes et de riches dessins représentant des fleurs et des oiseaux (2) ; la reliure était d’ivoire, elle avait été faite par ordre de Pierre, deuxième abbé du monastère, contemporain d’Ebon.
Pierre, trois cent trente-deuxième abbé, mort en 1214, fit faire aussi un livre d’évangiles écrit en lettres d’or; il ornait aussi la bibliothèque du couvent.
L’abbaye d’ Hautvillers avait eu aussi, comme Notre-Dame, ses jours de détresse et de dévastation.
En 1445, elle vendit ses cloches pour subvenir à ses besoins.
En 1562, elle fut pillée par les protestants, qui n’y laissèrent que ce dont nous venons de parler. Ils brûlèrent des tapis précieux, des tal)leaux antiques et des ornements d’église.
La révolution de 1793 enleva ce qui avait échappé aux huguenots. L’abbaye elle-même fut détruite , et les bibliothèques des monastères d’ Hautvillers et de Saint-Basle allèrent rejoindre celle de Saint-Remi dans les salles de riiûtel-de-ville de Reims (3).
(1) Kljoii, ardievêquede Reiiii? [816-851], est célèbre parle rôle poliliqtie qu’il joua sous Louis-le- Debounaire.
(2) Ce volume est aujourd’hui conservé à la bibliothèque d’Epernay.
(5) Les abbayes du diocèse avaient dans Keims des chapelles et des maisons qui servaient de refuge aux religieux et à leurs trésors pendant la guerre ; ces asiles avaient reçu le nom de Metz. Celui de MM. de Saint-Basle était rue Sainte-Marguerite, dans la maison qui portait le nom de cette sainte; MM. de Hautvillers avaient une maison sur le Marché et une autre près de la rue de l’Arbalète. Les religieux de Val-Roi y avaient leur Metz place du Marclié-à-la-Laine. Les Bénédictins de Saint-Thierry descendaient rue du Clou-dans-le-Fer.