SCENE X
RONALD ,puis TRILBY.
RONALD
Sont-ils simples , sont-ils simples î vouloir que je conjure un farfadet... je n'aurai pas grand peine à congédier un être fantastique qui ne loge que dans leur tête... Car , au fait , c'est une espèce de chimère... je ne crois pas à tout ça , moi , je suis une sorte d'esprit fort, surtout pendant le jour... la nuit , J3 ne dis pas... dans ces grandes salles du château... mais quand on a eu de l'esprit toute la journée , il est bien permis le soir d'être un peu... Où en suis-je réduit ?... conjurer les esprits pour vivre... Mais monseigneur m'a mis à la porte de son château, et il faut faire un métier... faisons donc quelques simagrées pour avoir l'air de conjurer le lutin< Microc y Satam j Hjpocrata, Génie ^ je t'ordonne, par mon pouvoir, de sortir de ces lieux sur lf-3harap.
TRILBY, derrière un pilier ^ au fond ^ éclate de rire.
Ah ! ah ! ah ! le vieil imbécille , ah ! ah. ! ah ! Trilhy. 2
RONALD, un peu déconcerté.
Heim ! qu'est-ce qui rit donc ?
TRILBY, riant.
Moi 5 qui au lieu de t'obéir, vais te tordre lecou.
RONALD j tremblant.
Hé ! qui êtes-vous ?
TRILBY, riant.
Le lutiu familier de cette cabane , Trilby.
RONALD
Comment! serait-il possible? un vrai lutin?
TRILBY , paraissant.
Oui , incrédule.
RONALD , cachant sa figure.
Ah ! je suis mort.
TRILBY
Ah! vieux pédant, tu ne m'attendais pas ici.
RONALD
Je connais celte voix... qui êtes-vous?
TRILBY
Regarde- moi !
RONALD
Je n'ose pas.
TRILBY
Je te l'ordonne !
RONALD , le regardant.
Ah ! morisieur , Alfred , mon cher élève... auriezvous échappé à la fureur des flots... vous êtes fièrement espiègle , toujours... vous noyer exprès pour me faire perdre ma place.
TRILBY
Comment! mon père t'a chassé, ah ! bien, tant mieux.
RONALD
Merci. Oui, monsieur, depuis le jour où nous nous embarquâmes pour voguer vers la cour de notre gracieuse reine Elisabeth, et où développiuil volie talent pour la natation , vous vous élançâtes dahs le liquide élément, moi, je suis sur le pave !
TRILBY
Et sous quel prétexte mon père a t-il eu la barbarie de te renvoyer?
RONALO.
Sons ]e prf^texto que n'y ayant plus d'élève au château , on n'avait plus besoin de précepteur.
TIULBY.
Il a de la logique mon père.
RONALD
Comme il m'a signiHé très-posîlivcraent de ne me repré^enier au chdteau que muni de mon élève, je ine saisis de vous , et je ne vous (quitte plus , vu que mon iulérêt Texige...
TRILBY
Comme le mien exige que je leste ici , je n'en bouge pas...
RONALD
Ah ! ça , dites-moi un peu ce que vous y faites .'*
TRILBY
Le lutin.
RONALD
Joli état pour un fils de famille !
TRILBY
e n'ai pas besoin de tes conseils , ^ai besoin de tes services.
RONALD
C'est ça, un maître es-arls, aggrégé de l'université d'Edenibuurg , va devenir le compère d'un petit sorcier de village.
TRILBY
Trêve à tes sermons^ et si tu dis un seul mot à Dougal ou à mon père...
RONALD
Quant à monseigneur volie illustre père, il saura toujours bien vous retrouver : car , il esl bon de vous dire qu'il a fait suspendre votre portrait, en manière de signalement , à la porte de la grande galerie du chdleau... avec une récompense promise à celui qui vcrns ramènera... et vous devriez bien me laisser gagner la récompense.
TRILBY
Si tu me trahis, je t'en réserve une dont tu te souviendras longtemps: je dirai à mon père que tu me laissai»
toujours sortir par la fenêrre, que tu avais une double clef de lacave^ et adieu ta pension de retraite!
TIONALD.
Mon cher élève , vous êtes bien mal élevé...
TRILBY
A qui la faute!...
Air : allemande de Mozarl.
RONALD , se radoucissant.
Venez avec moi, de ce pas , Chez votre illustre père , Et sortez de cette chaumière.
TRILBY
Je n'en sortirai pas.
Surtout, silence ! Ou bien crains ma vengeance.
RONALD
Mon intérêt Vous répond du secret.
{A part.) Quel déshonneur!
Voir, par la circonstance , ^
Sous la férule un pauvre précepteur.
( D'un ton suppliant ) Venez avec moi de ce pas ,
Chez votre illustre père.
Et sortez de cette chaumière.
TRILBY
Je n'en sortirai pas.
On vient. Songe à ce que je t'ai dit. (Il pousse Ronald vers la droite , et il rentre dans le cabinet, )