SCÈNE TROISIÈME
MÉLIODON, professoral.
Cicéron a fait un traité...
TOURNEBOURNE.
Mais oui, ce vieux phraseur, au pif grevé d’une verrue énorme, a fait un traité (solennellement) De Amicitia ! Comme saint Jean l’Evangéliste un traité du Paradis oùiln’avait jamais été.
SUEUTE
N'interrompez pas, Monsieur Tournebourne.
C’est peut-être aussi remuant que La Boëtie, et J'aime tant être remuée.
TOURNEBOURNE.
Remuée? Comme la mayonnaise et les drogues. Agiter avant de s’en servir.
Le repas est achevé. Tous sont
excités. Rosalie, qui a fini le ser-
vice, est restée à écouter au fond
de la scène, une serviette à la
main.
MÉLIODON , rouvrant l’album.
Voltaire a dit...
TOURNEBOURNE.
Monsieur de Voltaire maintenant? On ne lit plus ce raseur, sauf chez les francs-maçons, — dont je suis, sauf respect. Il est aussi inactuel que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
MÉLIODON, impérieux.
Voltaire a dit.
TOURNEBOURNE.
Dire et faire des bêtises est le propre des grands hommes et l’un des fondements des sociétés humaines.
MÉLIODON, despotiquement.
Voltaire a dit : « L'amitié est un mariage de » l’âme entre deux hommes vertueux. Les » méchants n’ont que des complices; les volup- » tueux ont des compagnons de débauche; les » intéressés ont des associés; les politiques » assemblent des factieux; les princes ont des » courtisans; (Haussant la voix, avec autorité) les
» hommes vertueux seuls ont des amis! »