CHAPITRE VIII
\ ' iMTMRE DU TRESOR DE KOTRE-DÂME DE REDIS , FAIT EN 1669.
NVENTAiRE cles reliquaîres, châsses, images, joyeaux (1), calices, croix, vaisseaux d’or et d’argent, chasubles, dalmatiques , tuniques, chappes, devants d’autels, aulbes et autres ornements appartenant à l’église et fabrique de Nostre-Dame de Reims, faict , renouvelé et extrait sur les anciens inventaires des dites reliques et ornements, par nous, Claude Chuffet, Jacques Barrois (2), sénescbaux (3), et Antoine Moët, officier de la dicte fabrique, prestres chanoines de la dicte église, en présence de Charles Desmolins (4), Fallon et Dorigny, appelés avec nous pour ce faire; Adam Parent, prestre dormantier de la dicte église et greffier du dit Chapitre ; présents aussy plusieurs de messieurs les chanoines, vicaires, chapellains, le tourneur or-
phevre, Delacroix, chapucier et autres, le mil
six cents soixante-neuf (5).
(1) Nous respecterons l’orthographe Je notre inventaire pour lui conserverie cachet de son époque.
(2) 11 est question de ces dignitaires dans les Mémoires de Maucroix ^ publiés aux frais de la Société des bibliophiles de Reims, par M. L. Paris.
(5) Le sénéchal était un des premiers dignitaires du Chapitre; il joignait à des pouvoirs judiciaires des fonctions administratives. Il avait la garde d’une partie du trésor.
(4) Il s’agit ici des coutres. Charles Desmolins est celui à qui nous devons l’inventaire des chapes, qu’on lira plus loin.
(,ï) Le Chapitre de Reims refaisait de temps à autre l’inventaire de scs richesses. Le contenu du trésor
Au grand-autel de la dicte église, il y a trois tables, celle du costé du revestiaire (1), garnie d’or, représentant quatre hystoires , la première d’Abel et de Caïn, la seconde d’ Abraham , la troisième de Ja-
cob, et la quatrième de Moyse, garnies de pierres, entre autres de trois grosses agathes et quatorze onix (2) gravées, et le reste de pierres,
grenats, cornalines et perles. Le soubassement et bordures des costès hault et bas ne sont que d’argent doré; les deux coins de la bordure
d’en bas sont un peu usés. Samson (3), archevêque de Reims , éleu en H40 et mort en l’année 1160, a faict faire la dicte table avec ses ornements
Au devant du dict autel il y a trois hystoires , dont la première est
de saint INicaise, la seconde de Nostre-Dame, et la troisième de saint Remy, garnies de cornalines, d’esmeraudes , de topazes, de saphyrs (4) et de deux onix ; au milieu de la dicte table est un cristal de roche en ovalie, sur lequel est gravé un crucifix. Hincmar, archevêque de Reims, a faict faire cette table, qui est d’or, sur laquelle se lisent ces vers : lliinc proprio propriuin fecit de marmore vultiini Prœsiil Hincinanis, cujus misereris Jésus,
Hic regis Caroli relinens oblala (5) benîcjni.
variait à chaque fois. Tous ces inventaires devaient se trouver dans les archives du Chapitre ; il est déplorable qu’on ne les connaisse plus aujourd’hui; leur rapprochement eût fourni une foule de faits curieux ; l’objet mal décrit dans l’un eût été mieux dépeint dans l’autre. Peut-être les docjments que je n’ai pu consulter sont-ils ensevelis sous des couches de poussière. Je souhaite qu’une main pilus heureuse que la mienne les rende à la lumière et complète mon travail.
(f) lievestiaire : on nommait ainsi le lieu où les ecclésiastiques s’habillaient pour dire la messe. I.a sacristie le remplace aujourd’hui.
(2) Rubis. I). — Mous indiquerons par cette lettre les détails que nous empruntons au catalogue du contre Desmolins. Les pierres gravées qui ornaient les autels et les reliquaires étaient loin de représenter toutes des sujets religieux ou de pieuses pensées ; presque toutes au contraire étaient (l’origine pa’ienne, et dataient des derniers jours de l’empire romain. Nous en avons un exemple dans l’un des reliquaires dont nous publierons le dessin. Les Francs et les Germains dépouillèrent le vieux monde , se partagèrent ses trésors, ses bijoux , ses pierreries , et firent la part du .Seigneur.
(5) Samson , quarante-neuvième arrheveque de Reims, fut un des bienfaiteurs de la cathédrale. Nous décrirons plus loin un reliquaire f|ui fut probablement offert par lui.
Le grand-autel , dont on va dépeindre les richesses, était un véritable monument d’architecture; il avait fi pieds 8 pouces de long , 3 jiieds 6 pouces de large; un contre-retable de 7 pieds 8 pouces se voyait .à la partie postérieure; il était surmonté de colonnes portant un entablement sur lequel était posée une pyramide de jaspe ; à l’extrémité de cette pyramide était une croix dont il va être parle. Le tout avait près de 23 pieds de haut.
Ces autels à étages étaient usités dans presque toutes les églises de Reims : on en citera plusieurs autres exemples dans le coui's de cet ouvrage.
(4) Deux. D.
(3) Le mot ohlala laisse entendre que la munificence royale n’était pas étrangère à la confection du précieux autel ; il s’agit ici de Charles-le-Chauve.
Le dict Hiiîcmar fut éleu en 844, et mourut l’an 862 (1).
Ld troisième table , du costé des fonts (2), est garnie d’argent doré et pierres contrefaictes (3), et y a huict images d’archevesques et évesques de Reims (4).
Le cyboire, suspendu au dessus de l’autel (5), est d’argent doré garny de pierres, de petits saphyrs et grenats, pesant, avec les chesnes et un cercle d’argent blanc, vingt- deux marcs quatorze onces 5 donné par monsieur de Courtenay (6j, arebevesque de Reims, sur lequel sont ses armes; dans lequel cyboire est une boitte d’argent doré.
Le tabernacle, derrière la table d’autel, faict de marbre gris (7), dans lequel sont conservés plusieurs reliquaires et joyeaux, est orné par-devant d’une table d’argent doré représentant la Cène avec un priant (8), enrichie de douze grosses émeraudes et dix gros saphyrs, et neuf carieux (9) d’agathes, et six rubis au diademe de Jesus-Christ, et six saphyrs, et le reste du dict diademe garny de grosses perles; et, au reste de la dicte table, y a plusieurs petitles émeraudes, grenats, amatistes et topazes; du don de Paul Grand Raul (10), suivant l’inscription suivante, qui est sur la dicte table :
(1) En 011 ajouta des pierreries à celles qui décoraient déjeà le grand-autel : on les enleva à une mitre et à une cha[>e. (Cocquault, Mémoires ; année 157-2.) D’après l’inventaire de Desmolins, ipie nous publions plus loin , ce serait une chasuble donnée ()ar Guillaume de Joinville, que l’on avait ainsi dépouillée.
(2) De l’épiire. 1).
(5) 11 est probable que ces fausses pierres remplaçaient celles qui s’y trouvaient dans l’origine, et qu’on avait enlevées dans quelque cas de spoliation.
(4) Ces trois tables étaient de véritables bas-reliefs, monuments de l'art roman et de l’art gothique au berceau. Elles firent long-temps l’admiration des archéologues. Nous verrons plus loin ce qu’elles devinrent.
(5) La suspension du ciboire au-dessus de l’autel est un des détails qui ont caractérisé de tout temps l’église de Ueims. Cet usage , (jui d’ailleurs se retrouve aussi dans quelques autres basili(|ues, est encore suivi. Une corde de soie , qui monte jusqu’aux voiites de l’édifice , abaisse et relève le ciboire à volonté à l’aide d'une poulie. Au-dessus du ciboire était un pavillon de vermeil qui l’abiitait, et ipi’on nommait custode.
(6) Ea maison de Courtenay a fourni deux archevêques au siège de Reims ; Jean de Courtenay, mort en 12*1, et Robert de Courtenay, son neveu , mort en 1525. Tous deux furent inhumés dans le choHir de la cathédrale. L’inventaire ne désigne pas le prénom de celui qui donna l’objet dont s’agit; il est probable qu’on le devait à la libéralité de Robert , qui sacra successivement foiiis-Ielliitin , Philippe-!e-Eong et Charles-le-Rel , et occupa vingt-trois ans le siège de Saint-Rcmi. Dans tous les cas, ce saint-ciboire était un objet précieux par son antiquité. La famille de Courtenay, branche de la maison royale, s’est éteinte en Fiance dans le siècle dernier; il [larait qu’il en existe un rameau en Angleterre. Elle avait pour armes ; d’or à trois lonrtcaiix de gueules, 2 et 1 , et au lambel de trois pièces ; en 1592 elle y joignit les trois fleurs-de-lys de France.
(7) De pierre de Lorraine. D. — De jaspe. (Povillon.)
(8) Qui est le portrait de Grand-Raoul. D.
(9) Carreaulx. D.
(l(t) Grand-Raoul. D.
Ex dono magistri Pauli Grand PmuI, quondàni canonici, et scliolastici (1) insignis ac metropolitanœ Ecclesiœ Remensis , qui obiit die 44 Junii ann. Dom. 4558.
Il y a une grille de 1er doré qui ferme la dicte table, laquelle table d’argent pèse cinquante-trois marcs, faicte par Du Mont, orphevre (2), à raison de 33 livres le marc (3).
Au dessus de la dicte table de la Cène, entre quatre colonnes de marbre gris (4) portant un dôme, est une image de Nostre-Dame (5) tenant le petit Jésus dans son bras droict, et aiant un diademe sur sa teste , le tout d’argent doré , comme aussi le pied qui est partie d’argent (6), partie de cuivre, du don de Mi‘ Denys Brissonet (7), évesque de Toulon en Provence, et archidiacre de Reims, comme il se voit, tant par ses armes que par l’inscription suivante, qui est au pied de la dicte image :
In honorem Virgims matris Dei, Dionisius Episcopus Tolonensis , Archidiaconus Remensis, devovit anno 4543 aliter 4548.
Sur une piramide de marbre gris (qui est sur le tabernacle de l’autel au derrière des dictes quatre colonnes) est une grande croix de boys sur une borne (8) de cuivre doré, la dicte croix couverte d’or tant par devant que par les costés, en laquelle sont les quatre évangélistes émaillés avec les vers suivants, scavoir :
En hault : Signât avis species quam , videbit (9) alla Johannes.
En bas : Cœpit ab humana Matlhœus scribere forma.
(1) Scholasticus : écolàtre. Cette dignité est une des importantes du Chapitre de Reims; elle rappelait l’anticpie splendeur de ces écoles, cjui furent en honneur pendant plusieurs siècles. L’université rémoise ne les a pas remplacées.
(2) Il s’agit sans doute ici d’un artiste de Reims; nous aurons quelques occasions de faire remarquer que les orfèvres de cette ville étaient d’habiles ouvriers.
(3) Celte table fut commencée bien avant 1558. L’inventaire ici commet une erreur grave, qui n’est probablement que de style. Paul Grand-Raoul ne donna que la table d’argent doré et ciselé. Les pierreries qui rornaient avaient été détachées d’anciens ornements et de diverses châsses. On dépouillait saint Paul pour babiller saint Pierre. (Voir Cocquault, année 1558.)
(4) De jaspe. (Povillon.)
(.5) La statue avait 5 pieds de haut. (Povillon.)
(6) Le pied d’argent doré. D.
(7) Denis Briçonnet était frère du cardinal Guillaume Briçonnet, ministre de Charles VIH et archevêque de Reims. Il mourut en J556. 1! servait tous les jours treize pauvres à .sa table ; du reste, il avait les revenus de deux évêchés et de plusieurs abbayes. Ses armes étaient : d’azur à la bande componée d’or et de gueules , de cinq pièces chargées sur le premier compon de gueules , d'une etoile d’or accompagnée d’une autre de même en chef. (Voir P. Anselme , tome iv, p. 427. )
(8) Un porteur. D.
(9) Ou vident.
Au costé droit : Il une Marcus spedem meruit per vocïferantem.
Au costé gauclie : Mentio sacrorum Lucani fecit esse Bovinum.
Au milieu de la dicte croix est représentée l’entrée de Jesus-Ghrist à Hierusalem , de relief semé de six esmaux carrés, garnis de plusieurs perles et pierres gravées et non gravées , aux trois bouts de trois grandes onix non gravées; au-dessus du milieu de la dicte croix est une autre petite onix et un morceau de la vraye croix (1); le derrière de la dicte croix est couvert de cuivre doré avec plusieurs esmaux aussy de cuivre doré ; le tout estimé par Du ]\lont , orphevre , la somme de six mille livres; la dicte croix est du nom d’Henry-Ie- Grand (2), arclievesque de Reims, (ils de Louis sixième, dict le Gros, et frère de Louis septième, dict le Jeune, en 1170.
Au pied de la dicte pyramide, du costé des fonts sur le dict autel, est une châsse ou fierte de Notre-Dame (3) , qui est d’argent doré, fort bien faicte et limée (4) ; les personnages sont aussy d’argent doré.
A l’autre costé de la dicte pyramide, sur le même autel, est la châsse de saint Rigobert (5), arclievesque de Reims, mort en 742, qui est fort bien faicte et limée (6) de cuivre doré; les personnages (7) sont d’ar-
(1) Le lecteur sera peul-élre surpris de voir à Reims un grand nombre de morceaux de la vraie croix qui paraissent même avoir été assez volumineux; ils ont une origine commune. Le pape Adrien IV en envoya, en 1164, un fragment assez considérable. (Voir Gocquaidtet Marlot.)
(2) Henry de France , dont le nom revient plusieurs fois dans cet inventaire , fut d’abord chanoine de Paris, puis archidiacre d’Orléans. H renonça à ces abbayes pour se retirer comme simple religieux à Citcaux. Le |)ape lui ordonna d’en sortir pour être évéciue de Beauvais. De là il passa au siège de Reims. Il mourut en 1173 , et fut inhumé dans la cathédrale. (Voir Marlot.)
Quelques auteurs pensent que la croix dont il s’agit était un don d’Ilincmar. Dans tous les cas, ou l’aurait depuis lui touchée et modifiée. File avait de haut 3 pieds 4 pouces.
(3) Et aussi sont en icelle quelques vêtements d'icelle [Notre-Dame]. D. (Note de l’inventaire. )
(4) Lamée. D.
(3) Saint Rigobert, élu archevêiiue de Reims en C96, succéda à saint Rieul. Ce vertueux prélat est un de ceux dont l’église de Reims vénérait pieusement la mémoire, et son nom revient à plusieurs reprises dans notre inventaire.
Quand le siège archiépiscopal était vacant , on exposait dans le chœur la châsse qui contenait scs reliques pendant tout le temps que durait la vacance. Pendant le même temps, on déposait la crosse archiépiscopale dans la chaire ou stalle en pierre qu’il avait occupée.
L’archevêque nouvellement nommé était, lors de son insudlation, conduit vers ce siège, et devait s’y asseoir. Elle était [ilacée derrière l’autel du cardinal , c’est-à-dire dans l’arrière-chœur.
Saint Rigobert fut d’abord inhume à Saint-Pierre. En 4S4 , on transporta ses restes à Saint- Thierry; de là ils revinrent à Saint-Denis, de Reims, en 907 ; enfin, plus tard, on les plaça à la cathédrale. La châsse dont il s’agit ici fut faite aux frais du Chapitre, suivant Cocquault , en
(6) Lamée. D.
(7) Au-dessus était une image de la Vierge portant l’enfant Jésus. (Povillon.)
gent doré, enrichie par Guillaume Filiastry (1), doyen de l’église de Reims, et cardinal du titre de Saint-Marc, en 1427.
Au dessus du dict autel, derrière les dictes châsses, sont vingt chandeliers de cuivre doré, pour mettre les vingt cierges fondés par Henryle-Grand, archevesque de Reims en 1170.
A l’entour du dict grand-autel sont dix colonnes d’argent , sur deux desquelles sont deux anges, et sur les autres quatre sont quatre priants (2) ; ces six ligures d’argent doré, et les six colonnes d’argent blanc, avec des pomes d’argent blanc , et aucunes d’argent doré ; le tout pesant cent soixante-trois marcs.
Auprès d’un des priants est une clochette d’argent (3) qui sert pour sonner à l’eslevation du Saint-Sacrement, donnée par Antoine Fournier, évesque basilitaire (4), primicier (5) de Metz, et Antoine Reauchesne , chanoine et sous-chantre de Reims , l’an 1609.
Au dessus du grand-autel est un reliquaire de cuivre, en forme de pyramide, doré, et dans icelui, sur le gradin, une image de la Vierge, avec huit de ses mystères et deux anges.
Au devant du dict autel sont suspendues trois lampes d’argent.
Au devant du dict grand -autel sont dix chandeliers couverts d’argent, servant à mettre les neuf cierges les iours solemnels et le dixième servant pour l’évangile, donnés par Henry de France, dict le Grand, archevesque de Reims en 1170 (6).
(1) Filiastri ; Guillaume Filiastri, ou Filastre, doyen de l’églUc de Reims, archevêque d’Aix et cardinal, mourut en 1428. 11 traduisit Platon et la cosmographie de Ptolémée ; il envoya au Chapitre de Reims un grand nombre de manuscrits précieux : ce fut à celte occasion que fut créée la bibliothèque du Chapitre. On décida que les armes de Filastre seraient placées sur la reliure des livres qu’il avait donnés ; si nous ne nous trompons, on les voit encore sur quelquesuns des manuscrits conservés à la biblioihèque de Reims.
(2) On appelait priants des figures ordinairement à genoux, les mains jointes, et en prières. Il paraît que ceux-ci r;qipelaient la soumission des habitants de Reims, qui s’étaient révoltés contre Gervais , leur archevêque , dans le xi“' siècle. Ces statuettes ne portaient d’autres vêlements qu’une chemise ; elles avaient 1 pied 4 pouces de haut; les colonnes avaient 6 pieds fi pouces de haut, et 6 pouces de circonférence.
(5) Doré. D.
(4) hasiiitaire ; c'était peut-être un évêque sans diocèse: il avait ce titre sans fonctions. Quelques monastères avaient dans leur sein un évêque de ce genre, qui remplissait les fonctions épiscopales dans les murs du couvent.
(5) Primicier : On nommait ainsi le chanoine ipii avait la première dignité du Chapitre. Quelquefois, au lieu de dire primicier, on disait princier.
(6) 11 résulte d’une note jointe à l’inventaire qu’un de ces chandeliers fut porté à l’hôtel des monnaies en lfiS9.
Il fut refait un inventaire en 1709 : nous n’avons pu le consulter
Au devant du dict autel sont neuf chandeliers de cuivre, servant aux iours fériaux et semi-doubles , faicts aux despens de la fabrique en 1033 (1).
Deux bras de cuivre attachés aux deux colonnes de marbre qui sont aux costés de la Cène, derrière l’autel, faicts par la fabrique, au lieu de deux gros chandeliers de cuivre, appelés dossiers, qui se mettaient aux deux costés des dictes colonnes, fondés par Robert, chanoine de Reims, puis moine en l’abaye d’igny (2), avec deux cierges de deux livres chacun, pour estre ardens pendant la grande messe (3).
Du costé des orgues , il y a un tabernacle de pierre , au devant duquel sont quatre croix d’argent doré, dont les deux grandes servent aux processions ordinaires et extraordinaires, tant au dedans qu’au dehors de l’église; et les deux petittes servent aux processions de Saint- Marc et des Rogations (4).
Dans le dict tabernacle sont conservés les chefs de saint Nicaise (5) , arebevesque de Reims, et de sainte Eutrope , sa sœur, martyrs.
Le reliquaire dans lequel est enchâssé le chef de saint Micaise avec la mittre, sont d’argent doré, garnis de pierreries. En la mittre , il y a quatre belles émeraudes , quatre gros sapbyrs , avec un saphyr percé sur la pointe de la dicte mittre, et trois agatbes de demy-bosse , un grand chaboton de rubis et plusieurs autres moiens au devant de la dicte mittre; et sur le derrière d’icelle, il y a cinq petittes émeraudes et plusieurs couppes (6) de sapbyrs percés et grenats , assiz sur pied de boys doré, auquel il y a plusieurs pierres telles quelles; y a faute à la mittre de deux pierres, trois fleurons et un chaton au devant; au
(1) S’il y avait un règlement pour la flistribution des reliquaires sur les différents autels de la cathédrale , il en fallait donc aussi pour les luminaires. Le cérémonial de l’église de Reims et les fondations faites au profit de l’église rendaient cette partie de l’administration assez compliquée. f,a révolution a délivré le Chapitre de tous ces embarras.
(2) Igny était une abbaye du diocèse de Reims , dotée de riches revenus. Elle était surtout illustre par la beauté et l’importance de sa bibliothèque.
(5) .Vu lieu des dicts bras de cuivre , M. Louis de Vienne , chanoine , en a donné deux d’argent . pesant à présent quarante-un marcs quatre gros, qui lui coustent environ 1,50Ü livres; ils ont été augmentés en 1703 de 2 marcs fi onces 2 gros , et pesaient auparavant 58 marcs 4 gros [16L6], (.Vole de l’inventaire.)
(4) Ce sont les croix que les contres trouvaient trop lourdes à porter.
(5) Saint Nicaise, onzième archevêque de Reims, mort en 406, martyrise avec sa sœur sainte Eutrope par les Vandales. — Il parait que l’on vénère en Normandie un autre saint Nicaise , aussi martyr , et qui n’a de commun avec le nôtre que le nom.
(fi) Il s’agit sans doute ici de saphirs taillés. Au moyen-âge, on taillait peu les pierres précieuses; on se bornait à les dégager de l’enveloppe qui les empêchait de briller.
derrière d’icelte, manque une pierre et un chaton (I); d’en hault, deux chatons, deux petites pierres et cinq fleurons; en bas, un grenat ou pierre à costé, une pierre et un bouton au pendant de la dicte mittre , et vingt-deux pierres à l’entour des pieds.
Le chef de saint Nicaise avec la mittre pèsent vingt-quatre marcs ; et les deux anges avec un priant pèsent vingt- un marcs deux onces et demy, faisant quarante-cinq marcs deux onces et demy d’argent.
Le dict reliquaire de saint Nicaise a esté donné par M. Robert de Courtenay, archevesque de Reims, lequel n’estant achevé de son vivant, il légua la somme de 500 fr. pour l’achever.
Le chef de sainte Eutrope, sœur de saint Nicaise, est enchâssé dans un reliquaire d’argent doré sur un pied de cuivre ; sur le dict chef est une couronne garnie de pierres, entre autres d’un beau rubis, de saphyrs, perles et cornalines, et pèse six vingt livres, y compris le pied de cuivre doré, et deux grands anges qui portent le dict chef; à la couronne manquent deux chatons et une pierre.
Les dicts deux chefs de saint Nicaise et de sainte Eutrope sont dans le dict tabernacle au costé du grand-autel , duquel le fabricien garde la clef pour recevoir les oblations ez iours que le dict tabernacle est ouvert (2).
Auprès du dict tabernacle, est conservée une grande image (3) de la Yierge, qui se met les iours solemnels sur le grand-autel, et qui est portée en processions generales, laquelle est d’argent doré, comme aussy la couronne garnie de pierres et perles, à laquelle y a deux saphyrs, et le reste sont des grenats ; il y manque cinq perles et quatre pierres au pied; elle tient le petit Jésus dans son bras gauche, qui est d’argent doré, lequel tient une boulle d’argent doré, au-dessus de laquelle est une croix de Lorraine (4) ; de même la dicte image tient un reliquaire
(1) Le chaton est la place où s’incruste la pierre. Parfois on employait ce mot pour designer te contenu.
(2) Ces reliquaires étaient placés sur une estrade cà laquelle on montait par des marches.
Quand nous parlerons du trésor de l’église St-Nicaise , nous dirons un mot des difficultés longues et fréquentes qui s’élevèrent au sujet de la possession des reliques du saint entre les moines de cette abbaye et le Chapitre de Notre-Dame.
(3) Elle avait 3 pieds de haut.
(4) On a remarqué cette croix de Lorraine au-dessus du globe terrestre. Ce fait a de l’importance ; il ne s’agit pas ici d’un détail purement artistique. Au xvie siècle , époque de la confection du reliquaire , la maison de Lorraine faisait publier qu’elle était issue de Charles-de-Lorraine, le dernier descendant de Charlemagne. — Sans doute M51. de Guise et de Mayenne étaient de bons catholiques, mais ils étaient aussi de grands ambitieux.
sur sa main droite, dans lequel est du laict de la Vierge (1) ; elle est posée sur un pied de cuivre doré ; l’image avec le petit Jésus , le reliquaire et la couronne avec un priant, le tout d’argent doré, pèsent vingt-deux marcs, et le pied de cuivre doré pèse trente marcs. Elle a esté donnée par Guillaume de Esternay, chanoine de Reims, comme il se voit par un écriteau qui est sur une lame d’argent émaillée, attachée au pied de la dicte image, portant ces mots : Guillelmnes de Eslcmmje , canoniciis Remensis quondàm prœpositiis Laiidiinensh , dédit istani imaginem ecciesiw Reinensi. Orale pro eo.
Au devant de la dicte Vierge est une croix d’or remplie de plusieurs diaments faux, donnée par M. Bailly, chanoine, en l’année 1617. Et le jaseret, ou chesne d’argent doré, pour la suspendre, a esté faict aux despens de la fabrique.
Monsieur Nicolas Colbert , chantre et chanoine de la dicte église et abbé de Saint Sauveur, a donné une roze de diaments, qui est attachée au devant de la dicte image ; elle est d’or , enrichie d’un gros saphyr par le milieu, dbin gros diarnent et de plusieurs autres saphyrs, rubis et diaments.
Au tabernacle, proche des dessus dicts, se met l’image du saint Laict après (jue. la grande messe est dicte, laquelle, depuis la messe du iour iusqu’à la dicte heure, est dans la chapelle du saint Laict (2), à la garde du clerc d’icelle. En l’année 1278, Blanche (3), comtesse de Champagne et de Troyes, donna cinij marcs d’or pour faire la dicte image de Nostre-Dame , dans laquelle est enchâssé le saint Laict de la Vierge, envoyé à l’église de Reims par le pape Adrien cinquième, éleu pape en 1276, iadis cardinal Ottobon , nepveu d’innocent dernier chancelier de l’église de Reims, puis archidiacre et chanoine d’icelle. La dicte image est d’or, comme aussy la couronne, enrichie de plusieurs petits diaments et perles 5 le pied est d’argent doré, et le tout pèse huit marcs; elle se met dans une custode (4) couverte d’argent doré. Dans la dicte image, outre le saint Laict, il y a aussy de
(1) Suivant f|uelques traditions, ce saint lait n’aurait été qu’une pâte blanche bénie, envoyée par Adrien V. Quelques auteurs attribuent ce don à Adrien IV, et le datent de Ü5S.
(2) La chapelle du saint Lait était une des merveilles de notre cathédrale ; l’elégance de ses sculptures en avait fait un des chefs-d’œuvre de l’art gothique. Elle était détruite bien avant la révolution. i\l. Louis Paris en a retrouvé le dessin ; il doit en publier l’iiistoire et la description.
(5) 11 s’agit ici de lilancbe de France, femme de Henri, comte de Champagne et roi de Navarre. Jeanne, leur fdle unique, épousa Philippe-le-Bel, et apporta en dot à la France l’beriiage de son père.
(4) Custode ■■ on nommait ainsi un coffre ou \in étui qui servait a renfermer un objet prccietix
la robe de la sainte Vierge, du suaire et sandale de INostre - Seigneur ; ladite image faicte de neuf (1), et les dictes reliques remises dans icelle , le 10 février 1653 , par ordre du Chapitre.
Dans une armoire, proche du dict tabernacle, sont tous les ornements nécessaires pour porter le Saint -Sacrement (2) et l’Extrême- Onction à messieurs les chanoines, sçavoir :
Un ciboire, une boitte et une petite tasse d’argent doré, aiant audessus un crucifix couvert de taffetas rouge cramoisy et or de Cypre (3), pesant, avec le courdon , quatre marcs quatre onces et demy.
Plus une petitte croix de cuivre doré , à porter aux malades (|ui reçoivent l’Extrême -Onction.
Plus un petit flacon avec la cbesne d’argent , du don de mons‘’ de Courtenay , archevesque de Reims, dans lequel on met les sainctes huilles pour porter aux malades.
Plus une platine d’argent doré, servant à verser les saintes huilles pour oindre les malades.
Plus un corporalier (4) faict de fil d’or et de soye rouge garny de deux corporaux.
Plus une estolle de toille d’argent violette.
Plus une agende (5) à l’usage de Reims.
Plus une clochette de métail.
Plus deux flambeaux de cire blanche.
Plus un baston (6) avec un crochet au bout , servant à descendre le saint-ciboire qui est au-dessus du grand-autel.
Messieurs les doyen et fabricien ont chacun une clef de la dicte armoire.
(1) Cette statuette n’avait qu’un pied de liant. F.’inventaire veut-il dire qu’elle fut refondue entièrement en 1633 ?
(2) C était et c’est encore un lioniieur (pie de porter le Saint-Sacrement à la procession. Le doyen du Cliapitre [uétendait en jouir seid ; les clianoines repoussèrent énergiquement cette prétention. Ce privilège a|qiartcnait à celui qui était de semaine : on le nommait le semainier; il fut maintenu définitivement dans son droit à cet egard par une décision de 14S7.
(3) L’or de Chypre était fort estimé an moyen-àge ; les Croisades avaient mis à la mode les objets d’art et les produits industriels de l’Orient. Nous verrons plus loin (pi’il est question de coupes faites à Chy[ire.
{-i) On nommait corporal le linge <pie le prêtre met sur l’autel, dessous le calice Le corporalier était probablement le pot tcfeuiile de carton babillé d’étoffe qui couvre le calice et contient les corporaux.
(3) .Igcnde : on nommait ainsi l’Oflice des Morts à neuf leçons.
(C) C’est le bâton qui sei vait à faire descendre sur l’autel le saint-ciboire suspendu dont il est question au commencement de ce chapitre.
Au-devant du grand-autel sont suspendues trois lampes d’argent avec les chesnes aussy d’argent.
Celle du milieu, donnée par M. Pierre Meslier, en 1633, chanoine de Reims, pesant avec les chesnes douze marcs (1).
Les deux autres suspendues au devant du dict autel , aux costés de la précédente ; données par M. Nicolas Colbert , chantre (2) et chanoine de la dicte église, en l’année 1635, et pèsent vingt -cinq marcs trois onces les deux ensemble, l’une desquelles pèse six onces plus que l’autre.
(1) Comme on le voit, le Clia[ntre avait fait ou refait à ses frais un grand nombre des objets dont on vient de voir la description ; il fallait réparer les pertes éprouvées sous la Ligue.
(2) On sait que la famille Colbert est originaire de Reims ; c’est à cette époque qu’elle a commencé à prendre place parmi les grandes familles de France. Jusque-là elle avait tenu un rang modeste. Du reste, elle existait déjà depuis long-temps quand elle a fourni un grand ministre à la nation.
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