CHAPITRE XXXVIII
TRÉSOR DE L'ÉGLISE DE SAlïï-THIERRl.
pense que l’abba^'e de Saint-Thierry fut fondée vers tin du V® siècle ou le commencement du vi® ; le était magnifiquement dotée et donnait l’iiospitalité ceux de nos rois qui venaient se faire sacrer à 3ims.
Elle eut pour fondateur le saint dont elle porte le >m ; il était clerc de saint Remi 5 un ange, sous la rme d’un aigle, lui indiqua la place où il devait éler le monastère : ainsi parle la légende. L’église que saint Thierry bâtit fut d’abord mise sous l’invocation de saint Barthélemy. L’abbé Théodulphe, dont nous parlerons plus bas, en éleva une autre dédiée à saint Hilaire.
Elle appartenait à l’ordre de saint Benoît, et depuis , en 1628 , à la Congrégation de saint Maur. Sa bibliothèque, comme celle de Saint-Remi, était riche en livres curieux, en manuscrits précieux et antiques.
Placée sur une colline qui domine la plaine de Reims, elle jouissait d’une vue des plus étendues; elle tomba de règle en commande, puis
à la fin du xvit" siècle, ses revenus furent réunis à ceux de l’arclievê' ché ; ses derniers moines furent envoyés à Saint-Remi , et elle devint résidence archiépiscopale [1696].
Le château de Courville (L), ancienne résidence de nos archevêques,
était trop éloigné pour qu’ils puissent y suivre facilement les affaires du diocèse : il fut abandonné. La maison de Saint-Thierry fut mise sur un nouveau pied ^ de couvent elle devint château, et au silence de la vie monastique succéda le bruit de la vie seigneuriale que les usages du temps, les revenus attachés à l’archevêché de Reims et la haute position sociale des successeurs de saint Rerni pendant le xiii^ siècle leur permettaient de mener.
Le trésor de Saint-Thierry eut, comme bien d’autres, ses jours de fortune et d’éclat ; mais il éprouva à différentes reprises des pertes qui l’avaient presque ruiné quand la maison cessa d’être monastère.
En 718, Charles-Martel, ce grand spoliateur d’églises, y avait fait faire une descente, et on avait enlevé tout ce qu’il y avait de pré-
cieux.
En 885, les Normands virent fuir devant eux les religieux de Saint- Thierry, qui enqjortèrent à Reims tout ce qu’ils purent dérober à la cupidité des Barbares.
En 924, les Bulgares et les Hongrois (2) ravagèrent la Champagne, et notre abbaye eut encore de mauvais jours à |)asser. Elle fut pillée par ces cruels con(|uérants.
Le monastère fut long-temps à réparer ses pertes; il fut, comme toutes les abbayes du diocèse qui n’étaient pas protégées par les remparts
d’une ville, mille fois mis à contribution par les bandes de gens d’armes
(1) te cliàteaii de Courville a été vendu comme bien nalional. Après avoir passé en ditferentes mains, il est tombé dans celles de la bande noire , qui a détruit les pièces d’eau et les magnitiqiies allées de chênes et d’ormes qui en faisaient rornement. Le château, encore entier en 184i>, s’est vu entamer par son dernier acquéreur.
Cet antique édifice , qui date de la fui du xve ou du commencement du xvi' siècle , est placé a mi-cùte d’une colline boisée, et domine une riante vallée. L’église du village lui servait de chapelle; on y arrivait par un passage suspendu qui partait d’une tour que le vent a abattue vers 17S0, et aboutissait à la parti r supérieure de l’église.
Cet édifice est orné d'un élégant clocher ; il renferme un tombeau sculpté en pierre avec une grande légèreté, un tableau attribué à l’un des Franks , et une Vierge fort antique. Elle avait reçu des archevêques des ornements qu’elle a perdus en 1795. Dans la partie supérieure est une chapelle dite du cardinal.
(‘i) Cette invasion laissa dans nos contrées de terribles souvenirs ; d’effrayantes traditions rappelèrent long-temps à nos pères le passage de ces derniers venus de la Germanie. Des mots Hongrois^ Hongres, on fit le formidable nom d'ogre; et des mots Bulgares , Boulgares, Boulgres, on fit un mot grossier, qui de nos jours est encore une injure.
qui ravagèrent nos campagnes pendant les xiii% xiv' et xv® siècles ; les comtes de Roucy, les Anglais, les Bourguignons dévastèrent et pillèrent le couvent à différentes reprises. En 1431, il était si pauvre, que l’abbé fut contraint , pour trouver un prêteur, de donner sa crosse en gage. En 143C, Guillaume Fillastre , son successeur, fut réduit à la même nécessité.
En 1491, Arnoulf d’Anglade (1) emporta frauduleusement une partie du trésor ; il fut condamné par arrêt à restituer ce qu’il avait pris : il n’avait rien. Les objets ainsi détournés, dont nous parlerons tout-à-l’heure, étaient estimés 10,120 livres, somme considérable pour celte époque.
Les Huguenots visitèrent aussi Saint-Tbierry, et leur passage dans la maison fut marqué par des dégâts.
Pendant les guerres qui signalèrent la première partie du règne de Louis XIV, des compagnies franches de Flamands, de Hollandais, de Wallons, pénétrèrent à différentes reprises jusqu’aux environs de Reims. En 1650, ils envahirent Saint-Thierry et pillèrent le trésor. Deux ans après, ils revinrent et emportèrent ce qu’ils avaient oublié la première fois. Les Français qui les chassèrent, s’installèrent dans l’abbaye et achevèrent sa ruine.
En 1660, on avait reconstruit une partie du couvent , et le trésor avait été refait à neuf. Disons pourtant tout ce que nous avons pu apprendre sur son contenu à différentes époques.
On y vit long-temps un drap d’or et deux chapes qu’Emma, femme du roi Lothaire, avait donnés.
Les reliques de l’archevêque saint Rigobert furent pendant neuf ans exposées à la vénération des fidèles à Saint- fhierry ; elles y furent apportées en 872. En 881, à cause du danger qu’elles couraient, elles furent reportées à Saint-Denis de Reims, et de là à la cathédrale.
On remarquait à Saint-Thierry un grand aigle de cuivre placé au milieu du chœur, donné par l’abbé Guillaume de Baracan (2) en 1393, et une chasuble donnée en 1395 par l’abbé Etienne de Méligny (3). On y voyait représentée en broderie la vie de la Vierge (4).
(1) Arnoulf d’Anglade, chanoine de Reims , profita de la détention du cardinal de la Balue, abbé du couvent , pour commettre ce vol.
(2) Guillaume de Baracan , trentième abbé, mort en 139S.
(3) Etienne de Meligny , trente-unième abbé, mort en UOO, fut un des bienfaiteurs du couvent.
(4) Les abbés pouvaient porter mitre ; Emeric de Hoguedi obtint cette faveur du pape Nicolas V en 1445. Aucune de ces mitres n’a été décrite.
Un reliquaire d’argent renfermait des ossements de saint Prisce.
Diverses reliques étaient placées au fond d’un vase d’argent dont le sommet, servant de couvercle, était de crislal.
Un autre reliquaire aussi d’argent contenait des ossements de sainte Ursule et de ses compagnes; il avait la forme d’une petite arche ou d’une châsse.
Dans un coffret des plus antiques , on conservait un fragment de la crèche de Jésus-Christ, un morceau du Saint-Sépulcre, un fragment de la pierre sur laquelle sainte Anastasie (J) fut fouettée, et une côte de saint Benoît.
Parmi les objets précieux enlevés par Arnoulf d’Anglade , on citait .
Une croix d’or contenant un morceau de la vraie croix, prisée 1,600 écus d’or.
Une crosse du plus grand prix, prisée 2,000 écus d’or.
Une plaque émaillée, garnie de pierres précieuses , qui servait aux jours de grandes fêtes à orner la chape de l’officiant, prisée 500 écus d’or.
Des vêlements de velours et de soie, estimés 300 écus d’or.
De la vaisselle d’argent pesant cinquante marcs.
En J 528, l’abbé François d’Ortreil (2) donna une crosse abbatiale en argent massif, ornée de pierres fines ; le pied était de cuivre et d’argent émaillé. 11 fit aussi don d’un encensoir et de navettes d’argent.
Vers 1656, Bernard d’Espy donna des bâtons d’argent pour les chantres et une croix processionale qui lui coûtèrent 400 livres.
Une châsse ayant un pied de long , faite en ébène , enrichie d’ornements d’argent, renfermait des reliques de sainte Albine.
Une cote de saint Benoît était renfermée dans un croissant d’argent.
Une tourelle de crislal contenait des reliques de saint Savin.
Un saint-ciboire d’un beau travail fut enlevé par les Flamands à leur seconde visite en 1652.
Plus tard, on vit encore à Saint-Thierry un grand calice d’argent, ciselé avec art , six autres calices du même métal , un ciboire d’argent , et des vases destinés à renfermer les saintes-huiles , qui n’étaient pas indignes d’attention.
Une tour d’argent renfermant diverses reliques y était remarquée , ainsi que plusieurs autres reliquaires sur lesquels les auteurs contemporains ne nous ont donné aucun détail.
(0 Sainte Anastasie : il y eut deux saintes de ce nom, toutes deux martyres. (2) François d'Ostreil , trente-huitième abbé , mourut vers 1547.
L’église contenait de nombreux autels sous lesquels étaient cachées des reliques de plus de cinquante saints. Hellin , quinzième abbé , mort en 1445, en avait donné un grand nombre.
Dans la bibliothèque, on conservait des manuscrits précieux donnés par Hincmar. Il en est qui sont encore aujourd’hui à l’iiôtel-de-ville de Reims.
11 ne nous reste plus à citer que quelques objets qui faisaient la réputa- !ion de notre abbaye : je veux parler des reliques de saint Tbéodulpbe et de saint Thierry.
Le banap de saint Thierry fut enlevé par les Flamands en 4650. Depuis on a fait de vains efforts et d’inutiles recherches pour le retrouver. Cette coupe, célèbre dans le diocèse, avait, comme celle de saint Rigobert, la réputation de faire des cures heureuses. Les individus que la lièvre minait y avaient surtout recours, et on citait un grand nombre de guérisons attribuées à la miraculeuse coupe.
Il est bon d’ajouter que les malades qui obtenaient la faveur de la vider, la remplissaient de l’eau d’une fontaine située près du monastère, (^etle source est ferrugineuse et peut réellement donner du soulagement dans certaines maladies.
Cet antique banap était couvert de lames d’argent. Il était sculpté avec soin. Des feuillages et des fleurs ciselés avec soin en faisaient l’ornement.
Saint Tbéodulpbe, que l’on nommait aussi saint Tbion ou saint Tbiou, fut élève de saint Thierry ; il mourut en 590.
Sa châsse, faite en 4074 , était revêtue de lames d’or et d’argent à ses deux extrémités. Une riche tenture placée sur la crête tombait à droite et à gauche et couvrait les côtés.
En 4632, l’ancienne châsse fut détruite et remplacée par une châsse d’argent, faite aux frais de Gérard Commolet, prieur et aumônier de la communauté-
Lorsqu’on fit la translation du corps, on constata qu’il était intact, cl près de lui on trouva une lame de plomb sur laquelle on lisait :
Ilic 7'equiescit sanclus Tlieodulphiis Tertius abbas hujus monasterli.
La nouvelle châsse était surmontée de la toiture d’usage. Des écailles d’argent étaient sculptées sur les lames d’argent qui la formaient.
Au-dessus s’élevait un dôme sur le sommet duquel se dressait une tleur-de-lys.
Sur les côtés étaient sculptés quatre sujets représentant les princi|)aux actes de la vie de saint Théodulphe.
Sur i’un on le voyait se retirant du monde et embrassant la vie monastique. Au-dessus on lisait ces vers :
DivUias , palriam , Christi Theodulphus amore Et mundum fugiens et peregrinus abit.
Montis lior excepitur monacliis et lœtm ab illis Mox benedictinis vestibus induîtur.
Le second tableau le représentait cultivant les champs et rappelait deux des miracles qu’on lui attribuait. Il rendait la vue à un jeune aveugle ; son bâton de bois mort , planté en terre, se couvrait de feuillage et de fleurs. Enfin son élection y était indiquée. C’est ce qui se trouvait résumé dans les vers suivants :
Arva colit strenuus , Juveni dut lumitia cccco;
Sicca que fixa solo, {res nova!) virga viret.
Ccenobii capite exstincto , te protinùs omnes Und voce petunt , et patrem habere volimt.
Dans le troisième sujet on voyait, par l’intercession du saint, une truie rejetée d’un puits où elle était tombée, et l’usurpateur du bien d’autrui puni de ses crimes. Ses cheveux, de noirs qu’ils étaient, devenaient subitement blancs. Les vers qu’on va lire rappelaient ces deux faits :
Ad sancti tactum crines muta'^se colorem ISon proprii dejles impie raptor agri.
fn puteum lapsum , Theodulphi voce prefantis ,
Ex puteo superans evomit unda sueni.
Enfin , dans le quatrième tableau on voyait le Christ apparaître à saint Théodulphe et lui annoncer que sa mission sur la terre était terminée. Autour [de son lit de mort étaient rangés ses frères en pleurs. C’est ce qu’expliquaient les vers qui sc trouvaient placés au-dessous du sujet : Oranii , Cliristus rutilanti in nube refulgens Apparet, moriis tempus adesse monens.
Mœrens circumstat moribundum tiirba suorum Orbari que pio , tam cito, pâtre dolet.
Cne cinquième inscription rappelait la translation et sa date.
I n chef d’argent et un bras de même métal renfermaient la tête et un (les bras du saint. Ces deux reliquaires furent faits, le premier en 1658, le second en 1657.
Le chef avait été fabriqué aux frais de l’abbé Bernard d’Espy , et coûta 750 livres.
Ses reliques dans la châsse étaient jadis enveloppées de trois suaires ^ dont deux étaient de lin , le troisième était de soie , tissés de mille couleurs et divisés en deux parties. 11 ]>arait que ces suaires furent reii-
rés lors de la translation et qu’ils furent renfermés au moins en partie dans un coffret d’ébène orné d’argent.
Saint Tliéodulplie ne joua pas de rôle politique , mais il est évident qu’il n’en fut pas moins un des bienfaiteurs de notre contrée. Les légendes qui nous le représentent labourant le sol et faisant fleurir et fructifier le bois mort, nous indiquent assez clairement quel genre de services il a su rendre aux habitants de nos plaines arides.
On conservait sa charrue à Vaucouleurs. Elle fut brûlée dans un incendie. Cette perte est à déplorer ; sans elle nous aurions eu le modèle de l’instrument aratoire qui servait à nos pères. Cette charrue était un des glorieux trophées qui constataient la victoire du christianisme sur la barbarie, c’était le monument qui rappelait tout ce que le clergé primitif avait fait pour la société de son temps.
Le dessin de la châsse de saint Théodulphe a été conservé ; nous le reproduisons.
Saint Thierry fut inhumé dans le monastère qu’il avait fondé. 11 mourut en 533. Le roi Thierry, fils de Clovis, porta son cercueil et aida à l’inhumer. Ses dépouilles mortelles restèrent long-temps confiées à la terre. Ce ne fut qu’en 976 qu’on songea à les exhumer et à les renfermer dans une châsse. La tradition rapportait qu’on devait le trouver derrière le grandautel ; ce fut donc là qu’on le chercha, et on trouva d’abord un cercueil vide, précaution usitée jadis pour tromper la cupidité et la violence, qui ne craignent pas toujours de violer la tombe des morts.
On creusa plus profondément , et on finit par rencontrer ce qu’on demandait. On passa des cordes dessous le cercueil , et on essaya vainement de l’enlever. Ce ne fut, dit la légende, que lorsque le roi Lothaire et sa femme consentirent à mettre la main aux cordes , que l’on
vit le corps s’élever comme par miracle et sortir de la fosse.
En 1071, la première chasse fut remplacée; celle qui lui succéda était revêtue de lames d’or et d’argent aux deux extrémités. Un riche tapis couvrait les deux côtés.
En 1233, les reliques du saint passèrent dans une nouvelle châsse. Cette translation, faite par les soins de l’abbé Gérard (1i, fut environnée de la plus grande pompe; les évêques de Soissons, de Châlons, de Beauvais, de Senlis, de Tournay, de Cambrai y assistèrent, ainsi que nous l’apprennent les procès-verbaux dressés à celte occasion.
r.a nouvelle châsse était d’argent ; elle avait quatre pieds un pouce
(1) Gérard , vingt-deuxième abbe , mort en 1260 , permit le premier aux moine.* de manger de la ('bail' et de porter une coiffure à l’office.
de long , deux pieds un pouce de haut , un pied neuf pouces de large.
Douze figures assises, représentant les douze apôtres, ornaient les deux côtés ; il y en avait six sur chaque face ; à l’une des extrémités était le Christ assis, tenant de la main gauche le globe du monde, et de l’autre donnant sa bénédiction.
A. l’autre extrémité était saint Thierry assis et revêtu d’habits sacerdotaux, et tenant d’une main un bâton pastoral, et de l’autre un livre qu’il appuyait sur sa poitrine.
Sur le toit étaient sculptés six sujets représentant sa vie.
Sur le premier tableau, on voyait un aigle s’abattant sur un chêne et indiquant à saint Thierry et à Suzanne, sa chaste épouse, le lieu où il devait fonder son monastère.
Le second tableau représentait saint Thierry rendant la vue au roi Thierry, fils aîné de Clovis, qui devint le bienfaiteur de l’abbaye.
11 avait rappelé à la vie la lille de ce même prince , et ce miracle était le sujet du troisième tableau.
Sur le quatrième on voyait le saint à sa dernière heure.
Sur le cinquième on voyait la marche de son convoi.
Enfin le sixième tableau représentait l’inhumation du saint.
Sur la châsse on lisait les trois inscriptions suivantes :
Isiud vas factum fuit anno millesimo ducentesimo tricesinio tertio, mense octobris.
Milo quod cepit , Gerardus sponte recepit , curn surnptu midto perctgens, milone sepulto. Post sancti liiclia quinta solemnia facta fîdt translatio Tlieodorici.
Maistres Wrecores d’ Anniau de Raims me fist.
Nous trouvons la date de la confection de la châsse, le nom de l’artiste rémois qui l’exécuta et ceux des abbés qui la firent faire.
Le dessin de cette châsse existe , et nous le publions.
Elle fut refaite en 1633, et probablement une partie des détails qui précèdent ne remontent qu’à cette date. La reine Anne d’Autricbe assista à la translation qui eut lieu à cette occasion.
Nous avons dit dans un de nos premiers chapitres que les religieux de Saint-Thierry étaient tenus de l’apporter à Reims pour la faire iigurer aux processions de la Pentecôte.
Les suaires qui avaient, dans l’origine, enveloppé le corps du saint étaient au nombre de trois. Il y en avait deux de lin et un de soie. <)n en attribuait la donation à la reine Emma. Le suaire de soie était rouge et vert. On y remarquait des lions et des feuillages brodés en or ; il finit par être renfermé dans un reliquaire d’ébène orné d’argent.
Un reliquaire ayant forme d’un bras , renfermait le bras de saint Thierry. Cette relique fut volée em 1505 ; il parait qu’elle fut retrouvée ou qu’on la remplaça par l’autre bras, car le reliquaire dont nous parlons fut fait en 1510 aux frais et par les soins de Gilles d’Ortreil (1), abbé du monastère ; il était en fdigrane d’argent et orné de pierres précieuses.
Enfin un chef d’argent renfermait la tête du saint.
Tels étaient les objets que contint le trésor de Saint-Thierry. Nous avons dit comment Charles-Martel, les Hongrois, un abbé et les Flamands en avaient enlevé une partie. Les besoins de l’Etat et les exigences de la révolution absorbèrent ce qui restait i2).
Aujourd’hui, il reste peu de chose de l’ancienne abbaye ; mais une partie importante du palais archiépiscopal est encore debout. Vendu en 1793 comme bien national, le château des archevêques a passé en diverses mains, qui jusqu’à présent l’ont laissé tomber en ruines.
(1) Gilles d’Ostreil , trente-septième abbé , mort en la‘22. Il lit faire pour le couvent une cloche sur laquelle on lisait ces mots : Lmido Deum, voco plehem, congrego clerum , defimetos ploro, fiigo pestem , festa decoro.
(2) Nous avons retrouvé à Reims les débris du trésor de Saint-Thierry. Saint-Remi en avait
hérité.
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