CHAPITRE XJ
Exemple du pnpe Vigilius.
Le second exemple que je produis, est celui du pape Vigilius. Je l'ai déjà rapporté au sujet de saint Pierre repris par saint Paul ; et je l'applique maintenant , en peu de mots, mais décisifs, à celui que je traite dans ce chapitre. Ce pape , avant le cinquième concile, avait fait une constitution qu'il adressa à l'empereur Justinien , et dans laquelle il entreprend , entre autres choses, la défense de l'épître d'Ibas, évêque d'Edesse. Il déclare que, selon les paroles de cette épître, entendues dans un bon sens qu'on peut leur donner, il paraît qu'il était orthodoxe, et défend très-rigoureusement, à qui que cesoit, de rien innover touchant cette épître, de quelque manière que ce puisse être, ni de la condamner, puisque Ibas avait été absous , et reçu comme catholique au concile de Calcédoine.
Lecinqnièmoroncilequi so iint quoique temps après, et où Vigiîius ne voulut jamais assister, quoiqu'il fut alors à Constantinople, où l'on célébra le synode, décida justement tout le contraire. Car, après avoir Lien examiné cette épître d'Ibas, sur laquelle le concile de Calcédoine n'avait ricD prononcé , il la déclara solemnelîement hérétique et impie, comme contenant les blasphèm.es de Théodore de Mopsuète et de Nestorius contre J.-G. et sa sainte mère. Il dit anathême à tous ceux qui ne Tanathématisent pas, et qui osent en entreprendre la défense, comme si elle avait été approuvée au concile de Calcédoine (i).
Voilà deux décrets bien opposés : il faut cependant que l'un des deux, ou le concile dans sa décision, ou le pape dans sa constitution , se trompe et soutienne une erreur. Or, soit que ce pape ait enfin consenti à ce concile, ainsi que je l'ai dit ailleurs sur la foi de fort bons garans , ou qu'il n'y ait jamais consenti, comme il y en a qui le disent; il est certain que ses successeurs Pélagius II et saint Grégoire-le-Grand l'ont approuvé, et qu'il a toujours été reçu depuis ce temps-là, sans contredit, par toute l'Eglise
(i) Vide synod. 5. Coll. 3. cap. \^.
d'Occident, ainsi que par celle d'Orient, pour vrai concile œcuménique, qui ne peut errer. Il est donc très-certain que c'est Vigilius qui a décidé faux dans sa constitution, et conséquemment, que même selon les papes et l'Eglise romaine du cinquième siècle, les papes, tout chefs de 1 Eglise qu'ils sont, ne sont pourtant pas infaillibles.
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