‹ Triomphe des libertés gallicanesChapitre 13 sur 51 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Ce que l'on doit conclure de la célèbre contestation qu'il j eut entre le pape saint Etienne et saint Cvprieu , touchant le baptême des hérétiques.

Cette fameuse question qui a fait tant de bruit dans l'église , fut solemnellement examinée quarante ans avant saint Cyprien , dans un concile tenu en Afrique par Agrippinus , évêque de Garthage. On y définit que le baptême des hérétiques étant nul , il fallait nécessairement qu'on rebaptisât tous ceux qui , après avoir abjuré leur hérésie , rentreraient dans l'église catholique (i).

Vincent de Lérins avance dans ses écrits que cet Agrippinus est le premier de tous les hommes qui , contre la coutume de l'église universelle , et contre le sentiment de ses confrères , a cru que l'on devait rebaptiser les hérétiques. Mais sauf l'honneur et le respect que l'on doit à ce grand homme , il est clair qu'il s'est trompé (2). Car outre que les évèques

(1) Cyprian. Epist. 71. ad Quint, et Epist. ad Jabaian. (a) Sanctus Cyprian. loco citato.

(l'Afrique cl de Numidic décidèrent avec Agrippinus la même chose d'un commun consentement , TertuJlicn , qui écrivit son excellent livre des Prescriptions contre les hérétiques , quatorze ans avant le concile d'Agrippinus , y dit fort nettement que leur baptême ne vaut rien. Il dit encore la même chose dans son livre du baptême quil écrivit avant qu'il fût tombé dans Thérésie des monlanistes. Clément Alexandrin , qui florissait dans le même temps , rejette aussi le baptême des hérétiques (i) ; ce qui fait voir que c'était là l'usage et la doctrine de l'église d'Alexandrie , la première et la plus illustre après celle de Rome. Ainsi , Agrippinus et les évêques d'Afrique et de Numidie , qu'il assembla dans son concile , pour décider cette question , ne sont pas ceux qui ont établi les premiers cette coutume et cette discipline , qui ordonne de rebaptiser tous les hérétiques qui rentrent dans FEgiise.

On me dira peut-être que ce qu'ont dit ces anciens auteurs ne doit s entendre que des hérétiques de leur temps , qui , blasphémant tous contre la très-Sainte Trinité, ne baptisaient pas au nom du Père , et du Fils et du Saint-Es-

(i) Anu. 9.00 Stroiuat.

— 9'' — prit , et que leur baptême était par conséquent nul ; ce qui est très-vrai. Mais la raison sur laquelle ils fondent la nullité du baptême des bérétiques , c'est qu'ils soiit étrangers à FEglisc et hors de son sein , et que tout commerce avec eux nous est défendu ; or cela montre manifestement que ce qu'ils disent doit s'étendre sur toutes sortes d'bérétiques présens et à venir, puisqu'ils sont tous hors de l'Église (i).

Or, comme assez long-temps après le concile d'Agrippinus , Novatien , qui fut le premier antipape , faisait rebaptiser les catholiques qui suivaient son parti contre le vrai pape Cornélius , la question touchant le baptême des hérétiques fut agitée de nouveau en Afrique , où l'on demanda s'il ne fallait pas aussi rebaptiser les novatiens schismatiques qui retournaient à l'Eglise (2). Saint Cyprien ayant sur cela assemblé le concile de sa province à Carthage , on y déclara que personne ne pouvant être légitimement baptisé hors de l'église catholique , il fallait nécessairement rebaptiser les hérétiques et les schismatiques , excepté ceux qui ,

(i) Tertull. de praRsc. et tle bapt.

(2) Littera synod. ad Episcop. Numidlrc, apiid Cypr. Epist. 70. #

ayant été baplîsés dans Féglisc catholique , s'en étaient séparés depuis , parce que le baptême qui avait été une fois bien donné , ne pouvait jamais se réitérer.

Les évéques de Numidie , qui avaient reçu le décret du concile dAgrippinus , ayant consulté saint Cyprien sur ce nouvel incident , reçurent aussi le décret du concile de Cartilage (i). Et pour le rendre encore plus authentique , saint Cyprien les assembla avec les évêques de sa province , dans un second synode où fut confirmé ce qui avait été défini dans le premier. Ce fut alors qu'on écrivit une épître synodique au pape saint Etienne , sur ce qu'on avait décidé dans ces deux conciles , savoir , que l'on devait rebaptiser tous ceux qui , étant hors de l'Eglise , avaient été souillés par le baptême des hérétiques et des schismatiques ; ce qui fut encore établi dans un troisième concile où les évêques de Mauritanie se trouvèrent avec ceux d'Afrique et de Nuniidie (2).

Le pape Etienne , quoique ses prédécesseurs ne se fussent pas opposés au concile d'Agrip-

(i) Idem Eplst. 73. ad Jubai.

(2) Cvpr. Epist. ^î. Aug. 1 6. r. do bapt^

^97 — pinus , et qu'ils eussent laissé les Afrirains dans la possession de leur coutume , crut devoir la condamner comme contraire à la tradition apostolique (i). Et li\ dessus il fit , en deux épîtres qu'il écrivit aux Africains , un décret tout contraire à celui de saint Gyprien et de ses trois conciles. Voici les propres termes du décret du pape , que nous avons dans les épîtres de saint Gyprien , car celles du pape saint Etienne ne sont pas venues jusqu'à nous : Si quelqu'un retourne à nous de quelque hérésie que ce soit , qu'on n'innove rien , et qu'on ne fasse que ce que la tradition ordonne ; c'està-dire , qu'on lui impose seulement les mains pour le réconcilier par la pénitence (2).

II n'y a rien de plus opposé que ces deux décrets , à les prendre à la lettre. Gelui de saint Gyprien veut qu'on rebaptise tous les hérétiques de quelque hérésie qu'ils reviennent , et tous ceux qui sont hors de l'Eglise , disant que ce n'est pas assez de leur imposer les mains. Le pape déclare dans le sien , que cela suffit ,

(i) Eusel>. Hist. 1. 6 , cap. ^.

[1) ApuJ Cypr. Epist. 74*

et défend de rebaptiser aucun hérétique (i). C'est ce que confirme saint Augustin , quand il assure en termes exprès , qu'Etienne ne voulait pas qu'on rebaptisât aucun hérétique , et qu'il était extrêmement irrité contre tous ceux qui le faisaient. En effet , Eusèbe remarque dans son histoire , que ce dont il s'agissait dans ce grand démêlé , était précisément de savoir s'il fallait rebaptiser ceux qui revenaient de quelque sorte d'hérésie que ce fût.

A la vérité , si l'on veut s'arrêter , sans admettre aucune explication , à ce que signifient naturellement ces termes d'Eusèbe , à quocumque liœresis génère , et ceux du décret du pape saint Etienne , si guis à quâcumque liœresi venej^it ad nos , nihil innovctur , nisiut manus ci imponatur in pœnitentiam , il semble d'abord que , comme saint Cyprien voulait qu'on rebaptisât généralement tous ceux qui avaient été baptisés par les hérétiques ; ce saint pape défendait , au contraire , de rebaptiser tous ceux que les hérétiques auraient baptisés. Et c'est aussi l'erreur que quelques-uns lui ont attribuée sur ces paroles , si quis à quâcumque

(i) Vide st. Aug. lib. 7. unie. Baptls. cap. 4* st. Cypr. Ep. ad Jub. etEuscb. 1. 7. cap. 1.

hœresi , qu'ils ont prises à la lettre et à la rigueur. Mais il faut avouer de bonne foi , que comme la tradition a toujours rejeté les baptêmes monstrueux de certains hérétiques qui , selon saint Epiphane , baptisaient de toute autre manière que J.-G. ne l'avait prescrit à ses apôtres , quand il leur ordonna de baptiser au nom du Père , et du Fils , et du Saint-Esprit. De même ce saint pape , qui rejetait avec saint Cyprien tous ces faux baptêmes, voulait seulement qu'on ne réitérât point le baptême conféré au nom du Père , et du Fils , et du Saint- Esprit , par quelque hérétique que ce pût être. Et certes , sans qu'il soit besoin d'alléguer d'autres preuves sur ce sentiment , cela paraît manifestement , ce me semble , par le témoignage de saint Augustin que je viens de citer : le pape Etienne croyait qu'on ne deçait point réitérer le baptcme de J.-C. dans aucun hérétique. Il ne s'agissait donc que du baptême de J.-G. , qui veut qu'on baptise au nom du Père , et du Fils , et du Saint-Esprit. Les Romains voulaient qu'il fût bon , par quelque hérétique qu'il fût conféré ; et les Africains soutenaient qu'il était nul , s'il était conféré hors de l'Eglise par les hérétiques ou les schismatiques. Voilà précisément en quoi consistait cette

grande controverse entre le pape saint Etienne et saint Cyprien , quoique le décret de ce pape ne soit pas exprimé si clairement que celui de saint Cyprien.

Or, ce décret que le pape fondait uniquement sur l'ancienne coutume de l'Église et sur la tradition des apôtres, ayant été apporté en Afrique , saint Cyprien s'y opposa de toutes ses forces avec tous ceux de son parti qui était trèsconsidérable. Outre les évêques africains assemblés dans trois conciles, après celui d'Agrippinus, il avait encore pour lui Firmilien, évêque de Gésarée en Cappadoce (i), et la plupart des évêques d'Asie qui avaient décidé comme ceux d'Afrique contrelebaptême des hérétiques, dans lesconcilesd'Iconium,deSynnadeetdeplusieurs autres villes de l'Asie. Les évêquesde Cappadoce, de Gilicie , de Galatie , de Phrygie et des autres provinces s'y étaient assemblés pour examiner cette question qui avait fait naître un si grand différend.

Denis, patriarche d'Alexandrie, homme d'un mérite extraordinaire, d'un rare savoir et d'une grande autorité, faisait aussi connaître mani-

(i) Aug. l. I. de Bapt. contra donat. Cypri- Ep. ^4? I^- Dionys. Alexand. apiul Euseb- 1. 7. hist.

— loi

fcstemcnt par ses écrits, qu'on ne devait pas entrcpremlre de condamner cette doctrine que les évoques d'Afrique et d'Asie soutenaient être parfaitement conforme à la sainte Ecriture (i). Ils disaient que, comme il n'y aqu'une foi, qu'une Eglise et qu'un baptême, celui-ci ne peut être hors de l'Eglise ; et que, comme les hérétiques ne pouvaient ni remettre les péchés, ni donner le Saint-Esprit par l'imposition des mains, ils ne peuvent pas non plus donner le baptême. Quant à la coutume qu'on leur opposait, ils niaient absolument que ce fût celle de l'ancienne église, et une tradition que l'on eût reçue des apôtres;* ils disaient au contraire que la leur était apostolique, qu'elle était la plus ancienne, et avait été observée de temps immémorial dans l'Église catholique.

Nonobstanttoutes ces raisons, le pape demeura toujours ferme dans larésolution qu'il avaitprise de faire observer son décret, jusque-là même qu'il retrancha de sa communion tous les évêques de l'Asie qui rie voulurent pas s'y soumettre. Il le fit, quoique Denis d'Alexandrie lui eût écrit fortement pour l'en détourner (2). Il

(1) Cyprian. Epist. 70, 71, 72, ^3, 74, ^5, 76. (1) Dionys. Alexand- apud. Euscb. 1. 3. cap. 4-

lui remontrait, pour l'appaiscr, que le pape GDrnélius et Tantipape Novatien, ayant écrit à ces évêques chacun de son côté , pour les attirer à son parti, ils avaient tous enfin condamné celui de Novatien et son hérésie, dans laquelle il soutenait que l'Eglise n'avait pas le pouvoir de réconcilier ceux qui étaient tombés dans l'idolâtrie pendant la persécution.

Le cardinal Baronius a conclu de ces paroles du saint patriarche, que ces Asiatiques avaient quitté leur opinion touchant la nullité du baptême des hérétiques. Mais c'est là sans doute un anachronisme évident et une manifeste contradiction à laquelle ce grand cardinal n'a pas eu le loisir de prendre garde. Car le patriarche Denis ne parle ici que de ce qu'avaient fait ces évêques sous le pontificat du pape Gornéliu&, et il prie Etienne , successeur de ce pape, de ne pas les maltraiter, pour le sentiment où ils sont, que le baptême des hérétiques est nul : eiix, ditil , qui sous son prédécesseur , ont condamné l'hérésie de Noi^atien. Y a-t~il rien de plus clair que le contre-sens que Baronius a pris sans y penser? et puis, Denis d'Alexandrie n'aurait eu garde d'appeler hérésie une opinion que luimême croyait bonne.

Firmilien donc et les Asiatiques demeurèrent

• — io3 —

toujours dans leur sentiment, aussi-bien que saint Cyprien, les Africains et leurs successeurs, jusqu'à la décision du concile plénier, comme on le voit manifestement en cent endroits, dans les livres qu'a composé saint Augustin sur le baptême , contre les donatistes. Je sais que saint Jërôme, dans son dialogue contre les lucifériens, dit que les évêques d'Afrique revinrent à l'ancienne coutume, en disant : Que faisons-nous? et qu'abandonnant saint Cyprien, ils firent un nouveau décret conforme à celui du pape saint Etienne : mais tous les savans demeurent d'accord que ce saint docteur, qui écrivit ce dialogue avant la plupart de ses autres ouvrages , avait tiré cela de quelques écrits apocryphes, comme celui qui a pour titre : La Pénitence de saint Cyprien^ qui fut déclaré faux et supposé, dans un synode tenu à Rome, soixante-quatorze ans après la mort de saint Jérôme. Car, enfin Ton voit tout le contraire dans les livres de saint Augustin, que je viens d'alléguer, dans l'épître de saint Basile à Amphilochius , et dans le huitième canon du concile d'Arles.

Que, si durant la vie du pape Etienne, il y eut tant d'évéques qui refusèrent d'obéir à son décret, il n'y en eût pas moins qui s'y oposcrent après sa mort. Car le patriarche, Denis d'Alexan-

— îo4 —

dric, écnvit en termes très-forts an pape Sixte, successeur d'Etienne, 1 exhortant à suivre une conduite semblable à celle de son prédécesseur, et à ne pas rompre , comme l'avait fait celui-ci, avec tant d'évêques, pour une coutume contraire à la sienne, puisqu'elle avait été approuvée dans plusieurs conciles (i). Saint Jérôme même, dans son traité des écrivains ecclésiastiques, qu il fit long-temps après son dialogue contre les lucifériens, assure que ce grand homme se déclara également pour la doctrine de saint Cyprien et des évêques d'Afrique, et qu'il écrivit sur cela plusieurs lettres qui paraissaient encore de son temps (2). Gela fit que les successeurs de Sixte vécurent en paix avec les évêques africains et les asiatiques, chacun suivant librement sa coutume et son sentiment sur cette question , sans qu'on y trouvât à redire, jusqu'à ce qu'un concile plénier eût prononcé souverainement sur ce point.

C'est ce que nous apprenons de saint Augustin, dans ses livres du baptême contre les donatistcs. Ceux-ci, qui commencèrent leur schisme contre Cécilien, évêque de Carthage, en l'année

(i) Euseb- 1. 7. hist. cap. 4-

(2} Vide st. Hiciou. de script, ecclesiast. in Dioiiys.

— io5 —

trois cent deux , produisaient sans cesse l'exemple de saint Cyprien (i), et des évcques ses confrères, pour justifier la conduite qu'ils tenaient aussi-bien qu'eux, en rebaptisant tous les hérétiques. Il est bien certain qu'ils n'eussent osé se servir de cet exemple, si saint Cyprien et ses évêques se fussent rétractés : car saint Augustin eût confondu sur-le-champ ces schismatiques, en disant que ces évêques avaient condamné leur premier sentiment. Il ne le fait pourtant jamais : au contraire, il avoue qu'ils ont toujours cru qu'il fallait rebaptiser les hérétiques (2); mais il ajoute qu'il leur était permis de le croire , et à tous ceux qui leur ont succédé, de douter de ce point qui était alors en controverse , et d'en disputer. Il y eut en effet beaucoup de conférences , de grandes disputes et de vives contestations de part et d'autre sur cela , Jusqu'à ce que l'Eglise eût décidé ce différend , et que tous se furent soumis à cette autorité souveraine. Saint Cyprien en aurait sans doute fait autant, dit saint Augustin , si toute l'Eglise eût de son temps prononcé sur ce point dans un

(1) Aug. 1. I. deBapt. cont.donat.

(i) Idem, lib. 1. deBapt. cap. y et i8.

— io6 —

concile plénier et général (i). Et parce que les donatistes ne voulurent pas se soumettre au décret de ce concile, ils ajoutèrent Thérésie à leur schisme.

Avant que de faire voir ce que le concile plénier a décidé sur ce sujet, il faut que nous fassions une solide réfutation sur ce que je viens de dire ; elle suffira pour nous faire connaître clairement cequel'antiquité a cru touchant l'infaillibilité du pape.

Voici donc un pape dont la mémoire est trèscélèbre dans l'Eglise, qui fait un décret par lequel il instruit tous les fidèles sur un point de la dernière importance, où il s'agit de la validité ou de la nullité du baptême, sans lequel on ne peut être sauvé. Par ce décret, il prétend obliger toute l'Eglise à croire qu'on ne doit point rebaptiser les hérétiques qui se convertissent; et il le prétend tellement, qu'il retranche de sa communion de grands évêques qui ne veulent point recevoir une telle décision. Néanmoins, saint Cyprien , tous les évêques d'Afrique , de Mauritanie, de Numidie, ceux de Cappadoce, de Cilicie, de Galatie et de Phrygie, Denis, patriarche d'Alexandrie , et les évêques de son pa-

(i) Ibidem, cap. 4 et 89.

triarcat, ne veulent point recevoir ce décret si solemnel du pape Etienne.

De plus, saint Augustin et tous les catholiques africains unis avec ce grand docteur de l'Eglise, contre les donatistes, disent qu'avant la décision du concile, qui ne vint que long-temps après le décret du pape, on pouvait librement, sans se séparer de l'unité de l'Église, tenir ce que saint Cyprien avait cru du baptême des hérétiques. Enfin, saint Anathase, Optât de Milève, saint Cyrille de Jérusalem, saint Basile et quelques autres qui ont écrit comme eux , après ce concile plénier dont parle saint Augustin, et avant celui de Gonstantinople , ont cru que Ton devait rebaptiser tous les hérétiques qui n'ont pas la vraie foi de la Trinité, et dont le nombre, dans les premiers siècles de l'Eglise, surpassait incomparablement celui des hérétiques qui croyaient ce grand mystère.

Ce ne sont pas là de simples conjectures dont on puisse douter : ce sont des faits incontestables. Il ne faut que des yeux pour les vérifier par la lecture des pièces que nous venons de produire. Concluons donc nécessairement, puisqu'on obéit au concile, parce qu'on savait qu'il est infaillible, et- qu'on ne voulut pas se soumettre au pape saint Etienne, que saint Cyprien, Firmilien

— io8 —

(le Césarée, Denis d'Alexandrie, saint Athanase, saint Optât, saint Cyrille de Jérusalem, saint Basile, saint Augustin et les évoques catholiques de l'Egypte, de l'Asie, de l'Afrique, sansparl&r de ceux qui, dans Tintervallede près de soixante ans qu'il y eut entre le pape saint Etienne et le concile, eurent la liberté de suivre le parti de saint Gyprien , ne croyaient pas dans le troisième, dans le quatrième et dans le cinquième siècle de l'Eglise, que le pape fut infaillible. Que peut-on répliquer à cela?

Consultons maintenantle concile dont il s'agit, ou plutôt les conciles qui ont prononcé souverainement sur ce point du baptême des hérétiques. En voici trois : premièrement le concile plénier, qui est le premier concile d'Arles où le pape saint Sylvestre envoya quatre légats dans l'année 3i4, fait ce décret au canon huitième, relativement aux Africains qui rebaptisaient tous les hérétiques : Si quelque hérétique retourne à l'Eglise, qu'on l'interroge, et si l'on voit qu'il ait étéhaptisé au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit , qu'on lui impose seulement les m^ains , afin qu'il reçoive le Saint-Esprit; mais s'il ne répond pas conformément au mystère de la Trinité, qu'on le rebaptise.

De plus, le grand concile de Nicéc, douze

— I09 — ans après, ordonne au canon neuvième qu'on rebaptise les paulianisles qui retournent à l'Eglise, parce que, comme le dit saint Augustin, ces hérétiques, disciples de Paul de Samosalhe , qui ne croyait point la Trinité ni l'incarnation du Verbe , ne gardaient point la forme du baptême pour baptiser au nom des trois personnes de la Trinité. Mais pour ce qui regarde les novatiens, qui baptisaient au nom de la Trinité comme les catholiques, le concile déclare qu'il suffit de leur imposer les mains.

Enfin, le premier concile de Constantinople, et le second général, veut pareillement qu'on rebaptise les montanistes , les sabclliens et autres semblables hérétiques , qui ne baptisaient pas au nom des trois personnes de la Trinité, contre laquelle ils blasphémaient; mais non pas les novatiens, les quarto-décimans,ni même les ariens et les macédoniens, parce que, malgré que ceux-ci n'eussent pas la vraie croyance que l'on doit avoir de ce grand mystère, ils baptisaient pourtant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit; ce qui, d'après saint Augustin, qui écrivait après le concile de Constantinople, suffit pour la validité du sacrement, quoique la foi de celui qui baptise ne soit pas pure. De sorte que, dit-il, si Marcion hantlsait en se

senant des paroles de t Evangile, au nom du PèreetduFils, et du Saint-Esprit, son haptcmc était bon, quoique cet hérétique, sous ces paroles, crut autre chose que ce qu'enseigne l'Église catholique{\).

Cela posé, il n'y a plus qu'à comparer ces décrets des conciles avec ceux du pape saint Etienne et de saint Cyprien. Ce pape veut que, si quelqu'un revient de quelque hérésie que ce soit, on lui impose seulement les mains, sans le rebaptiser : 5/ quis à quâcumque hœresi, etc. Saint Cyprien, dit au contraire, que si quelqu'un revient de quelque hérésie que ce soit, il doit être rebaptisé. Voilà les deux extrêmes directement opposés l'un à l'autre. Ces trois conciles tiennent le milieu , en expliquant l'un et en condamnant l'autre. Ils ne veulent pas qu'on rebaptise les novatiens et les autres hérétiques qui baptisent au nom des trois personnes de la Trinité , et ils tiennent le baptême bon et légitime, selon la vraie tradition apostolique. Mais ils veulent aussi (2) absolument qu'on rebaptise les paulianistes et tous ceux qui, comme eux, ne baptisent pas au nom du Père, et du Fils, et du

(i) S. Aug. 1. 2. de Dapt. cont. tlonat. cap. i4, i5. (a) Idem, 1. i. coulrk donatt cap. 7, 8, 9 et 'y.

Page 1