‹ Tribut à la chirurgie; ou, Mémoires sur divers sujets de cette scienceChapitre 22 sur 54 · NOUVELLE ÉTUDE · texte numérisé non relu

NOUVELLE ÉTUDE

Qui Mil ti OD Jour on ne sera point lente de re?enir à celte méthode t

DBSCHAlIPf.

La taille médiane a éprouvé des vicissitudes particulières dont Thistoire n'est pas dénuée d'intérêt. Sous le nom assez équivoque de grand appareil, elle a subi une destinée bizarre qui s'est prolongée pendant près de deux siècles ; et si l'adoption d'une méthode cystotomique , non moins singulière dans ses origines et son évolution , l'a reléguée dans l'oubli , il n'en est pas moins réel qu'elle a rendu des services qu'on ne saurait méconnaître sans injustice. Nous n'avons pas l'intention de la réhabiliter, au préjudice des autres manières de tailler ; mais nous avons acquis la conviction pratique qu'elle possède des avantages dignes d'un nouvel examen, et qu'aujourd'hui surtout, où l'art de traiter les calculeux s'est enrichi de moyens si variés, que les difficultés du choix se sont

accrues , il est utile de revoir encore les motifs qui doivent décider le chirurgien en faveur de tel ou tel mode cystotomique.

La lithotritie , en accaparant les cas simples et en renvoyant à la taille les cas compliqués ou douteux , a contribué elle-même à rendre plus délicates les indications de cette dernière opération. C'est dans ce champ restreint par les progrès de la lithotritie , mais encore assez étendu , si l'on a égard à la variété et au nombre des complications de l'affection calculeuse , que la taille médiane peut rendre quelques services ou se signaler par certains détails d'exécution profitables au malade et au chirurgien.

COUP d'œil rétrospectif sur la taille médiane.

Cette taille est une invention chirurgicale de la Renaissance; elle fut proposée comme l'expression du besoin de modifier la manière insuffisante et dangereuse dont on employait le petit appareil ou méthode ancienne, renouvelée par Guy de Chauliac. Cette dernière méthode opératoire , pratiquée d'après la description mal interprétée de Celse , n'était guère applicable que chez les enfants. Réduite à une trop grande simplicité dans les moyens d'exécution , la taille au petit appareil , pratiquée sans conducteur urétral et n'offrant d'autre guide que la saillie de la pierre , ne reposait sur aucune règle précise ; elle était d'une apfdication difficile chez les adultes , et exposait ou à manquer la pierre ou à intéresser des parties dont la lésion était dangereuse. On chercha» donc une nouvelle méthode, dont nous allons essayer de tracer l'histoire.

A. Période italienne. — L'Italie a été le théâtre des premiers essais de la taille médiane , qui s'y développa d'abord obscurément et par une succession d'efforts que l'histoire a quelque peine à répartir entre les inventeurs. On a voulu foire remonter la première origine de cette opération à une fomille d'empiriques, qui eut pour chef Pierre de Norsa , ou Norsia , cité pour la première fois par Marcellus Cumanus , son

contemporain. Les membres de cette famille, originaire de Norsia , petite ville de l'Ombrie sur la frontière du royaume de Naples, formèrent, comme les Branca , une lignée d'opérateurs ambulants , connus sous le nom collectif de Norsini, et dont la réputation se maintint en Italie depuis la lin du XIV® siècle jusqu'au XVI* , où quelques auteurs en font encore mention. Ces empiriques pratiquaient surtout des opérations pour la cure radicale des hernies et pour celle de la pierre. On sait qu'ils employaient la castration pour les hernies, ce qui peut donner une idée de leur mauvaise chirurgie; mais on ignore comment ils pratiquaient la taille. L.Septalius * se borne à leur accorder, sous ce rapport, quelque habileté ; tandis que Sylvalicus ^ se plaignait de voir l'opération de la taille abandonnée à de pareils ignorants. Quant au procédé qu'ils employaient, rien ne le fait connaître d'une manière assez sûre, pour leur attribuer même une petite part dans l'invention de la taille médiane. Le fameux passage d'Alex. Benedetti , où se trouve la première mention de la lithotritie et de la taille médiane , ne désigne nominativement aucun chirurgien , et le nom des Norsini ne se trouve mentionné , ni dans le chapitre qui contient ces indications , ni même dans aucune partie de l'ouvrage de Benedetti. Voici d'ailleurs ce passage , remarquable sous plusieurs rapports ; il termine le chapitre intitulé : Quâ curatione in vesicœ lapide utendum sit. Après avoir indiqué le traitement médical de la pierre, Benedetti s'exprime ainsi ' : « Cum vero his pr(Esidiis lapis non commis nuitur, nec ullo modo eximitur, curatio chirurgica adhibeatur : et per fistulam priûs, quâ humor profusus dolores levet Aliqui intus sine plagâ, lapidem conterunt fevreis instrumentis , quod equidem tutum non invenimus. Nunc inter anum et colem rectâ plagâ cervicem vesicœ incidunt,nec nisi ad ipsum exordium suœ cervicis et ferreo instrumento cronoso, ne captus lapis effugiat, celeriter corripiunt. Quant curationem, quia non est sine vitœ periculo , multi évitant. >

^ Animadvenionum etcautionum m^dtcmo/itim , lib. VU. Mediolani, 1614. ' Controversiœ medicœ^ numéro eentum, Mediolani, 1601.

* Omnium à vertice ad calcem morborum êigna , eausœ indicationes ^ etc.; lib. XXI, cap. XLVIII, pag. 867. Basile» , MDXXXIX.

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On Toit que Benedetti se contente (f indiquer ce qu'on faisait de \ temps y sans nommer les opérateurs. Or, comme il vivait pendant ia seconde moitié du XV*' siècle et au commencement du XVI% et qu'en conséquence il fut contemporain des chirurgiens qui prirent une part moins équivoque au développement de la taille, tels que Ballista da Rapallo, Jean des Romains et Marianus Sanclus, il y a lieu de présumer quuo auteur aussi sérieux, possesseur d'une chaire à Padoue et l'une des lumières de son siècle, avait plutôt en vue les hommes éminents que nous venons de citer, que d'ignorants empiriques comme les Norsinî. Quoi qu'il en soit, on ne saurait méconnaître dons le texte de Benedetti une mention claire et précise de la taille médiane ; l'incision du col de la vessie par une plaie longitudinale entre la verge et l'anus, y est indiquée de manière à ne donner lieu à aucun doute.

Un historien de Gênes , Barlolommeo Scnarega , a conservé quelques documents relatifs à la manière d'extraire la pierre, qui se rattachent à notre sujet et qui ont donné lieu à diverses interprétations. Senarega parle d'un chirurgien des plus excellents, homme de génie et de savoir, dont il oublie malheureusement de nous dire le nom , qui mourut en 1510, et qui possédait l'art de délivrer les calculcux à l'aide d'une opération dont il décrit les détails. Bien que cette description ne soit pas rédigée par une main médicale, elle n'en renferme pas moins des indications curieuses; aussi croyons-nous devoir la reproduire textuellement, d'après l'extrait de Muiatori * : Ligabattir languens pedibus reductis post nates, fascio médium corpus cingentc , nam periculosum erat si œfjer moveretur; manus eliam ligahantur ; coxœ quantum fiai potcrat, late patebant. Novazulâ vulnus longum circiter quatuor digitis aperiebatur ab eâ parte quâ calculus œgrum acriùs infestabat, paululum ab ingiiine, ita ut vulnus médium esset inter unguem et podicem. Fermm subtile inter ipsum membrum immittebatur, quod intrà corpus pénétra bat, quasi quœrens a/iquid, donec perquisitus lapis tangerctur. Erat et aliud ferrum tortum in vnci modum, quod missumper vulnus fractum calculum apprehendebat, insuper quo citiùs ac minori dolore evelleretur, digitumin

Rerum Ualicarum seriptores^ vol. XXIV, pag. 605.

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anum immittebat, à quo ferrum premebatur. > Senarega ajoute qu'U a vu lui-même deux ou trois pierres ainsi extraites d'un malade , et que h cure fut longue jusqu'à la fermeture de la plaie ; mais que ceux qui étaient ainsi guéris semblaient retrouver, fussent-ils vieux, les forées de la jeunesse.

Quel était ce chirurgien anonyme si vanté par l'historien Génois ? Si , comme Alex. Benedelti , Senarega a omis le nom de l'opérateur , il a du moins laissé une date qui peut donner une certaine valeur aux conjectures : c'est en 1510 qu'a eu lieu à Gênes la mort de cet opérateur. Cette date exclut évidemment Jean des Romains, qui vivait encore en 1534, comme le prouve une lettre écrite par lui à Marianus Sanctus, et elle permet dépenser qu'il s'agit de maître Battista da Rapallo qui , vers la fin duXV* siècle, enseignait la chirurgie et pratiquait avec habileté l'opération de la pierre. Malacarne ^ a recueilli sur ce point des documents intéressants retrouvés dans les archives de Saluées , sa ville natale , qui l'ont conduit à penser que Battista était le chirurgien dont il est question dans l'histoire de Senarega. Ce maître Battista, né à Rapallo près de Gênes, enseigna avec éclat la chirurgie à Saluées , vers la fin du XV® siècle, sous le gouvernement du marquis Louis II , qui le nomma son conseiller , en raison de son mérite et de son habileté à extraire les pierres de la vessie ^ Il fut chargé aussi d'enseigner sa doctrine et de faire des élèves à Saluées. Après la mort du marquis Louis II, Battista quitta cette ville, mais non sans avoir fait des élèves, parmi lesquels se distinguèrent Jean des Romains et Tiberga '. Il paraît, d'après divers passages de Tiraboschi, qu'il enseigna ensuite la médecine à Ferrare, où il était connu sous le nom de Battista de Gênes. D'après ces divers documents, confirmés par l'au-

< Délie opère de medici e de cerusici che nacquerono et fiorirtmo prima del secolo XVI, nigli ttati délia realcua di Savqja, monumenti raccoUida Vineenti Malacarne, in-4<>, 1786.

^ Ce parchemia fut délivré in caméra eœrulea illustrissimi domini marchionis in Castro Salu^ thiarum, die 27 mensis septembris , anno 1473.

* Ce fîiit serait consigné dans un manuscrit de Beraardino Orsello, intitulé : Le siège rable de Salaces , en 1486 , et que Malacarae a en en sa possession.

torité plus récente de M. Bonino de Turin *, à qui Ton doit d'intéressantes recherches sur la vie des médecins de l'Italie septentrionale, on serait fondé à penser que le chirurgien lithptomiste dont parle Senarega, et qui aurait été le maître de Jean des Romains, était en effet Battista da Rapallo , dont le nom doit désormais occuper une place dans l'histoire de la taille.

Doit-on conclure aussi du texte de Senarega , que l'opération décrite par cet historien était la même que celle que décrivit plus tard Marianus Sanctus? C'était l'opinion de Tiraboschi ' , dont l'autorité est très-considérée en tout ce qui se rapporte à l'histoire des lettres et des sciences en Italie. Cette opinion est également adoptée par M. Malgaigne, dans sa remarquable introduction historique aux œuvres d'A. Paré. On ne saurait méconnaître qu'il y a une affinité entre la métliode de Battista da Rapallo et celle que nous verrons bientôt signalée par Marianus Sanctus ; mais on ne voit pas dans cette description une indication précise de la taille médiane , telle que nous l'avons déjà vue énoncée par Alex. Benedetti et telle que Jean des Romains la pratiquait. On voit, en effet, que l'incision, plutôt oblique que médiane , se dirigeait de l'aîne vers l'anus. Cette taille tenait aussi de la méthode ancienne , par Tintroduction du doigt dans le rectum et par le siège indéterminé de l'incision qui , d'après Senarega , était faite dans le point où le malade souffrait le plus. Toutefois , nous devons signaler un progrès qui distingue essentiellement celte espèce de taille de celle de Celse , et qui consiste dans l'emploi du cathéter. C'est la première mention qui ait été faite de cet instrument, dans Topération de la taille ; mais il y a lieu de présumer que Battista da Rapallo s'en servait plutôt pour constater la position de la pierre , que comme d'un guide pour l'instrument tranchant. Rien n'indique, en effet, que ce ferrum subtile ^ introduit par la verge jusque dans la vessie, fût pourvu d'une cannelure et méritât le nom d'itinerarium, que l'on retrouve

1 Biografia medica piemontese; ToHdo, 1824. Nous avons pu consulter à la bibliothèque de la Faculté de Montpellier, un exemplaire de cet ouvrage, donné par M. Matthieu Bonafous, de Turin.

3 Storia délia leiteratura ital., vol. VI, pag. 370 et vol. VII, pag. 90.

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un peu plus tard dans la description de Marianus Sanctus. On voit, en conséquence , que l'opération de Battista da Rapallo n'était pas la véritable taille médiane, qui a pour caractère d'être pratiquée entre la verge et l'anus , par une plaie longitudinale et sur un conducteur introduit dans l'urètre ; mais qu'elle s'en rapproche à plusieurs égards et marque, pour ainsi dire, le premier jalon qui conduit à cette méthode opératoire. II ne s'agissait plus que de préciser la direction de l'incision longitudinale et d'évider le cathéter, pour qu'il devînt un guide sûr; mais ce progrès est dû à Jean des Romains.

Ce chirurgien, né à Casal-Maggiore , près de Crémone, est généralement considéré comme l'inventeur de la manière d'opérer la taille sur la ligne médiane du périnée, qu'on appelle grand appareil, à cause de la multitude d'instruments qu'il proposa pour la mettre à exécution. Haller * prétend , sans entourer cette assertion de ses preuves ordinaires , que Jean des Romains inventa cette opération vers l'an 1520. Il ajoute que, voulant opérer un adulte de la pierre par la méthode de Celse , il lui fut impossible de ramener le corps étranger au col de la vessie , ce qui lui suggéra l'idée d'introduire un conducteur dans la vessie, pour guider l'instrument tranchant et pénétrer jusqu'à cet organe, dont il dilata le col et retira le corps étranger. Mais on a vu , par d'autres témoignages, que cette invention ne se présenta pas ainsi de toutes pièces à l'esprit de Jean des Romains, et que pendant son séjour à Saluées il avait été initié, par Battista da Rapallo, à une nouvelle manière de tailler les calculeux. Quoi qu'il en soit, Jean des Romains était, au commencement du XVI* siècle, le plus habile lithotomiste de son époque, et il vint s'établir à Rome, où il admit à ses opérations Marianus Sanctus, qui devait bientôt divulguer sa méthode.

Marianus Sanctus, né en 1489 à Barletta , ville du royaume de Naples, vint directement à Rome, où il eut pour premier maître en chirurgie, Jean de Vigo. Les écrits publiés dans sa jeunesse révèlent l'influence de ce maître, mais ne se rapportent en aucune manière à la taille ou aux maladies des voies urinaires. Certains biographes ont bien affirmé que

^ Bibliotheca chirurgiea^ tom. I, pag. 181.

S06 f AILLE MtniAJNE

Jean de Vigo, né à Rapallo comme Battista, était le fUs et Télève de ce lithotomiste y ce qui ferait croire que Marianus Sanctus aurait pu s'initier auprès de Jean Vigo, aux traditions de Battista. Mais aucune preuiFe sérieuse ne vient appuyer cette filiation ; car Yigo et Marianus Sanctu$ gardent, l'un et l'autre, un silence profond sur Battista da Rappallo; silence qui a contribué , sans doute , à la longue obscurité qui a pesé sur le nom de ce dernier chirurgien. Marianus Sanctus , continuant son séjour à Rome, eut pour second maître Jean des Romains, qui, mieux que Vigo, connaissait la pratique de Battista, et qui croyait, sans doute, l'avoir assez modifiée pour se considérer comme l'inventeur de la nouvelle manière de tailler. — Il ne saurait entrer dans notre plan de donner de longs détails biographiques sur Marianus Sanctus , dont l'existence fut assez nomade , et qui publia de nombreux ouvrages sur la chirurgie ; il nous suffira, en vue de cet historique, de rappeler les principales circonstances qui se rattachent à la publication du livre qui contient la description de la taille au grand appareil , ou d'indiquer les détails les plus originaux qji y sont consignés. Ce livre est intitulé : Libellus aurem de lapide à vesicâ par incisionem extrahendo '.

La date de la publication de cet ouvrage a été discutée par plusieurs écrivains. Douglass pense qu'il parut en 1522; selon d'autres, ce ne fut qu'en 1535. La première date paraît prématurée, si l'on réfléchit à l'époque où Marianus put recevoir les leçons de Jean des Romains ; la dernière est certainement trop tardive, car on trouve en tète de l'un des ouvrages de Marianus, De lapide renum, une lettre adressée à Silviu$ Laurentius, sous la date de 1534, dans laquelle il parle du libellus aureus et du conseil qui lui a été donné par ses amis de compléter cet ouvrage, en écrivant sur les pierres des reins. Ce document fixe du moins approximativement l'époque où la méthode de Jean des Romains a été rendue publique. Les lettres que Marianus a consei'vées en tête de ses divers ouvrages et qui sont les seules sources de quelque importance sur ce point

1 Les exemplaires isolés du libellus aureus sont devenus très-rares ; mais l'ouvrage a été reproduit dans la Collection chirurgicale de Gesner ( Zurich, 1555 ), et dans le Thésaurus cAtrurgicus d'Uffenbadt ( Fraocofurti , 1610).

TAILLE MÉDIANE Wî

de rhistoire de Fa taille , prouvent que , bien que Jean des Romains eût enseigné sa méthode à Marianus, il était pou soucieux de la voir rendre publiqtie. C'est du moins ce qui résulte d'une lettre écrite par lui h Marianus Sanclus, où, tout en louant l'exactitude et l'élégance de la description qu'il en «vait donnée, il le blâme de l'avoir livrée à la tourbe de ces opérateurs ambulants {pessimi circula tores) qui trompent le peuple, et dont l'ignorance ou la maladresse pouvait en compromettre le succès. Invité par Jean Anthracinus à publier l'ouvrage qu'il avait composé sur l'extraction de la pierre, Marianus Sanctus le soumit à la révision de ce maître, dont il avait aussi suivi les leçons à Rome, et se déciJa 5 le faire paraître. C'est ainsi que fut rendue publique une méthode qui , bornée dès son origine à la tradition personnelle, devait bientôt rentrer, sous le règne chirurgical des Colot , dans une pratique encore plus secrète et plus personnelle. Marianus Sanctus n'en, a pas mcins eu la gloire d'attacher son nom à une innovation qu'on pouvait alors considérer comme heureuse ; et, bien qu'il n'oit été que le révélateur de la méthode , il a joui à certains égards du bénéfice de l'invention, en donnant son nom à cette opération , qui a été longtemps désignée sous les noms de sectio vel metkodus Mariana.

Il ne paraît pas que Marianus fut lui-même un opérateur très-répandu et qu'il ait mis très-souvent en pratique les préceptes qu'il a formulés ; néanmoins, il est certain qu'à dater de Tépoque où il reçut les leçons de Jean des Romains , il continua à s'occuper des maladies des voies urinaires. On lui doit l'ouvrage sur la pierre des reins et delà vessie, dont nous avons déjà parlé , mais qui ne contient guère que des idées théoriques inexactes et des recettes très-nombreuses. A la fin de cet ouvrage, il décrit une longue pince courbée qu'il propose de nommer terlinum, et qui est destinée h dilater le col de la vessie lorsqu'il existe une constriction des muscles de celte partie.

Le libellus aurais, qui est le principal titre scientifique de Marianus Sanctus, est un traité méthodique et clairement exposé sur l'art d'extraire la pierre de la vessie. Toutes les questions relatives à l'opération de la taille y sont exposées avec les détails que comportaient les connaissances chirurgicales de celte époqœ; mais la description dos instruments nécessaires

pourTensemblede Topération et la manière de faire Tincision et de dilater le col de la vessie , y occupent une place prédominante. Cette complication d'instruments , où Tesprit trop fertile de Jean des Romains s'est si fort éloigné de la simplicité de l'opération de Battista da Rapallo , a été cause de la lâcheuse dénomination de grand appareil, qui a voilé le»caractère réellement progressif de la taille médiane, pour concentrer l'attention sur les circonstances qui précisément la rendaient défectueuse. On ne compte pas , en effet , moins de douze instruments dont Marianus Sanctus a donné la figure et l'explication. Voici ceux qui sont décrits dans son oxxwB^e : syringa tentativa, itinerarium, novacula, exploratorium , duo ductores, aperiens, forceps^ duo latera^ verriculum, cochlear.

Ces instruments, où l'on reconnaît la sonde, le cathéter cannelé , le couteau, la sonde exploratrice , les conducteurs , le dilatatoire , les pinces, une double cuiller articulée, le bouton et la curette, étaient, à ce qu'il paraît, encore plus compliqués dans certaines opérations pratiquées par Jean des Romains ; car Marianus consacre un chapitre à prouver que le frangens ou brise-pierre est inutile, et qu'il expose la vessie à des inflammations mortelles. Ce détail n'en est pas moins intéressant , en ce qu'il prouve que Jean des Romains avait aussi songé à briser les grosses pierres dans la vessie, lorsqu'elles ne pouvaient franchir l'ouverture résultant de l'opération. Battista lui-même paraît avoir eu quelque idée de ce genre , si l'on en juge par une expression de Senarega , qui rappelle que le chirurgien saisissait le calcul ^brisé. Il n'en est pas moins remarquable de retrouver, à l'origine de la taille médiane, l'idée vague d'une combinaison de la taille avec la lithotritie , idée qu'on retrouve aussi dans Ammon d'Alexandrie , à l'enfance de l'art chirurgical.

Le mérite de l'opération de la taille au grand appareil serait bien faible , s'il n'avait consisté qu'à^ajouter à la méthode opératoire ancienne les instruments que nous venons de mentionner; mais plusieurs circonstances distinguent essentiellement la taille décrite par Marianus et réalisent un incontestable progrès sur la méthode de Celse.

La première se rapporte à la direction de l'incision à l'aide de laquelle on parvenait dans la vessie. Après avoir décrit les apprêts de l'opération, Marianus recommande au chirurgien l'incision longitudinale jusqu'à ce

qu'il atteigne la cannelure du cathéter. « Fiat incisio secimdum longiludinem et eà usque novaculâ imprimetur, donec operator ipsam in caimm quod in convexitate est itinerarii penitùs elapsam senserit ibiquè parim secet. — Marianus insiste beaucoup sur cette direction qui , selon lui, facilite la réunion des parties , et il s'étonne que d'autres opérateurs , et surtout Celse , aient conseillé d'inciser transversalement , secundum latitudinem y ce qui force la plaie à rester béante lorsqu'on rapproche les cuisses et dans quelque position qu'on donne à l'opéré.

Ces réflexions de Marianus sur les inconvénients de l'incision transversale prouvent, à la fois, qu'il avait sérieusement étudié le texie de Celse, et qu'il devançait ses contemporains dans l'interprétation de l'écrivain romain. Les chirurgiens de cette époque qui croyaient pratiquer la méthode de Celse , n'en étaient que des interprètes infidèles, etils,ne lui empruntaient que le hasard de l'action chirurgicale. Ramener le calcul en saillie vers le périnée, à l'aide du doigt introduit dans l'intestin rectum, telle était la manœuvre qui paraissait la plus importante. On se souciait un peu moins de suivre le précepte de Celse sur la direction à donner à l'incision, et c'était la saillie du calcul qui guidait l'opérateur, bien plus que la règle étabUe par le chirurgien romain. Marianus interprétait plus exactement l'intention de Celse , et les mots recta plagâ, cornibus ad coxas spectantibus paululiim, avaient pour lui leur signification véritable, qui ne leur a été restituée que dans ces derniers temps par Chaussier et Ribes et par Dupuytren, l'inventeur de la taille bilatérale. Quoi qu'il en soit, il est évident que Marianus attache une grande importance à la direction longitudinale pratiquée pour arriver à la vessie , et qu'il l'ojîpose à la direction transversale, pour faire mieux ressortir les avantages qu'il lui attribue.

Un autre caractère de la taille de Marianus consiste dans l'emploi de Vitinerarium pour pratiquer l'opération. Cet instrument, qui n'est autre chose que le cathéter cannelé, réalise un véritable progrès dans l'opération de la taille : c'est un guide sûr pour atteindre le canal de l'urètre et la vessie, et il n'en est pas fait mention dans les écrits antérieurs sur l'art d'extraire la pierre de la vessie. Cet instrument était inconnu à Celse ainsi qu'à ses imitateurs, et il a fallu l'inventer, pour ainsi dire, une seconde fois, lorsque

frère Jacques de Beaulieu mettait en pratique les premiers procédés empiriques qui devaient aboutir plus tard à la régularisation et à l'adoption de la taille latéralisée. On sait que Méry et Maréchal firent subir une correction au cathéter plein dont se servait le moine lithotomiste, et qu'ils lui conseillèrent de faire pratiquer une cannelure au conducteur solide qu'il employait et qui l'exposait à s'égarer lorsque , après avoir incisé le canal de l'urètre, il devait diviser la vessie. L'emploi deVitinerarium^ dans la méthode de Marianus, complétait les avantages de l'incision médiane et guidait invariablement l'opérateur vers la cavité vésicale.

Mais là finissaient la précision opératoire et le progrès sur les méthodes antérieures. Le mode cystotomique de Marianus devenait compliqué et imparfait , à dater du moment où le chirurgien avait atteint et ouvert la vessie. Cette agglomération d'instruments et surtout Yaperiens^ ]e forceps et les duo latera substituaient la violence à l'action graduée et régulière , le hasard à la précision , la déchirure et la contusion à la section nette et limitée, qui seule pouvait rendre l'opération rationnelle, et 11 en résultait cette série d'accidents dont il est facile de se rendre compte et qui devait nécessairement compromettre le sort et l'avenir de cette méthode opératoire.

B. Période française, — Toutefois, malgré ces imperfections, cette méthode eut un règne assez long ; mais son histoire présente cette singularité que son champ d'exercice a été très-limité. Née en Italie , elle fut importée en France, où la famille chirurgicale des Coloten fit une sorte de^propriété patrimoniale et réussit d'autant plus étrangement à protéger cette usurpation par le secret, qu'il était facile, en remontant à la source de cette opération chirurgicale , d'en trouver la description dans le livre trop oublié de Marianus. On pouvait même, sans se donner- la peine de faire venird'Italie le libellns aureus ou d'aller dans cepays chercher une instruction pratique , trouver dans les écrits de quelques chirurgiens français des indications suffisantes. Trente-six ans après la publication du traité de Marianus, Franco * avait reproduit la description du grand

1 Traiié des hernm. h^oi\y\^\.

appareil ; AmbroiseParé, contemporain des Colot depuis François I^' jusqu'à Henri IV, l'avait aussi décrit et recommandé. Malgré cette facilité de connaître la manière d'opérer, la taille était réputée une opération si grave et si spéciale , que les chirurgiens hésitaient à l'entreprendre et que, pendant près de cent ans, la méthode de Marianus fut généralement ignorée, ou plutôt fut entourée par les Colot d'un mystère qui donnait à penser qu'il s'agissait de quelque mode opératoire inconnu et dont ils étaient les seuls possesseurs.

La pratique exclusive de la taille médiane par les Colot , constitue la seconde période de son histoire. Un praticien de Rome , nommé Octavien de Ville, et qui tivait reçu des leçons de Marianus Sanctus, s'était fait une si grande réputation vers le milieu du XVI® siècle , qu'on l'appelait au loin et en France même. Il eut occasion de connaître pendant ses pérégrinations chirurgicales, Laurent Colot, qui habitait la petite ville de Tresnel, près de Troyes. Il lui fit connaître sa manière de tailler, et Colot en profita si bien qu'il acquit une renommée fort étendue. Henri II créa pour lui , en 1556, la charge de lithotomiste du roi; la même faveur fut successivement octroyée à trois de ses descendants, qui possédaient seuls le secret * . Le dernier d'entre eux, nommé Philippe, était attaché à la personne de Henri IV. Surchargé par les occupations exclusives de sa profession de Hthotomiste , et accablé d'ailleurs par la maladie dont il guérissait les autres , il se vit dans l'obligation d'associer à ses connaissances et à sa pratique , Restitut Gyrault et Séverin Pineau, qu'il fit entrer dans sa famille pour mieux garder le monopole de sa méthode ; il fit épouser au premier sa fille , à l'autre sa cousine , les chargea d'instruire son propre fils encore très-jeune , et s'adjoignit en outre Jacques Gyraull, fils de Restitut.

Cette combinaison , qui devait faire supposer la possession d'un secret

^ Les Colot pratiquaient aussi la taille chez les femmes , mais sans entourer leur méthode du même mystère. Ambroise Paré dit les avoir vus manœuvrer plusieurs fois ( livre XVII , chapitre XLIX ) et il ajoute : « que maître Laurent Colot et successivement ses deux enfants, étaient les plus parfaits ouvriers en leur vacation qu*il fût possible de trouver de son temps , et que par cy-devant il y en a eu bien peu de tels. »

bien avantageux, et qui garantissait tous les profits à cette dynastie chirurgicale, faillit échouer par les soins d'André du Laurens, professeur de Montpellier et premier médecin de Henri IV.

Du Laurens, convaincu qu'il était de son devoir de ne pas laisser à quelques privilégiés un secret qui intéressait l'humanité, et voulant qu'on formât des opérateurs pour guérir les calculeux , usa de son influence auprès du roi pour faire créer un enseignement de la lilhotomie. Henri IV ordonna à Séverin Pineau de choisir dix jeunes chirurgiens et de les instruire, en lui promettant une récompense convenable. Séverin Pineau s'engagea par un contrat, passé avec le duc de Sully et les échevins, à remplir sa tâche avec honneur et bonne foi ; mais cet engagement ne porta pas ses fruits : Séverin Pineau mourut prématurément. Les élèves n'avaient sans doute eu le temps de rien apprendre , et Restitut Gyrault resta encore le seul possesseur de la méthode lithotomique. Ce chirurgien acquit rapidement une renommée étendue, qui le fit apprécier même en Italie, qui avait été le berceau de la nouvelle méthode*. Gyrault ne fournit pas une longue carrière; il mouinit à Évreux en 1656, après avoir eu pour élèves son propre fils qui lui survécut peu de temps , et son beau-frère , dernier fils de Philippe Colot. Celui-ci , nommé Jérôme, continua à exercer habilement les fonctions de lithotomisle. ÉtabH d'abord à Bordeaux, il était venu résider à Paris, où il s'était montré, dit Guy Patin ^, lithotomus expertus sed nondum tantœ famœ quantum voluisset. Néanmoins, il avait eu, assure-l-on, le courage de tailler son père et le bonheur de le guérir '. Malgré ce témoignage de confiance dans sa méthode opératoire, la faveur royale était déjà disputée aux heureux exploitateurs de la taille de Marianus, et un incident

^ 11 avait été appelé à Bologne , en 1642, pour tailler le cardinal Chisi , qui , peu de temps après , fut élevé à la papauté , sous le nom d'Alexandre VII.

2 Lettre à Falconnct, 3 janvier 1659.

' Ce fait est mentionné par Haller, dans sa Bibliotheca chirurgica, tom. H, pag. 112.

Sénac dit qu'il concerne François Colot, dernier du nom . et qui se fil tailler par son fils ; mais, comme François Colot ne dit rien dans son ouvrage, ni de son fils, ni du fait, il est h présumer que Sénac s*est trompé.

vint ravir aux Colot le prestige dont ils jouissaient depuis plus d*un siècle en qualité de lithotomistes.

Colot opérait gratuitement, mais toujours avec mystère, les calculeux qui se présentaient à la Charité et à l'Hôtel-Dieu de Paris ; les chirurgiens qui gagnaient maîtrise dans ces hôpitaux, firent quelques ouvertures au plancher entre deux solives , au-dessus de la chaise où on plaçait les malades qui devaient être taillés, et, en épiant l'opérateur, ils surprirent ses procédés. L'étonnement fut voisin de la mystification, lorsqu'on reconnut que les Colot avaient exploité si longtemps l'idée d'un autre ; que leur méthode opératoire n'était autre que le grand appareil de Marianus Sanctus , et qu'ils n'avaient fait que des modifications peu importantes, soit au nombre , soit à la forme des instruments décrits par le chirurgien italien. Ils s'étaient bornés à supprimer les deux latéraux, à remplacer les conducteurs et le bistouri de Marianus par d'autres conducteurs et par un lithotome semblable à une lancette. Ils avaient conservé la sonde, le grand dilatateur et les tenettes, en supprimant le lien qui servait à maintenir les anneaux rapprochés.

A dater du moment où les mystérieux procédés des Colot avaient été divulgués , c'est-à-dire, vers le commencement du XVII*» siècle , la taille par le grand appareil était rentrée dans le domaine de la chirurgie ; mais la prédominance lui était toujours vivement disputée par la taille au petit appareil. Franco avait, d'ailleurs, émis la première idée de la taille pardessus les pubis, et, d'une autre part, les essais heureux quoique grossiers, de frère Jacques, annonçaient l'avènement d'un autre progrès. Toutefois, bien que plusieurs opérateurs eussent imité les Colot ou eussent tenté des méthodes nouvelles, ceux-ci étaient encore très-renommés pendant la première moitié du XVIP siècle. Jérôme Colot surtout exerça longtemps sa profession ; il mourut en 1684. C'est avec lui que finirent les privilèges accordés par le roi. Il ne put obtenir pour son fils la survivance dans la charge de lithotomiste ; cette position échut à Tolet, qui avait su plaire à Louis XIV.

La défaveur des Colot tourna au profit de la science et sembla inspirer à leur dernier descendant , François Colot , l'idée de réparer le tort que ses prédécesseurs avaient assumé en accaparant une méthode cysto-

tomique à leur profit. Il ajouta la gloire scientifique , qui est la véritable , à celle d'opérateur, dont ses ancêtres s'étaient contentés. Ses contemporains s'accordent à justifier la réputation particulière qu'il s'était acquise par l'étendue et la précision de ses connaissances en médecine et en chirurgie; mais ce qui le recommande surtout aux yeux de la postérité, c'est qu'il a complété la divulgation de la méthode adoptée par sa familllc. Il avait tenté, pendant sa longue carrière de lithotomiste , de créer un enseignement spécial pour cette opération, et le roi avait chargé Colbert de la fondation de cet établissement ; mais divers motifs , que le zèle de F. Colot ne put neutraliser, firent échouer ce projet. Colot chercha du moins à faire connaître les résultats de sa pratique et celle de ses ancêtres ; vers la fin de sa vie , il réunit les matériaux d'un ouvrage * dont l'apparition posthume n'empêcha pas le succès. C'est par les soins de Sénac que cet ouvrage fut publié , en 1727 , plus de vingt ans après la mort de l'auteur. Sénac se montre prodigue d!éloges envers Colot, sans doute pour se mettre plus à l'aise en blâmant sa méthode cystotomique, à laquelle il préfère la taille sus-pubienne. Le livre n'en fut pas moins estimé; on le regarde, sinon comme fixant le choix des chirurgiens, du moins comme un legs important fait à la science , et près d'un siècle après la mort de Colot , Deschamps le qualifiait d'ouvrage à jamais précieux et que tous les lithotomistes doivent longtemps méditer.

Cette publication termine honorablement la carrière que les Colot ont fournie dans l'art de la litholortiie, et rachète en quelque sorte leur pratique mystérieuse et intéressée. Quant à cette pratique elle-même, elle a été diversement jugée. Gaspard Bauhin, qui avait suivi les leçons de chirurgie de Séverin Pineau , l'un des associés de la famille Colot , préferait de beaucoup à leur méthode celle du haut appareil d'après le procédé deRousset ; il accorde même la supériorité à la méthode de Celse sur le grand appareil , et affirme que cetle dernière opération se pratique avec des instruments nuisibles, qui déchirent cruellement la vessie au

' Traité de l'opération de la taille , avec des observations sur la formation de la pierre et les suppressions d'urine, in-iâ, 1727.

périnée ' . Malgré cette impression , révélée par l'un des élèves de renseignement avorté de Pineau , la plupart des témoignages sont favorables à la pratique des Colot, et tout porte à penser que , par leurs succès multipliés, ils ont rendu des services réels , à une époque surtout où l'art d'extraire la pierre de la vessie , étant considéré comme la partie la plus difficile de la chirurgie , n'était que le partage du plus petit nombre. On a vu que Paré, contemporain de Laurent Colot et de ses fils, citait en exemple leur habileté ; et cette qualité s'était si bien perpétuée, que Guy Patin ^, dont on connaît l'esprit satirique , n'a trouvé que des expressions favorables pour la plupart de ces opérateurs , notamment pour Philippe Colot; et que Charles Perrault' disait encore à propos du même chirurgien, que, pour des hommes pareils, les éloges autrefois n'auraient pas suffi, mais qu'il aurait fallu leur élever des statues. Nous nous bornerons à conclure de ces éloges , probablement exagérés , que la méthode opératoire qu'ils suivaient, leur permettait d'obtenir beaucoup de guérisons, et, qu'en conséquence, cette méthode mérite une révision; ce qui est le seul point qui ait droit de nous intéresser *.

C. Période moderne.— L'histoire de la taille médiane ne se termine pas avec les Colot ; mieux connue et adoptée pendant le XVIP siècle par plusieurs chirurgiens éminents de celte époque , elle était la méthode familière de Tolet et de Méry. Plus tard , elle était habituellement mise

* Inperinœoplures insignes venœ, arteriœ^ fibrœ, nervi, musculi, sphincter ^ vasa spermatica et ligamenta occurrunt quœ in quœrendo, incidendo , dilalando, autpotius creduliter ipsamvesicam inperinœo , pliirimis noxiis instrumentis dilacerando facile et quidem non sinepericuh offendi possunt. -^In Rosselum, sect. III, pag. 58. Basile©, 1582.

2 Guy Palin s'exprime ainsi: a M. Colot, ce grand et excellent lithotome ^ est mort àLusson en Poitou ; il élail allé tailler un huguenot, près de la Rochelle ; il y est mort d'une dyssenterie . • Lettre CXI.

' Eloges des hommes illustres du XVii« siècle.

* On consultera avec intérêt , sur la famille des Colot, les Lettres de Guy Patin, l'ouvrage sur VOrigine et les progrès de la chirurgie en France , attribué à Quesnay ; le Traité de Deschamps sur la Taille et surtout l'ouvrage de François Colot. Nous avons dressé , d'après des recherches assez multipliées, le tableau suivant , qui donnera une idée du règne de cette famille , qu'ont te

en pratique par Maréchal, Morand et Saviard. Boudou et Ledran la pratiquaient aussi, après lui avoir fait subir quelques modifications qui rappelaient rinfluence de la taille latéralisée, alors dans son évolution. Dans différentes contrées de la France , elle était aussi adoptée. Noël à Orléans, Covillard à Montélimart , Bardet à Chartres , Sarrau et Lapeyronie à Montpellier, préféraient encore le grand appareil à la méthode de Celse. Lapeyronie, transporté à Paris, où il devait fonder l'Académie de chirurgie, continuait à opérer par cette méthode.; mais c'est surtout Maréchal qui s'appliqua à la perfectionner, en diminuant le nombre des instruments et surtout en agrandissant l'incision urétrale, qui rendait ainsi inutile le développement forcé du passage à l'aide des dilalatoires.

On peut dire qu'à dater de ce moment, cette taille mérita de perdre le nom de grand appareil, pour prendre le nom moins effrayant et plus scientifique de taille médiane ;el c'est après ce perfectionnement qu'elle eût mérité de se généraliser dans la pratique. Mais la simplification proposée par Maréchal coïncidait précisément avec le moment où la manière de tailler de frère Jacques , mise à l'étude par les chirurgiens progressifs du XVIII» siècle, recevait ces nombreuses modifications , peut-être trop religieusement signalées dans les traités classiques sous le nom de procédés des

surpris de voir presque oubliée dans V Index funereus chirurgorum Parisiensium , de Devaux : Laurent Colot , élève d*0clavien de Ville , nommé lithotomiste

du roi , en 1556 ; mort en i595.

— Colot , premier fils de Laurent ; mort vers 1610.

— Colot, second fils de Laurent ; mort vers 1625.

Philippe Colot , petit-fils de Laurent ; ; . mort en . ^ . . . . . 1656,

Séverin Pineau , cousin de Philippe ; . . . . mort en 1619.

Reslilut Gyrault, gendre de Philippe ; "mort en 1656.

GyrauU, fils du précédent; mort vers 1660.

Jérôme Colot , fils de Philippe ; mort en 1684.

François Colot, fils de Jérôme; mort en 1706.

On ne doit pas comprendre dans ceUe famille, Germain Colot, qui aurait pratiqué, veis le milieu du XV® siècle, une opération de néphrolomic ou de gaslrolomie sur un franc-archer de Meudon , condamné à mort , lequel aurait obtenu la rémission de sa peine en se soumettant & l'opération. — La nature de celte opération et le nom même du chirurgien auquel elle est attribuée , sont l'objet de doutes légitimes.

tailles latérale et latéralisée , et pendant que d'autres luttaient en faveur de la taille hypogastrique. La taille médiane fut oubliée jusqu'à Deschamps qui, sans la pratiquer, n'osa la décrier, et fut conduit même à l'exonérer de la plupart des reproches qu'on lui adressait plutôt par habitude que par conviction.

La taille latéralisée ne put cependant , malgré la faveur dont elle jouit, exclure toute autre tentative , et au commencement de ce siècle on proposa encore de revenir aux incisions verticales ou horizontales en forme de croissant; on attaqua la vessie par le rectum ; enfin, on renouvela des tentatives très-variées pour l'extraction des calculs vésicaux. Parmi les essais relatifs à la taille médiane , on doit remarquer surtout ceux de Vacca-Berlinghieri *, qui, après avoir publié trois mémoires sur la taille recto- vésicale, consacra le quatrième à l'étude de la taille périnéale médiane chez l'homme et de la taille vagino-vésicale chez la femme, et rapporta plusieurs observations favorables et concluantes. Guérin ^ de Bordeaux, quipratiquaitla chirurgie au commencement de ce siècle, faisait la taille médiane en deux temps , et paraît avoir compté de nombreux succès. Jameson ' incisait les parties presque sur la ligne médiane. Cette taille, qui a mérité aussi les éloges de M. Balardini en Italie, a été spécialement adoptée par M. Clôt *, qui dit l'avoir fréquemment pratiquée en Egypte. Mais ces tentatives ont donné des résultats trop peu remarqués, soit en raison du long anathème qui pesait sur la taille au grand appareil , soit parce qu'ils ont été voilés par le retentissement donné à d'autres innovations proposées pour le traitement des calculs urinaires , notamment à celles qui concernent la taille bilatérale avec le patronage de Dupuytren , ou l'avènement de la lithotritie qui a fixé l'attention générale.

Ce n'est guère qu'à la clinique de Montpellier que de nouveaux essais de taille médiane ont été repris et jugés avec une certaine faveur. Ces essais datent à peu près de 1840. Lallemand, après avoir été successi-

< Délia lithotomia nei due sessL Quarta memoria. Pisa , 1825.

3 Thèse de H. Treyeran; Parallèle des différentes méthodes, etc,, in-8o,

• Cité par M. Velpeau; Méd. opérât,, pag. 504.

^ Compte-retfidu , etc., pag. 4 , 1832.

vement adepte fervent de la taille bilatérale et de la taille hypogastrique , avait à peu près complètement abandonné ces deux modes cystolomiques. Dans les derniers temps de sa carrière chirurgicale , il leur préférait la lithotritie, et quand il croyait cette dernière opération contre-indiquée, il pratiquait une taille mixte, qui était médiane dans l'incision extérieure depuis la peau jusqu'à l'urètre, et bi-oblique dans le débridement prostatique. Serre avait plus franchement adopté la taille médiane proprement dite; il l'exécutait d'après le procédé de Maréchal et la recommandait spécialement comme mettant à l'abri de l'hémorrhagie. Nous avons constaté nous-mème de beaux succès dans la pratique de notre ancien collègue. Nos propres essais datent de 1849 : nous en donnerons le récit détaillé.

Nous devons signaler enfin une reprise tout à fait récente de la taille médiane en Italie. Adoptée parle professeur Rizzoli, de l'Université de Bologne , cette opération paraît lui avoir donné des résultats assez satisfaisants pour qu'il l'ait vantée à divers titres \

Le petit nombre de ces essais ne saurait être considéré comme un retour marqué ou suffisant vers la taille médiane. A Paris et dans la plupart des autres centres d'action chirurgicale, il ne s'est encore m^anifesté aucune tendance en faveur de cette méthode. Il suffit de jeter un coup d'œil sur les traités les plus estimés et les plus récents de médecine opératoire, depuis l'important ouvrage de M. Velpeau jusqu'aux manuels de MM. Malgaigne, Sédillot et Alp. Guérin,pour se convaincre que l'opinion générale n'a fait aucun pas vers la taille médiane. On se contente de déclarer qu'elle est depuis longtemps abandonnée , sans prendre même la peine de justifier celte défaveur devenue traditionnelle. L'indifférence que l'on professe à cet égard s'*évanouira-t-elle ? L'avenir en décidera ; mais nous y trouvons du moins de quoi justifier la relation détaillée des faits que nous avons observés et qui expriment des résultats encourageants.

* Voyez le Compte-rendu des séances de l' Académie des sciences et lettres de Montpellier ; par M. le D' Saurel. ^ Revue thérapeutique du Midi.

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