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CHAPITRE VII

ORIMENTS, DOl ET OFFRMDES DU SACRE.

pposoNs à tous ces actes de vandalisme les magnificences du sacre. Nous ne décrirons pas le cérémonial, qu’on trouve partout; nous ne citerons que quelques faits qu’il est bon de rappeler pour faciliter l’intelligence de ce qui suit.

La couronne, le sceptre, la main-de-justice furent conservés jusqu’à saint Louis dans le palais de nos rois. Depuis on les confia à la garde des moines de Saint-Denis en France. Les insignes de la puissance terrestre brillaient aux lieux où le néant des choses de ce monde donnait ses plus terribles leçons , et on voyait sous les mêmes voûtes ce sceptre qui commande à tout , et la tombe de ces rois si redoutés de leur vivant et qui n’étaient plus que poussière. Quand un monarque retournait à ses pères, la couronne de France quittait l’asile des cendres

royales et on la portait à Notre-Dame de Reims , où des chants d’ allégresse' et de guerroyantes fanfares allaient la saluer.

Les ornements traditionnels du sacre étaient au nombre de sept. Ils ont tant de fois paru sous les voûtes de notre église, qu’on me pardonnera d’en rappeler en deux mots la description. Ils passaient pour avoir été donnés par Léon III à Charlemagne, le jour de son sacre : peut-être Philippe-Auguste et Henri II y firent-ils toucher. Mais , dans tous les cas , on doit reconnaître qu’ils portaient les caractères de la plus haute antiquité.

La couronne d’or pur, chargée de rubis, de saphirs et d’émeraudes, avait un fort grand diamètre; elle était lourde, et il fallait la soutenir sur la tête du monarque pendant la cérémonie du couronnement. Aussi avait-on fini par en faire deux autres, l’une d’or, l’autre d’argent doré, toutes deux plus petites et plus légères, que le roi portait pendant la messe du sacre et le festin qui la suivait.

Le sceptre, haut de six pieds, est d’or massif, émaillé et incrusté de perles blanches. A l’extrémité supérieure il porte un trône, au sommet duquel sont deux lions et deux aigles; Charlemagne y est assis ceint de la couronne impériale ; d’une main il porte le globe surmonté d’une croix, et de l’autre son sceptre.

La main-de-justice est un bâton d’or , haut d’un demi-mètre , surmonté d’une main d’ivoire, portant au quatrième doigt un anneau d’or orné d’un saphir : ce noble insigne de la royauté est décoré de trois cercles de feuillage, brillant de perles, de grenat, de pierres précieuses.

Les éperons sont d’or, émaillés d’azur, semés de fleurs-de-lys d’or et enrichis de grenat. Les deux boucles représentent des têtes de lions. L’agrafe a forme de losange; elle est d’or et ornée de pierres d’un grand prix. Le livre de prières est couvert d’une reliure d’argent doré.

Enfin, nous citerons l’épée de Charlemagne, l’épée de saint Pierre, la redoutable Joyeuse, d’historique mémoire : la poignée, la garde, le haut du fourreau sont d’or massif et enrichis de pierreries; le fourreau est de velours violet, enrichi de perles.

La révolution a respecté toutes ces reliques royales, et certes il faut en rendre grâces au comité d’aliénation. Tous ces ornements ont reparu au sacre de Charles X. On les conserve au garde-meuble de la couronne.

On connaît les changements de costumes auxquels doit se résigner le monarque qui se fait sacrer.

Je n’ai pas besoin de dire au lecteur que ces vêtements ont été refaits à neuf à plusieurs reprises; mais on avait soin de conserver les formes antiques. Souvent on se bornait à les réparer.

Mous ne décrirons pas ces costumes, dont les historiens ont parlé, et sur lesquels M. Leber a fait, dans son livre des Cérémonies du sacre, une curieuse et savante dissertation (4).

Tous les vêtements, après la cérémonie, rentraient dans le gardemeuble de la couronne; cependant, il paraît qu’il y avait à cette règle quelques exceptions : on conserva long-temps à Saint-Remi la tunique d’or que portait Louis XI lorsqu’il fut sacré. Il l’avait offerte à l’église quand il y fut faire la prière d’usage. Ce vêtement, précieux par sa ^aleur et les souvenirs qui s’y rattachaient, avait disparu long-temps avant la révolution : il n’en reste pas trace dans les inventaires faits à cette époque.

D’autres ornements du sacre étaient d’un plus haut intérêt pour le trésor de la cathédrale; une fois la cérémonie faite, ils lui appartenaient: nous voulons parler des tentures qui avaient décoré l’église. Cette importante allocation était souvent le sujet de graves difficultés : le Chapitre, s’appuyant sur des traditions qu’il regardait comme des lois, exigeait la remise complète des draps d’or et de soie, des velours, des tapisseries qui avaient orné la cathédrale pendant le couronnement. Les officiers du roi, peut-être par ordre supérieur, peut-être en leur nom personnel , voulaient les reprendre et les garder pour eux. De nombreuses contestations eurent lieu à cette occasion en 1337. Philippe de Valois trancha la question et adjugea à la fabrique de la cathédrale toutes les tentures qui avaient décoré l’église lors du sacre de Charlesle-Bel. Les officiers royaux perdirent leur procès.

Comme les di’oits du Chapitre à cet égard n’étaient peut-être pas bien clairement établis, et que la volonté du roi plutôt que la loi avait fait droit à sa demande, les difficultés ne tardèrent pas à renaître; et, au sacre du roi Jean, en 1351, les réclamations recommencèrent de part et d’autre. Mais le monarque adopta l’avis de son prédécesseur, et ses officiers furent de nouveau déboutés de leurs prétentions.

Au sacre de François I”, ils reprirent courage, et replaidèrenl une cause déjà tant de fois perdue : ils ne furent pas plus heureux que leurs devanciers ; et le chancelier Duprat donna des ordres pour que tous les draps d’or et de soie qui avaient revêtu les murs et les piliers de Notre- Dame de Reims fussent livrés à ses fabriciens.

En 1547, au sacre de Henri II, les tentures et tapisseries furent reprises par la cour : le Chapitre protesta : on lui accorda une indemnité

(i) Voir chap IX, page 291.

de cinq cents écus. Au sacre de François II, en 1560, la cour reconnut bien que la fabrique avait droit de retenir les étoffes précieuses qui avaient orné l’église, mais on transigea avec elle, et on lui donna trente écus par aune de drap d’or et de soie. Depuis, il ne s’éleva plus de dilïicultés sur ce point, et le trésor de Reims resta en possession d’un droit qui était pour lui une source de richesses. Quelques mots extraits du formulaire publié pour le sacre de Louis XIII donneront une idée du luxe de tentures qu’on déployait en pareille circonstance, et, par suite, des valeurs que recevait la fabrique de Notre-Dame.

Le premier jour, le roi se mettait à genoux sur un grand drap de pied de velours et sur deux carreaux de même étoffe, sous un petit dais orné de perles ; au pied du grand autel il faisait une nouvelle génuflexion sur un grand drap de pied et deux carreaux de riche étoffe qui l’y attendaient.

Le jour du sacre, tout le devant du grand-autel, jusqu’à la marche où l’on mettait le bénitier, était couvert de velours cramoisi enrichi d’or; par-dessus on posait le siège de l’archevêque de Reims, couvert d’un grand tapis de pied de drap d’or. Vis-à-vis ce siège, à huit ou dix pieds en arrière, sur un grand tapis de pied de drap d’or, était un autre siège couvert de même étoffe, et destiné au roi. Entre ces deux sièges était un prie-dieu revêtu d’un grand drap d’or et garni de deux carreaux de même étoffe.

Derrière le roi, environ à cinq pieds de distance, était un escabeau couvert de drap d’or , sur lequel s’asseyait le connétable. A quatre pieds plus en arrière était placé un autre tabouret, pareillement orné, pour le chancelier ; et , plus en arrière encore , environ à trois pieds de distance , sur une banquette de huit pieds de long, habillée aussi de drap d’or, venaient s’asseoir le grand-maître de France, le grandchambellan et le premier chambellan.

A la droite de l’autel on voyait une longue banquette , couverte de drap d’or, destinée aux pairs ecclésiastiques. D’autres bancs, richement ornés, attendaient les cardinaux, les archevêques et évêques, et les gentilshommes de la chambre et les notables invités à la cérémonie. Le légat du pape avait droit à un siège paré de drap d’or.

Du même côté on dressait un échafaud entre deux piliers, et on le tendait d’une étoffe de satin bleu brodée de fleurs-de-lys d’or : c’est là que s’asseyaient les dames de la cour.

Au-dessus était la tribune de la reine et des princesses : elle n’était pas moins brillante de décoration.

A gauche, une banquette, couverte de drap d’or, recevait les pairs

laïcs ; il y en avait d’autres du même genre pour les princes du sang, les dignitaires et les seigneurs de tout rang.

Deux autres échafauds, richement ornés, étaient destinés aux ambassadeurs et aux dames.

Le trône et les sièges qui l’entouraient , le parterre et les environs du jubé étaient couverts de velours cramoisi semé de fleurs-de-lys d’or.

Ce que le cérémonial que nous citons donnait comme une règle immuable n’était pas toujours rigoureusemeni exécuté : les temps, les modes, les usages de chaque époque, les circonstances de chaque sacre y apportaient chaque fois de notables modifications 5 aussi n’avons-nous voulu donner qu’une idée générale et approximative des bénéfices que faisait la fabrique.

Indépendamment de ces largesses , dont l’usage avait fait pour ainsi dire une redevance , le trésor de la cathédrale recevait directement de la munificence royale des dons du plus haut prix 5 les uns précédaient le sacre, les autres figuraient dans la cérémonie ou la suivaient. Nous parlerons successivement des uns et des autres.

Aux yeux du vulgaire, la pompe du cérémonial faisait partie nécessaire de l’institution; aussi nos rois avaient-ils adopté l’usage de gratifier l’église de tout ce qui était nécessaire pour célébrer avec éclat la messe du couronnement. La veille de la cérémonie, le roi donnait au clergé les vêtements que devaient porter les ecclésiastiques et le prélat qui olficiaient. Ces costumes sacrés étaient faits avec toute la richesse, toute la beauté que comportait l’art à chaque époque. Le roi joignait à ce riche présent une chapelle ordinairement en vermeil. Elle renfermait tous les vases sacrés, tous les ornements de métal nécessaires à la sainte cérémonie et à la décoration de l’autel. On comprend de quelles richesses les sacres qui ont eu successivement lieu dans la cathédrale de Reims , ont dû remplir son trésor.

La veille du sacre , l’usage voulait encore que le roi allât se prosterner devant le maitre-autel et y déposer un reliquaire de prix. Chaque couronnement fait à Reims avait amené dans le trésor de Notre-Dame un joyau précieux , qui portait le cachet de l’art à l’époque de sa confection , et rappelait d’âge en âge le souvenir d’un grand évènement.

Nous décrirons en leur lieu tous ces précieux dons de la munificence royale; quelques-uns existent encore : nous en donnons le dessin. Parmi eux se trouve le reliquaire donné par Henri II ; l’inscription latine qu’on y lit est ainsi conçue : Henricus secundus inawjurandus hue me asportavic. 1547. Ce mol inaugurandus indique que le sacre n’était pas lait encore, et confirme la tradition qui voulait que le don fût fait la veille de la cérémonie.

La libéralité de nos rois ne s’en tenait pas là ; d’autres traditions entraînaient encore de leur part d’autres présents. Depuis l’origine du christianisme, l’église a demandé aux fidèles l’offrande, cet hommage rendu par l’homme à Dieu entre les mains de ceux qui le représentent sur la terre : le pain, le vin et la pièce de monnaie, signes représentatifs de toutes les richesses de ce monde, voilà ce que nos pères ont de tout temps déposé, et ce que nous déposerons après eux aux pieds des autels. Le cérémonial du sacre avait constitué cette antique et pieuse coutume. Le roi est soumis comme le peuple à baisser la tête devant celui qui règne sur tous. Qui veut qu’on rende à César ce qui est à César, doit commencer par rendre à Dieu ce qui est à Dieu. Aussi, quand le monarque était sacré , il allait à l’offerte. Cet acte d’humilité se faisait avec toute la pompe que comportait la cérémonie. Laissons parler l’auteur du cérémonial du sacre de Louis XIII :

« Quand ce vient à l’offerte, quatre seigneurs qui sont assis durant le sacre et couronnement derrière les pères laïcs , et lorsque le roi monte à son tlirosne, se viennent mettre en quatre chaires des chanoines de la dite église, qui leur sont préparées pour estre plus près et à propos pour servir à porter les offices de la dite offerte , partent en l’ordre qui s’en suit ; c’est à sçavoir : le premier portant le vin en un grand vaisseau de nacres de perles , garny d’or et enrichy de pierreries de très-grand prix et valeur ; le second porte un grand pain d’argent, le troisième un autre grand pain d’or, et le quatrième une riche bourse , en laquelle il y a treize grandes pièces d’or marquées de telle [figure qu’il plait au dit seigneur. Marchent devant les quatre dessusdits seigneurs, deux rois d’armes ou hérauts, et n’obmettant rien des révérences requises en tel cas, montent jusques au throsne du roy , et estant là arrivés, en partent incontinent en l’ordre qui s’en suit :

» Premièrement, marchent les dits deux hérauts; après eux, deux huissiers de la chambre du roy; puis les quatre susdits seigneurs, dont le premier porte le vin, le deuxième porte le pain d’argent, le troisième le pain d’or, le quatrième la bourse où sont les treize pièces d’or. Puis MM. les chancelier et grand-maistre , M. le connestable, l’espée nue à la main. Puis le roy, tenant en sa dextre le sceptre et en la sénestre la znain-de-justice , environné de tous les pairs; et demeurent cependant audit throsne comme pour le garder, MM. le grand-chambellan et le premier chambellan.

» Le roy ainsi accompagné, estant arrivé au grand-autel, lesdits hérauts, connestable , chancelier, grand-maistre se séparent des deux

costés pour faire place à deux autres seigneurs , lesquels viennent révéremment prendre le sceptre et la main-de-justiee, pour en décharger le roy. Et lors celuy qui porte la bourse, après une profonde révérence, la met en la main du roy pour l’olfrir. Puis l’autre, le pain d’or ; en après le pain d’argent 5 et pour le dernier , le vaisseau où est le vin.

«L’offrande ainsi faite, et le roy ayant repris les dits sceptre et main-de-justice, s’en retourne en son throsne, et haut siège, accompagné de mes dits seigneurs les pairs, connestable, chancelier et grandmaistre ; et ceux qui auront porté les offices de l’offrande s’en retournent aux chaires des chanoines, où ils étaient auparavant. »

Dans le cérémonial publié à l’occasion du sacre de Louis XVI, nous voyons que les offrandes étaient posées sur des coussins de satin rouge, bordés de franges d’or. Le roi d’armes les présenta aux quatre seigneurs qui les portèrent ; le roi se mit à genoux devant l’archevêque de Reims, qui était assis , et lui remit ces dons l’un après l’autre en lui baisant la main chaque fois.

A qui devait appartenir cette offrande? devait-elle revenir à l’archevêque officiant ? était-elle la propriété de l’église ? Cette grave question fut débattue en 1350, et la fabrique gagna son procès. En 1429, l’archevêque Régnault, de Chartres, reconnut qu’il n’avait pas le droit de conserver les offrandes royales, et les abandonna au Chapitre. En 1461 , celte jurisprudence fut confirmée.

Mais en 1486, l’archevêque changea de manière de voir les choses, et garda pour lui les dons de l’offrande. Le parlement intervint et le condamna à restituer.

Au sacre de François I”, les contres prétendirent que les treize pièces d’or leur appartenaient. Les officiers du roi avaient aussi an-

térieurement eu la même prétention ; comme elle n’était fondée sur rien de sérieux , iis furent priés de laisser à l’église ce qui devait être à l’église.

On vient de voir dans ce chapitre tout ce que la munificence royale a fait à diverses reprises pour enrichir Notre-Dame de Reims. Nous allons maintenant entrer dans les détails que nos recherches et les

communications qu’on nous a faites nous permettent de donner au lecteur.

L’inventaire du trésor que nous allons publier a été fait par les coin-, missaires du Chapitre en 1669 ; c’est le plus ancien que nous ayons trouvé ; il en existe expédition à l’archevêché et à la bibliothèque de

la ville. On en a fait à toutes les époques, et c’est avec regret que

nous annonçons l’impossibilité où nous sommes de faire connaître ceux qui l’ont précédé, et par suite de faire voir au lecteur toutes les richesses que notre historique église a renfermées dans son sein à toutes les époques ; mais nous aurons l’état complet des reliquaires et des ornements de nos autels pendant la première partie du règne de Louis XIV, et avant les spoliations faites par ses ordres. La pièce que nous avons copiée est malheureusement incomplète ; elle ne contient pas la description des chapes , chasubles et autres vêtements ecclésiastiques, qui devait le terminer d’après son intitulé ; mais nous avons eu le bonheur d’acheter la copie d’un inventaire fait à peu près à la même époque par un des contres de la cathédrale. Nous possédons ce document dans toute son intégralité, et nous en publierons la partie qui manque dans celui qui précédera. En ce qui touche les reliquaires et vases sacrés, nous n’emprunterons à l’inventaire du sieur Desmolins, contre, que les détails qui contredisent ou expliquent ceux du catalogue officiel.

Ces deux pièces seront suivies des inventaires faits en 1790 et 4792. Nous chercherons ensuite à faire connaître quelques objets, soit omis dans ces différentes revues, soit n’existant déjà plus quand elles furent rédigées ; enfin , nous terminerons par un tableau de l’état actuel du trésor de Notre-Dame de Reims.

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