SCENE TROISIÈME
TOURNEBOURNE, chantonnant d’une voix de
rogomme.
L'amitié, mes amis, est une chose sainte!
Il faut en vers heureux la chanter aujourd’hui. De roses je voudrais avoir la tête ceinte,
Comme aux festins joyeux qu'Anacréon conduit!
Ils choquent les verres. Brusquement dans la cuisine un bruit de casseroles bousculées et d’as-
siettes cassées.
ARTÉMISE
Mon Dieu,"qu'est-ce que c'est que ça? Les enfants qui ont disparu. Vite, Rosalie, allez
voir!
Rosalie se précipite et sort.
TOURNEBOURNE.
Que ce vain tapage n'ait pas la puissance de
déranger les expansions de la Divine Amitié.
(Le bruit cesse. Se versant.) A elle, mes amis, à
elle ! (11 lève son verre.) Ad multos annos ! A tou-
jours! A toujours! (Un hoquet.) Prosit! (Il ingurgite.)
On entend dans la cuisine la voix
de Rosalie et les cris des enfants,
SYLVIE, avec inquiétude.
Mais qu'est-ce qui se passe? II me semble qu’on bat Titine. (Se levant.) Je veux y aller. ARTÉMISE.
Battre Titine! Rosalie, peut-être? Allons donc! Cette bonne fille.
SYLVIE
Bonne fille tant que tu voudras, mais je jure-
rais qu’elle la giffle. (Elle court à la cuisine.)
TOURNEBOURNE, désignant la porte par laquelle elle a disparu.
L'instinct maternel! Quelle démangeaison!
Avec la gale c’est ce qu'il y a de plus tenace et de plus gênant au monde.
Sylvie, Rosalie, les enfants ren-
trent en bousculade.
SYLVIE, criant à Artémise.
Tu vois que j'avais raison! Rosalie la gifflait!
TOTOR, pleurant.
C'est pas vrai. Personne ne l’a gifflée, C’est elle qui m'a gifflé, la sale gamine.