SCÈNE TROISIÈME
TOURNEBOURNE, voix de tête.
Oh! ma Tante!
Totor est allé se placer près de
Titine et lui parle à l’oreille.
ARTÉMISE, animée.
Passe-moi l'album, Adolphe, que je lise aussi quelque chose. Je sais quoi.
MÉLIODON, lui passant l'album,
Voici, ma très chère épouse. et surtout mon amie !
ARTÉMISE, lisant avec lenteur et intention.
Qu'un ami véritable est une douce chose!
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ; I1 vous épargne la pudeur De les lui découvrir vous-même ; Un songe, un rien, tout lui fait peur
Quand il s’agit de ce qu'il aime.
Est-ce gentil? Croirait-on pas qu'on vous
chatouille ?
Totor et Titine disparaissent sans
bruit dans la cuisine.
TOURNEBOURNE.
Autant de l'amour, vous dis-je. C’est proba-
blement pour ça que Madame raflole de ces versiculets fadasses ? Moi je préfère l'amour tout cru. L'amour après l'amitié, c'est l’accessit après Je prix d'excellence LDC quRetTtenon taise?
ARTÉMISE, indignée.
Une foutaise ? De La Fontaine, Môsieur.
TOURNEBOURNE.
Ca ne m'étonne pas, 1l faisait parler les bêtes cet animal.
SYLVIE, agressive.
Tout ça ne vous dit rien?
TOURNEBOURNE, éméché.
Tout, mes seigneurs, ça me dit qu'il faut boire. Ca ne peut pas se passer sans qu'on trinque. Trinquer, c'est comme l'élévation à la messe, et boire comme la communion. Les curés flutent ainsi leur petit vin blanc. Levons nos verres (se dressant avec difficulté) et levons-nous nous-mêmes, Si nous pouvons. (Tous l'imitent.)