‹ Tribut à la chirurgie; ou, Mémoires sur divers sujets de cette scienceChapitre 34 sur 54 · DES HUMEURS DE L'ŒIL · texte numérisé non relu

DES HUMEURS DE L'ŒIL

Les états morbides que nous décrivons sous ce titre , sont peu connus ou mal indiqués. Ils nous paraissent mériter cependant une mention spéciale. Nous avons consigné nos premières observations sur ce sujet , il y a environ dix ans, dans les Annales d'ocutistique et dans les Archives générales de Médecine. Les faits qui se sont présentés à la clinique de Montpellier depuis cette époque, ont confirmé ceux que nous avons déjà publiés. Nous n'aurons à leur annexer que quelques documents complémentaires et justificatifs.

Parmi les accidents qui compliquent l'opération de la cataracte , il en est de si importants qu'ils ont attiré , d'une manière presque exclusive, l'attention des chirurgiens. Les résultats des divers modes opératoires , examinés au point de vue des dangers respectifs que chacun d'eux fait courir aux malades, devaient surtout préoccuper les hommes de l'art. Aussi , lorsque l'on consulte les ouvrages que la science possède sur cette matière, on ne tarde pas à s'apercevoir que leurs auteurs ont décrit, avec une préférence évidente , l'issue du corps vitré et la hernie de l'iris après l'extraction du cristallin , la réascension de cet organe après l'abaissement, la compromettante lenteur des résultats après le broiement, enfin

rinflammation oculaire qui*survient fréquemment dans les trois cas. Les autres accidents n'ont été signalés qu'avec des développements moins nombreux. Il est surtout une complication, rare il est vrai , mais qui peut se manifester après tous les modes opératoires et sur laquelle on trouve à peine quelques remarques , bien que l'intérêt qui s'y rattache eût dû la préserver de l'inattention ou de l'oubli : c'est Vinsuf/isance de Vhumeur aqueuse.

Il est une autre affection longtemps considérée comme spéciale , aujourd'hui regardée avec raison comme très différente , suivant les cas, et qui se lie au sujet de ce travail. L'amaurose, jadis espèce morbide, aujourd'hui genre comprenant de nombreuses divisions et variétés, que les progrès de l'ophthalmoscopie tendent même à accroître de plus en plus ; l'amaurose, disons-nous, coïncide assez souvent avec des altérations de quantité de l'humeur vitrée et notamment avec sa diminution , qui produit une flaccidité particulière de Tœil. Cette altération, qu'on a attribuée à diverses causes et qui se présente avec des conditions ou des compHcations que l'anatomie pathologique de l'œil commence à dévoiler, mérite une attention nouvelle. Nous la signalerons sous le nom d'insuffisance de Vhumeur vitrée.

INSUFFISANCE DE l'HUMEUR AQUEUSE.

L'humeur aqueuse de l'œil a été pour la première fois décrite par Galien , qui n'ignorait point qu'elle peut se reproduire lorsqu'elle s'est écoulée à la suite d'une blessure , mais qui considérait ce phénomène de réparation comme très-rare '. Le rôle pathologique de cette humeur a

1 Voici les termes dans lesquels Galien exprime son éionnement au sujet de la réparation de rhumeur aqueuse : « Cœterùm incredibile quiddam née fieri vulgô iolilum in puero vidimus qui stylo in pupiilœ Iotjo fuerat compunctus. Nam cùm slatiin effluxitut aquoiUê humor , tune pupiUa ipsa minor est reddita , tune tota comea apparuit rugoiior, Cœterùm sanatut , posteà rutè vidii, coilecto icilieet paulatim eo qui effluxerat humore; vemm hœc rai a sunt,^ De tympt, cautisy lib, L cap, II.

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fort peu occupé les anciens chirurgiens. Paul d'Égine n'en fait aucune mention , et l'histoire de la science ne fournit à ce sujet que des documents assez stériles jusqu'au dix-septième siècle. On admettait cependant, d'une mafiière générale, que l'humeur aqueuse de l'œil se reproduisait avec facilité , lorsque des doutes furent élevés par un Milanais , nommé Borri ou Burrhus *. Ce personnage, moitié théologien moitié médecin, et un peu suspect à ses contemporains, adressa à Th. Bartholin une lettre qui obtint de la publicité, et dans laquelle il disserta sur la diminution spontanée ou accidentelle des humeurs de l'œil et sur les moyens d'y remédier. Ses idées et celles de Plempius ' , qui étaient fort analogues , n'obtinrent pas un long crédit et ne servirent qu'à préparer une sorte de réaction. Les observations recueillies par F. de Hilden, Tulpius, Mauchart, etc., et les résultats obtenus par une foule d'expérimentateurs dont on peut voir l'indication dans Haller ' , établirent des convictions opposées , et la possibilité d'une régénération prompte et facile de l'humeur aqueuse, après sa déperdition par une cause quelconque, fut si bien reconnue dans la science , qu'on n'a pas même songé depuis à s'assurer si ce phénomène était passible d'exceptions. Quelques rares documents ont seuls été fournis de nos jours. Ainsi, Maunoir^ a signalé sous le nom de flétrissure de la cornée , certains effets produits par la perte non réparée de l'humeur aqueuse ; toutefois l'exemple qu'on lui doit est incomplet, et, comme nous le verrons plus tard, il est plus utile à consulter en raison des incidents de l'opération, que par le jour qu'il répand sur la question qui doit nous occuper. D'autres observations relatives à Textrac- Uon de la cataracte, transmises par M. Raleigh % praticien aux Indes- Orientales , seraient plus directement afférentes à ce sujet ; mais à peine mentionnées dans les journaux ou les ouvrages anglais , elles ont été jusqu'à ce jour peu connues, et leur narration bien qu'intéressante ne saurait

< Dt artificio oeulorum htmores restiiuendi. Epist. ad Th. Bariholinum. Copenhague, 1669.

3 Ophthalmograpfna sive traciatio de oculi fabricâ^ etc. Loufain, 1659.

s ElmetUa pbf/iiol. , toœ. V, pag. 411 , in-4^.

« a» la aUaracU. Paris, 1833.

^ Voy. Mackentie ; Traité pratique det maladies des yeux, pag. 553,

tenir lieu d'une description exacte et complète de l'insuffisance de l'humeur aqueuse. Cette affection ne se manifeste d'ailleurs dans d'autres circonstances qu'après l'opération de la cataracte , en sorte qu'il m'a semblé utile de signaler encore ce sujet à l'attention des chirurgiens , en faisant connaître de nouvelles observations plus détaillées , autour desquelles se grouperont naturellement les remarques et les réflexions propres à les éclairer ou à les compléter.

L'humeur aqueuse exerce une influence reconnue sur les fonctions normales de l'œil , et son rôle n'est pas moins important dans l'état pathologique , à cause de la variabilité des rapports que l'augmentation ou la diminution de sa quantité peut établir entre l'iris et les parois des cham* bres oculaires. Cette humeur est-elle abondante , elle écarte l'iris de la cornée , augmente la tension et la convexité de celle-ci , et réduit son épaisseur ; elle contribue aussi à l'ampliation de la chambre postérieure en refoulant légèrement le cristallin ; mais cette action est beaucoup moins prononcée que la précédente , à cause de la résistance que le corps vitré oppose à la rétropulsion du cristallin. L'humeur aqueuse est-elle en petite quantité au contraire, l'iris se rapproche de la cristalloïde antérieure et de la surface concave de la cornée, ce qui influe sur la réfraction des rayons lumineux , et permet à des inflammations plastiques d'organiser des rapports permanents entre ces diverses parties. La quantité d'humeur aqueuse contenue dans l'espace pré et post-irien est donc loin d'être une circonstance indifl^érente , puisqu'elle réagit sur les fonctions de l'œil , qu elle modifie dans l'état sain et compromet dans l'état morbide.

Dans les conditions ordinaires , les chambres de l'œil ont une capacité assez régulière et susceptible d'être approximativement déterminée , en tenant compte de la circonférence de la cornée , de son rayon de courbure , de sa distance à l'iris et à la capsule cristalline , etc. Mais, comme la disposition des éléments de l'œil , en ce qui concerne la forme et la grandeur, est sujette à des variétés individuelles , la capacité des chambres oculaires ne saurait toujours être identique, et doit entraîner des variations correspondantes dans la quantité d'humeur aqueuse qui les remplit. Chez l'homme adulte celle-ci varie de 25 à 50 centigrammes. M. Garron

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du Villai*$ * dit s'être convaincu par des expériences attentives, que la quantité de cette humeur est de 8 à 12 grains (40 à 60 centigrammes) ; P. Du Petit* l'avait réduite à 4 ou 5 (20 ou 25 centigrammes), et M. Fricke% d'après des observations récentes faites sur des yeux de femmes , a obtenu un résultat beaucoup plus élevé. Ces différences ne doivent point surprendre : malgré l'harmonie qu'exigent les fonctions de l'œil sous le rapport de l'arrangement physique de ses parties , il en est de l'humeur aqueuse comme de la plupart des liquides du corps humain , dont la quantité ne peut être exprimée que par une moyenne et jamais par un chiffre absolu et constant.

L'humeur aqueuse est ordinairement répartie de manière à ce que la chambre antérieure en contienne les deux tiers, et la chambre postérieure un tiers. Cette disposition n'est pas la même à toutes les époques de la vie : chez le fœtus, par exemple , l'existence de la membrane pupillaire isole complètement la partie comprise dans la chambre antérieure, dont la quantité seule est appréciable. L'humeur aqueuse augmente après la naissance, ce qui semble nécessaire pour faciliter les mouvements de l'iris que l'impression de la lumière commencé à provoquer. Mais elle est proportionnellement moins abondante chez les enfants que pendant l'adolescence; aussi l'augmentation de convexité de la cornée, qui coïncide avec celle de l'humeur aqueuse, produit-elle souvent la myopie chez des adultes qui dans le premier âge n'avaient point éprouvé les effets de ce trouble visuel. L'humeur aqueuse diminue chez les vieillards et contribue à la presbytie. Diverses influences font varier temporairement sa quantité sur un même sujet, suivant les circonstances dans lesquelles il se trouve. Une légère stase sanguine vers la tête favorise son augmentation, ce qui s'observe quelquefois après le sommeil, après des lectures prolongées; le larmoiement facilite aussi son accumulation et la distension de la cornée. On observe encore des effets analogues dans les temps humides Les conditions inverses amènent un résultat contraire : dans les temps

1 Guide pratique pour Féludeet te traitement den maladies des yeux^ tom. I, pag. 150. > Mémoires de P Académie dêê sciences, 1723-1736. ' Enci/elopédiê anatomique, tom. V, pag. 710.

secs , la cornée est moins bombée, par suite d'une évaporalion plus rapide de la portion d'humeur aqueuse qui imbibe cette membrane et disparait avec les larmes à la face antérieure de Tœil. On sait qu'après la mort les signes de cette imbibition et de l'évaporation consécutive de l'humeur aqueuse sont d'autant plus sensibles, que la partie de ce liquide qui parvient à la surface libre de la cornée n'est plus remplacée par une sécrétion nouvelle. Indépendamment de ce phénomène tout physique , nous pourrions signaler encore telles autres circonstances qui pendant la santé influent sur la quantité d'humeur aqueuse, et déterminent des changements matériels ou fonctionnels assez évidents pour être observés et expliqués.

Si la quantité d'humeur aqueuse est sujette à des variations multipliées dans l'état physiologique , on comprend que, parmi les nombreuses affections de l'œil, plusieurs doivent avoir aussi pour conséquence l'augmentation ou la diminution de ce liquide. Diverses maladies de l'iris, et particulièrement les synéchies, effacent quelquefois complètement les chambres oculaires. Un volume considérable du cristallin produit un résultat analogue en refoulant l'iris en avant et l'appliquant sur toute l'étendue de la face concave de la cornée. Des épanchements ou des sécrétions morbides peuvent prendre la place de l'humeur aqueuse et en diminuer la quantité, en même temps qu'ils altèrent la transparence de la partie restante du liquide. L'humeur aqueuse devient au contraire plus abondante dans le staphylôme pellucide , dans l'atrophie du cristallin. Elle remplit tellement les chambres oculaires dans certaines formes d'hydrophthalmie, que cette accumulation peut être considérée comme une maladie distincte, comme une hydropisie essentielle comparable aux autres hydropisies et provenant d'une lésion fonctionnelle de la membrane de Demours. Notre intention n'étant pas de nous occuper de toutes les altérations de quantité essentielles ou symptomatiques dont l'humeur aqueuse peut être le siège , nous nous hâtons d'aborder l'examen des principales causes qui peuvent déterminer la perte de ce liquide et s'opposer à sa réparation. Parmi ces causes, l'opération de la cataracte et les actions traumatiques que l'œil est exposé à subir, soit accidentellement, soit par l'intervention chirurgicale, exercent une influence pré-

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dominante; mais il faut qu'à cette cause provocatrice se joigne une disposition du sujet qui entrave l'acte ordinairement si prompt de la reproduction de Thumeur aqueuse.

Causes. — On sait qu'une des conséquences des blessures de la cornée est l'issue de l'humeur aqueuse. Celle-ci est expulsée avec une certaine force par la réaction des enveloppes de l'œil; et cette expulsion s'opère parfois avec assez d'énergie pour que l'iris, entraîné avec le flot du liquide vienne faire saillie entre les lèvres de la plaie. La kératotomie pratiquée dans un but opératoire ne met pas toujours à l'abri de ce genre d'accidents , malgré les précautions méthodiques recommandées pour l'éviter. Il se produit surtout dans la kératotomie inférieure. Cette dernière opération a du moins pour résultat inévitable l'écoulement complet de l'hu* meur aqueuse, dont la partie rétro-irieune s'échappe librement par la pupille dilatée ou est entraînée par le cristallin au moment de sa sortie. Quelle que soit la cause des blessures de la cornée, et alors même qu'elles intéressent une grande étendue de son tissu, l'humeur aqueuse se régénère ordinairement avec facilité. Lorsque l'issue du liquide est continue, sa production peut devenir même fort abondante dans un temps donné, ainsi qu'on le voit dans qertains cas de fistules de la cornée. Mais ce phénomène, pour être habituel, est loin d'être constant; c'est ce qui ressortira des faits qui seront ultérieurement rapportés.

L'opération de la cataracte est une des causes qui font perdre le plus souvent l'aptitude sécrétoire de l'œil qui préside à la formation de ses humeurs. Une courte citation de M. Mackenzie * prouve que ce fait lui était connu, c On voit quelquefois, dit-il, l'introduction de l'aiguille à cataracte déterminer une inflammation qui détruit la faculté sécrétoire de l'œil, de sorte que la régénération des humeurs ne se fait plus, et l'organe se contracte. » Il est regrettable que l'ophthalmologiste expérimenté à qui nous devons cette remarque, ne l'ait pas appliquée à chacune des humeurs de l'œil en particulier, et ne l'ait appuyée d'aucune observation détaillée. Mais cette indication suffit pour démon-

< Ix>e.ci/.,G.Xni, sect. Xni.

trer que l'accident qui nous occupe s'est présenté dans le cours de sa pratique.

Des faits de ce genre ont dû se présenter aussi à d'autres praticiens, et l'on en trouverait probablement la preuve en dépouillant avec soin les observations détaillées qui concernent, d'une manière spéciale, les suites de l'opération de la cataracte. Mais il en a été probablement de ces faits comme de beaucoup d'autres qui , n'ayant pas eu le privilège de fixer l'attention, sont racontés avec une sorte d'indifférence et dont la signification n'est pas appréciée , bien que cependant leur existence ne soit pas difficile à constater. Quoi qu'il en soit , en recherchant des documents relatifs à cette question , j'ai retrouvé, ainsi qu'il a été dit au commencement de ce mémoire , quelques exemples qui , tout incomplets qu'ils sont, doivent être reproduits à titre de matériaux prépai*atoires pour la connaissance de l'insuffisance de l'humeur aqueuse. Un examen plus attentif des suites de l'opération de la cataracte fera rentrer l'accident désigné dans le cadre de la pathologie oculaire. Citons d'abord une observation de M. Raleigh '. Ce praticien dit avoir remarqué que le succès de l'opération de la cataracte était quelquefois compromis, chez les indigènes de l'Indoustan , par la débilité de la constitution ou par défaut de disposition à l'action inflamms^oire ; il raconte un fait en ces termes :

€ Un sujet d'environ 55 ans était affecté d'une cataracte lenticulaire dure qui fut extraite sans violence. Il ne s'écoula point d'humeur vitrée; la pupille , préalablement dilatée par la belladone , reprit sa forme circulaire, et les bords de la plaie de la cornée s'appliquèrent exactement l'un contre l'autre. L'œil sembla périr faute d'action ; les bords de l'incision restèrent en rapport. Cependant les chambres de l'humeur aqueuse ne se remplirent point; la cornée devint flasque, obscure, et graduellement opaque. Au bout de quelque temps, il survint un léger chémosis qui fut enlevé par quelques sangsues. Finalement le .globe oculaire s'affaissa. »

Bien que l'expression d'insuffisance de l'humeur aqueuse ne soit pas employée dans le récit de ce fait, et que l'auteur semble surtout préoc-

< loeo titaU.

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cupé du défaut d'action et de l'atonie générale du globe oculaire, M. Raleigh fait remarquer, sans équivoque, que les chambres de l'humeur aqueuse ne se remplirent point; il signale la flaccidité et l'obscurcissement de la cornée, ainsi que l'affaissement de Tceil. Or, nous prouverons plus tard que ces symptômes rentrent parmi ceux de l'insuffisance de l'humeur aqueuse; et bien que M. Raleigh ait négligé de signaler d'autres signes très-importants, il est impossible de ne pas reconnaître dans cet exemple des indications dont il était convenable de tenir compte. Pour appuyer nos propres observations de tous les aperçus propres à confirmer la réalité du genre d'accident que nous signalons à la suite de l'opération de la cataracte , nous devons rapporter aussi un fait qui appartient à Maunoir, et où se trouvent indiqués certains détails afférents à cette matière. Voici comment s'exprime le chirurgien de Genève * :

€ Le 6 octobre 1829, j'ai opéré l'œil gauche d'un malade atteint de cataracte , en faisant une incision en demi-cercle à la partie inférieure et un peu externe de la cornée , comprenant à peu près les quatre cinquièmes de sa circonférence. J'ai coupé la capsule du cristallin avec une aiguille à cataracte , et cette lentille est sortie au moyen d'un léger frottement. La pupille est restée d*un beau noir et parfaitement intacte. Mais les chambres antérieure et postérieure ne se sont pas remplies , et la cornée s'est affaissée et ridée : quelques bulles d'air ont pénétré dans la chambre antérieure et le malade n'a point vu. Ma première idée a été fort triste, et j'ai regardé cet œil comme perdu. Plus tard , j'ai conçu la pensée de remplir cette cavité: j'ai envoyé chercher de l'eau distillée que j'ai fait chauffer au bain-marie; puis renversant en arrière la tête du malade, que j'avais fais coucher sur le dos, j'en ai rempli ia cavité de la région orbitaire; je lui ai fait alors ouvrir les paupières; puis soulevant légèrement le lambeau de la cornée, l'eau a pénétré dans toutes les cavités accessibles de l'œil, et les plis de la cornée ont disparu. Le malade a tenu les yeux fermés pendant quelques minutes, et lorsqu'il les a ouverts j'ai trouvé celui que j'avais opéré dans l'état le plus satisfaisant. Il a eu le plaisir de distinguer nettement tous les objets qui lui ont été présentés ,

A Loco eitato*

aussi bien qu'après ropération la plus heureuse et la plus exempte de tout accident. Je dois faire observer qu'après l'introduction de l'eau , le malade éprouva une légère douleur, qui a persisté quelques heures; mais la guérison a été complète et sans autres entraves. »

Dans le cas qui vient d'être rapporté , l'humeur aqueuse s'était écoulée par une ouverture très-large faite à la cornée. Celle-ci en avait éprouvé un affaissement préjudiciable à la vision, et qui sans doute aussi eût fait obstacle à la cicatrisation régulière du lambeau cornéen. La reproduction du liquide ne fut pas assez prompte pour agir sur la cornée et rétablir sa convexité naturelle; aussi le chirurgien jugea-t-il nécessaire de faire parvenir dans la chan)bre oculaire un liquide propre à soutenir la cornée, et dont l'écoulement fût rendu difficile par la position donnée au malade. L'empressement avec lequel Maunoir se décida à remédier à l'insuffisance immédiate de l'humeur aqueuse , empêche de savoir si cet accident, au lieu d'être temporaire, se fût prolongé de manière à constituer une complication réelle et durable de l'opération ; mais il en signale au moins les effets immédiats. Au reste, à la manière dont Maunoir s'exprime à ce sujet, il y aurait lieu de croire qu'il l'a observé d'autres fois et dans des circonstances diverses; car, dans les réflexions annexées à son observation, ce chirurgien déclare qu'on rencontre souvent des personnes faibles et délicates chez lesquelles, après une opération bien faite d'ailleurs, le vide opéré par l'extraction du cristallin et l'écoulement de l'humeur aqueuse ne se remplit plus. Le défaut de réplétion , entretenu par la plaie de la cornée, peut persister après sa cicatrisation. L'iris vient s'appliquer à la surface concave de cette membrane , et il ne reste plus qu'une chambre oculaire rétro-irienne exclusivement remplie par l'humeur vitrée.

L'incision considérable de la cornée , nécessaire pour l'extraction du cristallin, et le vide qui succède à l'issue de cette lentille, expliquent la prédominance de cet accident après l'opération de la cataracte. Mais des lésions plus simples peuvent être suivies du même effet. J'ai vu quelquefois ce résultat survenir après une blessure accidentelle de la cornée, soit qu'une fistule se fût établie et eût, pour ainsi dire, épuisé l'acte de formation de l'humeur aqueuse, soit que l'iris eût adhéré au

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niveau de la plaie de la cornée, et que Thumeur aqueuse eût été insuffisante pour repousser en arrière ce diaphragme membraneux , et vaincre la faible résistance des adhérences encore molles formées pendant le travail de cicatrisation. En consultant des observations relatives à la kératonyxis, on trouve l'indication de résultats semblables ; mais la production de l'adhérence irienne a seule fixé l'attention des chirurgiens, et semble avoir voilé la part qu'il convient de faire à la sécrétion insuffisante de l'humeur aqueuse. Le manque de reproduction de ce liquide, loin d'être toujours la conséquence de l'adhérence irienne, peut précéder cette adhérence qui exige un certain temps pour se former. Si la reproduction s'opérait convenablement, l'iris serait écarté de la cornée par l'accumulation nouvelle de l'humeur aqueuse , à moins que la plaie ne fût large et béante , ce qui n'arrive pas dans la kératonyxis et à la suite des piqûres accidentelles peu étendues de la cornée.

Les lésions de la cornée transparente , exigées pour l'exécution de la pupille artificielle, peuvent agir également comme causes déterminantes de l'insuffisance de l'humeur aqueuse. Dans la corectomie surtout ce résultat est d'autant plus à redouter, qu'une partie de la surface sécrétoire de l'iris est supprimée, et que l'opération est souvent exécutée dans des cas où il a existé préalablement un grand trouble dans l'organisation de l'œil. Les plaies faites à la cornée pour Textraction de corps étrangers spontanément formés ou venus du dehors, rentrent dans la même catégorie étiologique, à laquelle il faut aussi rattacher les ponctions que l'on pratique quelquefois dans cette région pour donner issue à des épanchements sanguins, purulents et de toute autre nature.

Les solutions de continuité faites à la sclérotique dans le voisinage de la cornée transparente, en avant du plan tangent à la face antérieure du cristallin , et , en somme , dans les points qui correspondent à la chambre postérieure de l'œil , peuvent être suivies de l'écoulement de l'humeur aqueuse. Ainsi, dans la cataracte par abaissement ou broiement, opérée à travers la sclérotique, et, à plus forte raison, à la suite de l'extraction pratiquée à travers le tissu de cette membrane , l'humeur aqueuse peut s'échapper de l'œil et ne pas se reproduire , si la disposition du sujet est contraire à l'accomplissement régulier de cet acte réparateur.

402 IN$UFFISA)«eS

Cette disposition morbide est une condition préalable très-importAnte, puisqu'elle annule ou affaiblit Tacle réparateur de Thumeur aqueuse, qui paraît si facile dans les circonstances ordinaires. On est conduit à reconnaître son existence , lorsque Tinsuffisânce de l'humeur aqueuse se manifeste chez des sujets qui n'ont éprouvé aucun accident ou aucune blessure de l'œil capable de provoquer la perte directe de cette humeur. J'ai eu occasion d'observer le développement spontané de cette affection dans le cas ci-après :

Première Observation.

Inmffisance spontanée de l'humeur aquetue coïncidant avec le glaucome.

Un vieillard fut reçu en novembre 1845 à la clinique de l'hôpital Saint- Éloi de Montpellier, pour une affection glaucomateuse de l'œil gauche. Il existait chez lui un tremblement de l'iris, et l'humeur aqueuse, en quantité plus faible que la capacité des chambres ne le comportait, en remplissait seulement la partie inférieure. La cornée était flasque et avait perdu une partie de sa transparence, surtout à la périphérie, où TopacHé d<^passait l'étendue ordinaire du cercle sénile. Le malade avait éprouvé antérieurement des ophthalmies rebelles , pour la guérison desquelles on avait employé, peut-être jusqu'à l'abus, des frictfons mercurielles dans le voisinage de l'œil. Les signes de l'ophthalmie avaient disparu, mais la vision était à peu près perdue, et le fond de l'œil avait cette teinte verdâtre particulière au glaucome. Le séjour du malade à l'hôpital se prolongea , et l'examen de son œil fut assez souvent répété pour que plusieurs assistants aient été mis à même de vérifier l'état de cet organe. L'himieur aqueuse, insuffisante pour remplir la capacité conservée des chambres oculaires , passait facilement de la chambre antérieure dans la postérieure lorsqu'on imprimait des mouvements à la télé du malade, et semblait être la cause mécanique des oscillations de l'iris, que le ballotlement du liquide ramenait alteniativement en avant et en arrière.

La disposition morbide qui détermine la diminution ou s'oppose à la reproduôtion de l'humeur aqueuse , se réveille sous diverses influeoces qui altèrent évidemment la nutrition de l'œil. On connaît les expérieocef

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