‹ Trimouillat et Méliodon, ou, La divine amitié!Chapitre 29 sur 47 · SCÈNE TROISIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME

ARTÉMISE et SYLVIE, les yeux au plafond.

La divine amitié!

TOURNEBOURNE, chantonnant.

Digne présent des dieux, doux charme des humains,

O DIVINE AMITIÉ, viens pénétrer nos âmes !

Qui vous a appris cette éloquente interjection ?

SV ENLE:

Je l’ai rencontrée dans une poésie de Coppée.

TOURNEBOURNE.

Oh! candeur! Du Copaïsme? Je me courbe dévotement. Saint Coppée, priez pour nous!

Saint Coppée, assistez-nous!

MÉLIODON, sévère.

Vous doutez donc de l’amitié ?

TOURNEBOURNE, avec désinvolture.

Un peu! comme de la vie future, de la fidélité des femmes, des programmes politiques et des prospectus financiers. L'amitié n’est bonne que comme spéculation. C’est un placement.

ARTÉMISE et SYLVIE, consternées.

OGGGÔGh! Le monstre! Quelle horreur!

TOURNEBOURNE.

Vous me tirez mes idées comme on tire le bouchon aux bouteilles, puis vous m'appelez monstre |

TRIMOUILLAT, flûté.

Vous connaissez pourtant l’anecdote du philosophe devant qui on niait le mouvement et qui répondit en se mettant à marcher. Voyez : voici sous vos yeux un quadrige d’amis authentiques.

TOURNEBOURNE.

Vous ignorez la fin de l’historiette : le philosophe se heurta à un caillou et tomba cul par dessus tête. Schopenhauer, un philosophe, môsieur, nie carrément toute véritable amitié et la relègue dans la fable.

MÉLIODON, dédaigneux.

Schopenhauer ? un pessimiste.

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