‹ Triomphe des libertés gallicanesChapitre 14 sur 51 · III · texte numérisé non relu

III

Saint-Esprit, définissant clairement par là, que leur baptême est nul. C'est ainsi qu'ils expliquent et qu'ils rectifient le décret du pape saint Etienne, en y ajoutant en termes formels une exception qui n'y est que sous-entendue. Ils déclarent donc nettement d'une part, comment il faut entendre le décret du pape saint Etienne, et de l'autre, que saint Gyprien, qui s'exprimait assez clairement dans le sien, s'était trompé, mais fort innocemment, parce que, comme le dit saint Augustin , la vérité n'était pas encore trouvée et déclarée par le concile. Or, puisqu'avant cette déclaration l'on pouvait, selon ce saint Père , suivre librement l'opinion de saint Gyprien, nonobstant le décret du pape, et qu'après celui du concile, on n'eût plus cette liberté, il est é>ident qu'il faut conclure encore une fois que c'est parce qu'on croyait dans l'ancienne Eglise, que le concile est infaillible, et que le pape ne l'est pas.

GHAPITRE X.

Chute du pape Libérius.

Les deux papes Victor et Etienne , que tant d'évèques catholiques de l'ancienne Église, n'ont

pas crus infaillibles, avaient pourtant la vdrité de leur côté, et c'est en leur faveur que les conciles ont décidé. Mais il y en a d'autres qui, selon le témoignage irréprochable des anciens, sont tombés dans l'erreur : d'où l'on peut conclure â plus forte raison , que l'antiquité ne les a pas tenus pour infaillibles. Je ne parlerai que de sept ou huit dont les exemples sont les plus évidents, et qui suffiront pour montrer que nos anciens n'ont point connu d'infaillibilité parmi les hommes, autre que celle que Dieu a donnée à son Eglise,

Le premier est Libérius, qui, pour se tirer de l'exil oùl'empereur arien l'avait rélégué, etpour remonter sur le trône pontifical que Félix avait usurpé, approuva solemnellementrarianisme : c'est ce qu'il fit en condamnant, conjointement avec les ariens, saint Athanase, le grand défenseurdela foi catholique et le fléau de l'arianisme; en supprimant le moi de consubstantiel, qui distinguait les catholiques d'avec les ariens, et qui était comme le caractère et la marque de la catholicité; en recevant à sa communion les ariens les plus déterminés ; en souscrivant enfin à la formule scandaleuse deFirmium, qui lui fut présentée par le chef dcssémi-ariens.

El, afin qu'on ne doutât pas qu'il n'agit en

pûpe, qui fail savoir à toute lEglise ce qu'on doit croire, et c'était là ce que prclcndaienl les ariens qui voulaient qu'on sût qu'ils avaient pour eux le chef de l'Eglise ; il écrivit deux grandes lettres qui furent publiées dans tout rempire. L'une était adressée à l'empereur Gonsîanlius , grand protecteur de Tarianisme, et l'autre aux évcqucs ariens, où il déclare son intention dans les termes du monde les plus forts et les plus avantageux aux ariens.

Il dit dans ces lettres, qu'ayant connu, quand il a plu à Dieu de l'éclairer, qu'ils avaient justement condamné Athanase , il avait à l'heure même consenti à leur jugement, et qu'il l'avait excommunié (i) : il ne veut pas même recevoir ses lettres; et veut qu'on sache qu'il est avec eux tous en parfaite union d'esprit et de cœur. II expose dans cette épitre la vraie foi queDémophiie lui a fait connaître, et qu'ils ontdécîaréeet reçue à Firmium, l'embrassant lui-même très-volontiers sans y contredire en la moindre chose.

Voilà, ce me semble, ce qui s'appelle se déclarer authentiquement arien , et tomber de son haut dans l'abîme de l'hérésie. On ne peut sa-

(i) Lilier. Ep. 7. aJ eplsc. orientales. Vid, insuper; fragmenta à l'itlixo cdlta.

voir, par un U'nioignage plus irréprochable que par le sien , qu'il y soit si marncurcuscment tombé. Aussi, saint Hilairc, qui vivait dans ce lemps-là, le traite d'hérétique , avec toute la force imaginable, lui disant trois ou quatre fois desuiteanathéme. Saint Jérômedit, en plusieurs endroits de ses ouvrages , que ce pape souscrivit à rimpiété arienne, et qu'ayant signé Ihérésie, vaincu par le chagrin qu'il avait dans son exil, il rentra comme victorieux dans Fiome (i).

Mais, passant sous silence, tous les autres qui ont parlé de cette déplorable chute de Libérius, il ne nous faut, pour en être pleinement persuade, que Fiome même et toul son clergé, disons mieux, rEgUse romaine qui eut tellement en horreur celle scandaleuse déclaration du pape JJbérius. qu'elle le déposa sur-le-champ du pontificat, comme un hérétique arien, de notoriété pubi'qiie. îi ne fut élu et reconnu de nouveau pour vrai pape, qu'après que son successeur, saint Félix, îsyant été martyrisé, il eut abjuré riiérésie et fut devenu ce même Libérius, quiétait, avant sa chuie, un Irès-sage, très-généreux et très-zélé ponUfe. D'après cela, n'est-il

(i) Hicron. in cliron. et de script, cccles, in Fortunat. auxil. I. I. (le orjin. cap. 2j. 1; i. cnp. i. et alli.

— 1 1 j — pas clair que même l'Egiise romaine , dans le quatrième siècle , ne croyait pas que le pape fût infaillible?

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